Le 20 avril dernier, un homme est tué lorsqu’un panneau publicitaire appartenant à la régie privée AD Display, ex Avenir Décoration, tombe malencontreusement et s’écrase sur la voiture d’un automobiliste qui empruntait, à son grand malheur, le fameux double virage, connu sous la dénomination de « S », de Ben Aknoun. 
L’homme meurt des suites de cet accident et les secours ne pourront pas le ramener à la vie. Dans une précédente publication, Algérie Part avait raconté les circonstances et les causes de ce drame.  Nous avions, effectivement, dévoilé que la veille, à 23 H, la société privée AD Display a installé un panneau de 48m2 avec une grue de 25T qui n’a pas tenue la charge. Le panneau et la grue ne résistent pas et finissent par tomber sur la chaussée en bloquant pour plusieurs heures les automobilistes de la rocade sud.
Un homme est mort laissant derrière-lui des enfants orphelins et une famille accablée par le malheur. Mais aurait-on pu éviter cet accident dramatique ? Oui, a-t-on conclu à la suite de la consultation de plusieurs documents exclusifs obtenus par nos soins au cours de nos investigations.
Des décisions et délibrations de l’APC de Ben Aknoun 
Ces documents sont, en vérité, des mises en demeure qui proviennent de l’APC de Ben Aknoun. Il s’agit de mises en demeure adressées à la régie publicitaire AD Display ou de décisions prises dans le cadre des réunions de la commission de sécurité de l’APC de Ben Aknou. Ainsi, à titre d’exemple, ce premier document retrace les délibérations de cette commission en 2012. A la fin de leurs travaux, les membres de la commission de sécurité ont recommandé de revoir les dimensions des panneaux publicitaires de la société Avenir Décoration, l’entreprise qui deviendra plus tard AD Display, plantés tout au long de la rocade sud à l’entrée de la commune de Ben Aknoun.
Cette même commission avait demandé de diligenter une enquête sur le terrain pour étudier la situation de tous les panneaux publicitaires d’Avenir Décoration situés sur le territoire de la localité de Ben Aknoun. C’est dire que ces panneaux causent problème depuis 2012.
Algérie Part a obtenu un autre document exclusif. Celui-là date, en revanche, de juin 2016. Et cette fois-ci, les autorités de l’APC de Ben Aknoun demandent clairement “l’arrachage” des panneaux  publicitaires d’AD Display situés au niveau de la rocade sud (autoroute) à l’entrée de Ben Aknoun. C’est le président de l’APC de Ben Aknoun qui signe lui-même ce document pour instruire les services publics concernés de procéder à l’arrachage de ces panneaux publicitaires. Une décision qui n’a pas été appliquée puisque le panneau publicitaire qui causera le drame du vendredi 20 avril n’a jamais été enlevé de son emplacement.
Et pourtant, si cette décision avait été respectée et appliquée comme il se doit sur le terrain, une vie d’un homme innocent aurait été épargnée car il apparaît clairement que les panneaux publicitaires d’AD Display ne sont pas conformes à la réglementation depuis au moins 2016. Des panneaux dont la situation est jugée préoccupante depuis 2012.
Les responsables de l’APC de Ben Aknoun doivent rendre des comptes et s’expliquer face à cet immobilisme. Pourquoi la décision de juin 2016 n’a pas été exécutée ? Qui a empêché l’arrachage de ces panneaux publicitaires ? Qui protège la régie publicitaire AD Display ?
Ces questions se posent avec beaucoup d’acuité au moment où un homme mort est pleuré par toute sa famille chagrinée par sa brutale disparition.
Le rôle controversé et le silence intrigant du wali d’Alger 
Des questions qui trouveront, en réalité, leurs réponses au niveau de la wilaya d’Alger. Oui, Abdelkader Zoukh, le wali d’Alger est interpellé directement par cette affaire car il semble protéger coûte que coûte cette régie publicitaire privée.
Nous avons effectivement constaté que depuis quelques années, la wilaya d’Alger
procure ostensiblement des avantages injustifiés à certains acteurs économiques, contraires aux dispositions législatives ayant pour objet de garantir l’absence de distorsion de concurrence, la liberté d’accès et l’égalité de traitement.
C’est le cas d’AD Display, anciennement Avenir Décoration, qui a fait preuve d’abus de position dominante en s’émancipant des conditions légales que devrait lui imposer le marché. Créée en 2001, l’entreprise se vante en 2006 de remporter 80%
du marché d’affichage publicitaire sur 57 communes de la wilaya d’Alger. Loin d’écarter
les ruptures d’égalité, AD Display profite de la personne publique pour bénéficier de processus de sélection extraordinaires et use de toutes les pratiques élusives pour créer un monopole dans le  secteur de l’affichage urbain.
En ne s’acquittant pas du paiement des redevances aux collectivités, AD Display
 déroge à toutes les règles de mise en concurrence  des panneaux d’affichage. Pis encore, l’afficheur se  permet l’installation de plusieurs supports publicitaires sans aucune autorisation d’implantation, un affichage publicitaire anarchique qui ne répond pas aux principes de  mise en adjudication des espaces et qui clochardise le paysage urbain.
Pourtant, le décret exécutif relatif à la permission de voirie précise bien que la pose de panneaux ou tout autre  dispositif publicitaire est expressément soumise à
 une permission.
 Au-delà de la partialité dans l’attribution des  espaces, AD Display a aussi bénéficié de
 publicité gratuite sur une chaîne nationale suite à l’appui du wali d’Alger qui assume sans réserve  son favoritisme.
En cumulant les désinvoltures, l’afficheur ne s’interdit pas de porter prématurément des projets  colossaux, à la hauteur de sa démesure. C’est arrivé avec le concept « smart city », un projet  d’envergure, ayant le potentiel de chambouler les modalités de la vie urbaines, désastreusement appréhendé avec le dilettantisme d’un décorateur, sans le minimum d’expertise qui rendrait possible cette mutation technologique. Comme si les villes du futur se résumaient à un abribus doté d’une borne Wi-Fi.
En définitive, l’irresponsabilité sociale de cet acteur porte gravement atteinte à l’image de la capitale et dégrade la crédibilité des gestionnaires des affaires publiques. Et le silence du wali d’Alger, Abdelkhader Zoukh, dans ce dossier relance tous les soupçons. Algérie Part poursuivra ses investigations sur ce sujet.