La Housing Bank Algérie est une banque que de nombreux algériens ne connaissent pas. Cette discrétion est utilisée comme un atout majeur pour mener les opérations financières les plus complexes au profit de certains opérateurs et importateurs algériens qui fuient « les lumières des projecteurs ». 

La Housing Bank Algérie n’aime pas faire du bruit. Et elle ne fait pratiquement aucun effort pour se faire connaître auprès du grand public. Grâce à cette stratégie, elle est s’est imposée dés son lancement en Algérie en octobre 2003 comme la banque très prisée par certains gros importateurs algériens. Et ce sont surtout les importateurs de café qui travaillent étroitement avec cette banque dont le capital est évalué à 150 millions USD. Ce capital est détenu par deux institutions financières arabes. Il s’agit de la Housing Bank for Trade & Finance, basée en Jordanie, avec 85% des parts ainsi que le fonds libyen Libyan Arab Foreign Investment Holding Company – Algeria   qui détient les 15% des parts restantes.

Ces derniers jours, la Housing Bank Algérie défraie la chronique car elle risque de faire bientôt l’objet d’une enquête déclenchée par une inspection de la Banque d’Algérie. Et pour cause, plusieurs opérateurs économiques algériens ont remarqué que la Housing Bank accorde un traitement « VIP » à certains importateurs de café. Un traitement qui viole tout bonnement les nouvelles règles fixées par la Banque d’Algérie concernant l’importation des  biens destinés à la revente en l’état.

Il faut savoir que dans notre pays, depuis le 21  octobre 2017, de nouvelles règles fixent les conditions dans lesquelles les banques algériennes, privées ou publiques, doivent débloquer des crédits documentaires ou des remises documentaires aux importateurs de ces biens destinés à la revente en l’état. La Banque d’Algérie a imposé comme obligation aux banques de réclamer aux importateurs une provision financière préalable, couvrant 120% du montant de l’importation, au moment de la domiciliation, devant intervenir au moins 30 jours avant l’expédition des marchandises. Cette provision est à constituer auprès de la banque domiciliataire sous  forme de dépôts et/ou par affectation sur les lignes de crédit dûment  ouvertes, par les banques, au profit de  leur clientèle.

Seuls les importateurs de produits finis servant d’intrants dans la production nationale ne sont pas soumis aux nouvelles dispositions très strictes édictées récemment par la Banque d’Algérie. Et la Housing Bank Algérie utilise cette faille pour favoriser ses clients importateurs en leur permettant de passer outre les interdictions de la Banque d’Algérie.

En effet, les importateurs de café deviennent par la « grâce d’une étrange magie » des importateurs d’intrants dans la processus de fabrication pour la production nationale. Le café importé par de gros importateurs et clients VIP de cette banque jordanienne est déclaré comme étant un intrant nécessaire à la production nationale !

Ces importateurs sont donc épargnés par la constitution de 120 % du montant de l’importation et bénéficient à la Housing Bank d’une domiciliation très rapide sans respecter le délai des 30 jours avant l’expédition des marchandises. Ils obtiennent, ainsi, des remises documentaires qui leur permettront de financer aisément leurs importations. Et le café importé ne finit aucunement chez un producteur local, mais il se retrouve par enchantement chez les grossistes en produits alimentaires de la commune de Semmar, au sud d’Alger.

Le manque à gagner pour le trésor public est énorme et les pertes de devises sont considérables. La Banque d’Algérie a été saisie par des opérateurs nationaux révoltés par cette tricherie. Algérie Part reviendra prochainement sur ce dossier avec des investigations plus poussées.