Terreau des scandales de corruption, les chantiers des logements publics financés par les deniers de l’Etat abritent les pratiques les plus opaques, douteuses, voire dangereuses. Algeriepart a obtenu de nouveaux documents exclusifs qui relatent les irrégularités passées sous silence lors de la conclusion de plusieurs marchés publics. 

Poursuivant nos investigations, nous avons découvert de nouvelles affaires de dilapidation de deniers publics dans les chantiers gérés encore et toujours par la fameuse Entreprise Nationale de Promotion Immobilière (ENPI).

Il faut savoir que cette entreprise publique est  l’un des acteurs majeurs de la construction des logements en Algérie. C’est l’ENPI qui est en charge de développer la formule LPP à travers tout le pays. Comme il a été démontré dans notre précédente enquête sur ce dossier, les gestionnaires de plusieurs chantiers des logements LPP gonflent largement les prix lors des passations des marchés pour dresser des factures très salées dont les montants dépassent de loin les seuils fixés par la réglementation en vigueur au ministère de l’Habitat.

Les documents obtenus cette fois-ci par Algérie Part dévoilent des anomalies qui soulèvent de nombreuses interrogations.

Preuve en est, le site des 500 logements LPP de Tipaza a été divisé en deux îlots pour la réalisation des travaux des voiries et réseaux divers (VRD). Ces travaux concernent la réalisation des canalisations d’alimentation en eau potable, le réseau d’assainissement, la construction et l’entretien des réseaux d’évacuation d’eau de pluie, les parkings des cités, les espaces verts, etc. Un seul site, mais deux marchés qui ont été conclus et attribués le même jour, à savoir le 05 avril 2017, à une seule et même entreprise : Eurl Power Hydraulique. 

Le premier îlot composé de 280 logements pour un montant du marché de 28 milliards de centimes. Le deuxième îlot est constitué de 220 logements et son montant a été fixé à près de 25 milliards de centimes !

Des montants astronomiques qui ne correspondent nullement à la réalité et aux besoins de ces chantiers.

En effet, le coût de ces travaux VRD a atteint près de 113 millions de centimes pour chacun de ces 500 logements LPP de Tipaza. Ce qui est énormément plus cher par rapport à ce que prévoit le cahier de charges du Ministère de l’Habitat.

Il faut savoir que la norme impose que les travaux VRD ne dépassent pas les 50, voire 60 millions de centimes pour chaque appartement. Malheureusement, pour les 500 logements de Tipaza, l’ENPI a payé l’équivalent du double de ce qui est prévu par la réglementation en vigueur dans notre pays. Une surfacturation qu saute aux yeux. Une pratique illégale et interdite par les lois de notre pays. Un énorme gaspillage des deniers publics servant à financer ces logements.

Au cours de nos investigations, nous avons découvert également que plusieurs prix avaient été gonflés et exagérés dans les factures établis au profit de l’entreprise chargée de ces travaux VRD. Ainsi, le coût du terrassement est très élevé et suscite l’étonnement. Pour preuve, pour le déblai en terrain meuble exécuté par un engin mécanique, le M3 a été calculé sur la base de 1.500 Da alors que sur le marché ce tarif n’excède guère les 800 Da. Idem pour l’évacuation des excédents de terre à la décharge public qui a été calculée sur la base d’un prix de 1500 le M3 alors que les tarifs du marché tournent autour de 900 Da. 

Des sommes colossales ont été également dilapidées, pour ne pas dire détournées, lors de la construction de plusieurs équipements rudimentaires comme la réalisation d’un local pour poste transformateur électrique en béton armé et fourniture d’un poste transformateur de 30 KVA. Cette prestation a été calculée pour le marché du site LPP de Tipaza à 600 millions de centimes alors que son coût réel, vérifié par nos suite à de nombreuses recherches, ne dépasse pas les 300 millions de centimes. Une surfacturation indigne qui permet de mettre en place un montage financier rendant très facile la récupération, par la suite, des pots-de-vin.

Et nous retrouvons plusieurs facturations suspectes similaires au niveau des marchés réalisés sur le site des 500 Logements LPP de Tipaza. A titre d’exemple, une simple réalisation d’une chambre pour abriter un poste transformateur électrique a été calculée à partir de 400 millions de centimes alors que son coût flirte à peine avec les 100 millions de centimes. Un local poubelle a été construit à 250 millions de centimes. Son véritable coût ne dépasse jamais les 80 millions de centimes.

La liste de toutes les irrégularités et infractions que nous avons repéré est encore très longue. Ces pratiques font perdre des sommes considérables à l’ENPI, une entreprise étatique financée par de l’argent qui provient du Trésor Public. En cette période de crise financière, l’ENPI aurait pu faire preuve de vigilance pour éviter ce gaspillage qui alimente indirectement la corruption et influence l’attribution des marchés de réalisation des travaux des logements LPP aux diverses entreprises de BTP. Au nom des rétrocommissions, dont la traçabilité est encore difficile à remonter, des factures sont régulièrement “surgonflées” et les montants ont été arrondies. Un simple contrôle rigoureux aurait pu éviter ce scandale de mauvaise gestion. Un scandale face auquel le ministère de l’Habitat observe un silence qualifié de suspect.