Plusieurs émissions de télévision et certains quotidiens, entre 2016/2017, que je ne nommerai pas, m’ont  profondément choqué. Ils ont fait intervenir quelques soi-disant experts qui affirmaient des jugements figés, sans retenue et sans analyses chiffrées, ignorant au passage la transformation du monde. 

Ces experts ont affirmé que grâce à l’exportation du phosphate, du fer à l’état brut ou semi-brut,  ou  du ciment, (selon nos calculs quelques centaines de millions de dollars de profit net à ne pas confondre avec le chiffre d’affaires), l’Algérie fera face à la baisse du prix du pétrole. Inconscience ou démagogie ? Pourquoi induire en erreur tant l’opinion publique que les décideurs du pays ? On se souvient bien de ceux qui avaient promis au gouvernement un cours de pétrole à 100 dollars US lors de plusieurs rencontres économiques avec le gouvernement auquel j’ai assisté.

Les cours au dessus de 70 dollars actuellement ne doivent pas conduire à l’euphorie, comme il s‘agit d’éviter le mythe  des matières premières brutes comme solution  miracle  au développement. Par ailleurs, comme j’ai eu à le démontrer dans maintes contributions nationales et internationales, tant pour le phosphate que pour le fer (brut ou semi-brut), la commercialisation dépend tant des contraintes d’environnement, du management stratégique interne, de la teneur chimique – donc de leur pureté qui détermine le coût d’exploitation et, de la croissance de l’économie mondiale qui devrait connaitre une modification importante  de sa structure avec l’avènement de la quatrième révolution économique  et sociale entre 2020/2030/2040. L’objet de cette présente contribution est d’analyser le cas du fer

 

Pour le fer, les réserves mondiales sont évaluées par les organismes internationaux à 85.000 millions de tonnes (Mt). L’Algérie n’est pas citée dans les statistiques internationales mais selon les données algériennes, ses réserves (gisements exploitables) varient entre 1.500 et 2000 Mt. Un ministre avait annoncé le 05 décembre 2015 environ 2500 tonnes.

La production mondiale de fer s’élève à 3,32 milliards de tonnes, et de très loin, la Chine est le premier producteur, suivie par l’Australie et le Brésil. La Chine concentre à elle seule environ 50% du marché de l’acier, aussi bien en termes d’offre que de demande. Le prix du fer brut est fluctuant.  En février 2018, le prix du fer s’établit à 77 dollars la tonne. Si l’on s’en tient aux statistiques de l’Union Européenne en termes d’importation, et rapporté au cours du dollar d’avril 2018, les cours ont évolué ainsi : 100 dollars   la tonne métrique en janvier 2009, 140 dollars  en janvier 2012, 102 dollars  en janvier 2013, 116 dollars  en janvier 2014, 70 dollars  en janvier 2015, 58 dollars  en janvier 2016.

La banque canadienne SCOTIA, spécialisée dans l’évolution des cours des matières premières, prévoit, dans une note de conjoncture datée du 6 juillet 2016, un prix international entre 48 et 50 $ la tonne métrique pour  2018, en fonction de la relance de l’économie chinoise, dont les aciéries ont absorbé 70 % de la demande mondiale du minerai de fer entre 2014 et 2017.

A un cours de 60 $ la tonne de fer brut,  pour une exportation de 3 millions de tonnes /an, nous aurons un chiffre d’affaires de 180 millions $ dont il faudra enlever  40% de charges (le coût d’exploitions est très élevé). Ils resteraient 108 millions $ à se partager selon la règle des 49/51%, ce qui ferait moins de 55 millions $ pour l’Algérie. Avec une exportation de  30 millions de tonnes /an, le profit net pour l’Algérie ne dépasserait pas 600 millions $/an.

D’autre part, l’exploitation du fer de Gara Djebilet nécessitera de grands investissements estimés par le gouvernement en 2013 à environ 15 milliards de dollars,  dans les centrales électriques, des réseaux de transport, une utilisation rationnelle de l’eau, le règlement du problème de l’éloignement des sources d’approvisionnement, des mesures de protection de l’environnement et, surtout, une formation pointue des travailleurs.

Seule la transformation en produits nobles peut donc procurer une valeur ajoutée plus importante à l’exportation. Si l’on prend quelques produits  nobles, à forte valeur ajoutée, contrôlés par quelques firmes transnationales, tant du point de vue technologique que commercial, nous avons les cours suivants : 

En février 2018, le cours du cuivre s’établit à 7 007 dollars la tonne, en baisse de 0,8% sur un mois et en hausse de 17,9% sur un an. Fin avril 2018, le prix du cuivre au kilo s’établit donc à 7,01 dollars, soit 6,17 euros au cours actuel.

En  février  2018, le prix de l’inox dont le cours dépend des alliages ( diminutif du groupe de mot acier inoxydable) est un métal dérivé d’un mélange d’alliage incluant le fer   le carbone, le chrome ainsi que le nickel, peut fluctuer entre 2000 et à 2 500 dollars la tonne. En février 2018, le prix de l’aluminium s’établit à 2 182 dollars la tonne, en baisse de 1,3% sur un mois et en hausse de 17,3% sur un an.

En février 2018, le prix du plomb s’établit à 2 581 dollars la tonne, en baisse de 0,1% sur un mois et en hausse de 11,7% sur un an. En février 2018, le prix du zinc s’établit à 3 533 dollars la tonne, en hausse de 2,7% sur un mois et en hausse de 24,2% sur un an. En mars 2018, le prix de la ferraille broyée (type E40) s’établissait en moyenne à 285 euros la tonne, en hausse de 6% sur un mois et en baisse de 33%  sur un an.

Concernant le cours de l’acier, il demeure très fluctuant et s’est établi à 620 $ la tonne le 22 juillet 2016 contre 580 $ la tonne le 19 juillet 2016. En  avril 2018, le prix de l’acier en moyenne s’établit à 857 dollars la tonne.

En résumé, il ne faut pas  être utopique, pour 2017 et certainement pur 2018,  97 ou 98% des entrées de devises de l’Algérie proviennent directement et indirectement des hydrocarbures et ses dérivées. Les exportations hors-hydrocarbures sont conditionnées par de profondes réformes structurelles loin de la vision rentière et nécessitent des entreprises compétitives concurrentielles en termes de coût/qualité.

Entre les négociations, sa maturation,  sa réalisation et sa vitesse de croisière pour avoir  des coûts compétitifs, un projet demande en Algérie un minimum de cinq années avant lever la contraintes bureaucratiques  de l’environnement des affaires.  Le monde ne nous attend pas ! Toute Nation qui n’avance pas recule forcément et la bonne gouvernance ainsi que la maîtrise du temps sont les principaux défis pour les Nations en ce XXIème siècle.

 En raison de la structure oligopolistique de la filière mines, au niveau mondial, la seule solution est un partenariat gagnant/ gagnant avec les firmes de renom mondial qui contrôlent les segments du marché international et qui n’accepteront pas la règle restrictive des 49/51% avec ses lourdeurs bureaucratiques. Seule la souplesse pourrait les attirer vers l’Algérie.

Par le Professeur des universités et expert international : le Dr Abderrahmane MEBTOUL