C’est un énorme chantier. Depuis janvier 2010, l’image de Sonatrach est fatalement associée aux scandales de corruption, aux pratiques les plus lugubres et aux opérations les plus opaques. Durant toutes ces dernières années, Sonatrach sent le soufre. Aujourd’hui, la compagnie nationale des hydrocarbures veut faire peau neuve et amorce sa réforme. 

Une réforme qui se met tout doucement en place depuis l’arrivée à la tête de Sonatrach d’Abdelmoumen Ould Kaddour en mars 2017. Mais pour relever l’immense défi que nécessite la “purification” de Sonatrach et sa relance, il était obligatoire de passer par tout un processus complexe.

Les choses sérieuses ont commencé lorsqu’une réorganisation managériale a été adoptée dés l’été 2017 avec une simplification de plusieurs procédures administratives qui bureaucratisaient le travail de Sonatrach et offraient des failles permettant de faciliter les opérations de corruption. C’est pour cette raison qu’il a été décidé de procéder à la réduction des niveaux hiérarchiques à travers la simplification des activités exploration-production et liquéfaction raffinage.

Ensuite, la nouvelle direction générale de Sonatrach s’est attaquée à la gestion de toutes ses filiales au nombre de… 150 ! Une décentralisation a été effectuée pour assouplir leur gestion et améliorer son efficacité. Une réflexion a été entamée pour décider de l’avenir de ces filiales. Certaines devront fusionner, d’autres devront être dissoutes. En attendant que des décisions concrètes soient prises, un pôle business et développement a été mis en place pour relancer des projets à forte valeur ajoutée dans la pétrochimie.

La formation est l’autre volet qui a été pris en considération dans les changements voulus par la nouvelle administration de Sonatrach. Le centre de perfectionnement d’entreprise (CPE) est transformé en Sonatrach Management Academy où de nouveaux programmes de formation ont été élaborés.

Mais ces premiers changements ne suffisent pas pour effacer des années de scandale et de mauvaise gestion. Il a fallu régler, d’abord, plusieurs litiges avec les partenaires étrangers mécontents du traitement que leur réserve l’Algérie. Pour éviter les procès onéreux devant la Cour Internationale d’Arbitrage, la direction générale de Sonatrach entame les négociations et mise sur la diplomatie. Un pari gagnant puisque 11 litiges sont résolus. Sonatrach peut pousser un ouf de soulagement et économise ainsi des millions de dollars d’indemnités. 

Il faudra, maintenant, attaquer la deuxième étape : mettre en place une nouvelle structure du top management, un nouvel organigramme. Grâce à la contribution des consultants des cabinets américains BCG et McKinsey & Company, un plan de transformation est imaginé dans les moindres détails.

Il a pour objectif de doter Sonatrach de plusieurs nouvelles structures comme une direction Corporate Affaires, une direction centrale procurement et logistique et une value delivery unit pour superviser le suivi de l’exécution de la stratégie SH2030. Le chantier est lancé, mais les résultats ne seront pas visibles dés 2018. Il faudra attendre encore quelques années pour que Sonatrach puisse opérer totalement sa mue car la mise en place de tous ces nouveaux mécanismes nécessite un temps d’adaptation. Et ce jour-là, la compagnie algérienne pourra tourner définitivement cette page sombre du passé.