Le directeur de la communication, de l’information et de l’orientation au Ministère de la Défense Nationale, le général-major Boualem Madi, a assuré dés les premières heures qui ont suivi le terrifiant crash de l’avion militaire à Boufarik qu’une enquête approfondie a été déclenchée. 

Une enquête technique très complexe dont les tenants et aboutissants sont totalement ignorés par nos compatriotes. Que va-t-il se passer exactement ? D’abord, l’Etat-Major de l’Armée Nationale et Populaire (ANP) a mis en place une commission d’enquête composée par les experts en sécurité aérienne du ministère de la Défense. Toutefois, cette commission devra normalement coordonner et collaborer activement avec d’autres enquêteurs civils car l’avion s’est écrasé sur un territoire situé à l’extérieur du périmètre d’une base militaire.

La gestion de ce drame ne relèvera donc, si l’on se tient aux lois en vigueur dans notre pays, pas uniquement des prérogatives de l’Armée puisque le crash s’est déroulé sur un site échappant à leur autorité.

Cet accident dramatique relève ainsi des compétences du Procureur de la République. Dans ce contexte, c’est le procureur de la République près la cour de Blida qui doit signer les actes de décès des personnes mortes dans ce crash. Il a pour compétence aussi de s’auto-saisir et de déclencher une enquête judiciaire. Cette enquête devra être confiée au magistrat spécialisé dans les accidents aériens qui travaille au niveau pôle judiciaire spécialisé du tribunal de Sidi M’hamed à Alger.

Ce magistrat peut avoir la qualité de juge d’instruction et se chargera de l’enquête judiciaire pour déterminer les niveaux de responsabilité de ce crash qui a conduit à la mort de pas moins de 257 personnes, des militaires ainsi que des civils. Cette procédure est normalement obligatoire si l’une des familles des victimes de ce crash dépose plainte au niveau de la justice et réclame la vérité sur les circonstances de la mort de son parent.

Il faut tout de même souligner que ce juge peut compter sur l’expertise des enquêteurs et spécialistes de la Direction de l’aviation civile et de la météorologie qui dépend du ministère des Transports. Or, il s’avère que cette direction est sans « capitaine » depuis le limogeage récent dans des conditions troublantes de son premier responsable de  Youcef Smain Azzi. 

Mais les experts de l’armée algérienne et de la direction l’aviation civile et de la météorologie peuvent-ils travailler quasiment ensemble pour les besoins de cette enquête ? Non, aucun cadre réglementaire ne prévoit réellement une telle possibilité. La direction de l’aviation civile de la météorologie doit être uniquement consultée au cours de cette enquête pour vérifier l’état des licences des pilotes y compris ceux des avions  de transport militaire de l’armée nationale et populaire. Il faut savoir que c’est cette institution qui a pour mission de valider les obligations des heures des vols des pilotes algériens tous les six mois en fonction des types d’appareils et les qualifications des pilotes.

Pour rendre son « verdict », la direction de l’aviation civile et de la météorologie doit s’appuyer sur les conclusions de la visite médicale organisée au profit de tous les pilotes en Algérie au niveau du centre national d’expertise médicale du personnel naviguant (CNEMPN). Ce centre est situé à l’hôpital militaire d’Ain Naadja. Sans la validation de la direction nationale de l’aviation civile et de la météorologie, aucun pilote algérien ne peut exercer son métier et faire voler un avion.

On voit bien que les relations sont très imbriquées entre les autorités civiles et militaires dans le secteur aérien en Algérie. Ce qui rend tout travail d’enquête en cas d’un drame majeur comme celui de Boufarik très complexe et lent. Il faudra attendre un premier rapport préliminaire qui devra être remis au ministère de la Défense Nationale d’ici 10 jours.

Le haut commandement de l’armée va-t-il communiquer tous les détails de ce rapport ? Dira-t-il toute la vérité aux Algériens ? Ne faudrait-il pas qu’une instance judiciaire civile s’auto-saisisse pour garantir la transparence de ce processus d’enquête ? Ces questions risquent de rester plusieurs jours en suspens au regarde des méthodes de gestion très opaques de nos institutions militaires ou civiles.