C’est un énorme scandale ! C’est l’histoire d’une liquidation pure et simple de l’une des plus prometteuses et importantes usines industrielles étatiques de toute l’Algérie. Une liquidation qui avait pour unique objectif de faciliter sa cession au profit du milliardaire Mohamed Laïd Benamor, l’actuel président de la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Algérie et le vice-président du Forum des chefs d’entreprises (FCE). 

Pour donner un coup de pouce à ce milliardaire, l’une des plus grosses fortunes du pays depuis le début des années 2000, les autorités en charge du secteur industriel public vont procéder au démantèlement de l’usine de fabrication des pâtes du grand complexe agroalimentaire de l’Eriad Corso. S’étendant sur une superficie de 14 hectares, ce site industriel fait saliver le patron du groupe Benamor depuis longtemps. L’oligarque rêvait de se l’approprier pour développer ses activités à côté de la capitale Alger afin de renforcer sa mainmise sur le marché agroalimentaire. Et pour ce faire, il fallait absolument mettre la main sur ce complexe industriel composé d’une semoulerie, une unité de fabrication des pâtes et de couscous, une boulangerie industrielle ainsi qu’une meunerie ( fabrication de la farine).

Comme toutes les entreprises publiques, Eriad Corso souffrait de grandes difficultés financières au sortir des années 90 marquées par la violence de la décennie noire. Mohamed Laid Benamor entame donc depuis 2010 un puissant lobbying pour convaincre les hauts responsables de l’Etat de lui concéder une partie du capital du groupe d’Eriad Alger. Ami et proche d’Abdelmalek Sellal, l’ancien Premier-ministre et l’un des hauts responsables les plus influents du gouvernement de ces 7 dernières années, Mohamed Laid Benamor réussit à convaincre les autorités du bien fondé d’une démarche d’association avec le groupe Eriad d’Alger.

Ainsi, le 10 février 2013, une résolution du CPE (Conseil participation de l’État) portant le n° 04/132 a consacré “la relance de l’activité du complexe meunier de Corso dans le cadre d’un partenariat avec un privé national”. Cette décision avait permis au groupe Benamor de lancer la Mediterranean Mills Company (MMC), fruit d’un partenariat entre le groupe Benamor et l’entreprise publique l’Eriad d’Alger. En mars 2013, lorsque le pacte des actionnaires a été conclu, le milliardaire Mohamed-Laïd Benamor, et président de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI) depuis septembre 2014, avait vendu aux Algériens le rêve d’un futur grand complexe industriel qui sera fondé sur les ruines d’une vieille entreprise publique.

Mais avant de “concrétiser” ce rêve, les responsables d’Eriad d’Alger devait liquider les unités de production du grand complexe de Corso. Pour ce faire, la PDG de ce groupe public, Ikhenache Djamila, a demandé le 31/01/2013 un rapport d’expertise technique et une évaluation financière de tout le matériel et les équipements utilisés depuis 30 ans au sein de l’unité de fabrication des pâtes du complexe de Corso avant d’entamer sa pure et simple liquidation.

L’objectif était de vider l’usine de toute les installations pour la céder, par la suite, au groupe Benamor. Comme le démontrent les documents exclusifs en notre possession, une première expertise est commandée auprès de l’Entreprise Nationale d’Agréage & de Contrôle Technique (ENACT). Cet organisme est l’Opérateur Historique du Contrôle Réglementaire de sécurité en Algérie. Dans son premier rapport, l’ENACT donne une évaluation financière très précise de tous les équipements de l’unité de fabrication des pâtes du complexe de Corso.

Ainsi, la chaîne de nids est évaluée à pas moins de 25 milliards de centimes. La chaîne de pattes longues est évaluée à plus de 4 milliards de centimes. Les chaines de fabrication de couscous est évaluée à 48 milliards de centimes. Une simple chaudière est évaluée à plus de 200 millions de centimes.

La totalité des équipements,  de la marque suisse Bühler, de cette unité industrielle est évaluée à plus 162 milliards de centimes. Tout ce matériel industriel est répertorié dans un inventaire complet dressé en 2011. Algérie Part détient une copie intégrale de cet inventaire.

A la grande surprise de plusieurs cadres du groupe Eriad d’Alger,  Ikhenache Djamila annule cette première expertise et invalide ses résultats ! Elle va exiger à l’Enact une autre expertise technique qui ne comporte aucune évaluation financière. Ainsi, dans cette deuxième expertise, qui remplace par magie la première, ne va inclure aucune évaluation financière du patrimoine industriel de l’unité de fabrication des pâtes et couscous du complexe agroalimentaire de Corso.

Comme on peut lire dans ce document, l’ENACT se contente uniquement d’indiquer dans la conclusion de son enquête que le matériel de production de l’usine de production des pâtes a atteint un “taux de vétusté considérable”. Il s’agit d’un matériel qui ne peut être remis en l’état et “nous doutons fort que la rénovation de ce matériel ou la réhabilitation des équipements considérés puissent leur redonner la garantie requise par les constructeurs”.

A comprendre : ce matériel vieux, dépassé, il vaut mieux s’en débarrasser en le vendant aux enchères sans s’appuyer sur une valeur financière fixée au préalable grâce à une étude fiable. Et pourtant, dans la première expertise écartée par Djamila Ikhenache, il est clairement mentionné par les experts de l’ENACT que les appareils de l’unité de fabrication des pâtes du complexe de Corso gardent une “valeur résiduelle qui est inscrite en supra”. Cela signifie qu’ils constituent des actifs financiers que le groupe ERIAD d’Alger peut les valoriser lors d’une quelconque transaction.

Malheureusement, ces actifs financiers vont disparaître de manière scandaleuse ! Et pour cause, fin 2013, ERIAD d’Alger organise des enchères pour vendre tout ce matériel qualifié de “vétuste” et dépourvue de valeur financière. Et au lieu de rapporter 162 milliards de centimes dans les caisses du groupe ERIAD, tout ce matériel sera désossé et revendu à une somme qui ne dépassera pas les 2,7 milliards de centimes ! Un bradage sans précédent et unique en son genre. L’entreprise publique de fabrication des farines, semoules, produits du travail du grain aurait au moins pu récupérer la moitie de la valeur réelle de cette équipement, à savoir environ 80 milliards de centimes. Aucun scénario, y compris les plus désespérants, ne pouvait imaginer une cession de tous ces équipements à même pas 3 milliards de centimes…

Ce bradage scandaleux va faire le bonheur de Mohamed Laid Benamor, le milliardaire qui va récupérer ainsi l’assiette foncière de l’usine des pâtes sans consentir au moindre investissement pour reprendre les installations de cette unité industrielle. Une affaire  qui entrera dans les annales de l’histoire de l’économie algérienne. Algérie Part reviendra encore sur ce dossier avec de nouvelles révélations.