C’est une transaction commerciale qui fait couler beaucoup d’encre. Le géant turc de la sidérurgie Tosyali vient d’acquérir pas moins de deux millions de tonnes de ferrailles auprès du groupe privé du milliardaire algérien Abdelalli Blikaz, l’une des plus grosses fortunes de la ville de Constantine, a appris Algeriepart suite à ses investigations. 

Spécialisé dans le BTP, Blikaz voulait depuis des années lancer une aciérie à Sidi-Moussa, dans les environs d’Alger, pour la transformation de la ferraille. Un projet qui n’a jamais abouti pour des raisons obscures. Selon nos investigations, le milliardaire Blikaz a été bloqué dans plusieurs de ses projets depuis 2004 à cause de sa proximité avec de nombreux anciens généraux de l’armée algérienne réputés pour leur hostilité maladive à l’égard du Président Abdelaziz Bouteflika.

Le projet de Sidi Moussa tombe à l’eau. Et pendant toutes ces années, Blikaz a accumulé dans ses multiples parcs répartis sur tout le pays pas moins de 2 millions de tonnes de ferrailles, à savoir de déchets ferreux. Or, depuis 2006, les autorités algériennes interdisent l’exportation des déchets ferreux et non-ferreux à l’étranger alors que l’Algérie comptait  320 exportateurs de déchets ferreux et non ferreux, dont 40 exportateurs étrangers. Un décret d’interdiction a été publié officiellement le 22 février 2007 et l’exportation la ferraille s’est arrêtée définitivement en 2009.

Une aciérie qui n’a pas vu le jour et des blocages au niveau de l’exportation, le milliardaire algérien se retrouve coincé avec toute cette immense quantité de ferraille entre les mains. Il décide ainsi de la céder à un opérateur capable de la transformer dans une aciérie. Et le seul qui peut prendre en charge cette transformation s’appelle Tosyali, le géant turc de la sidérurgie qui possède l’une des plus importantes usines de production de fer et acier en Algérie. Une usine située dans la zone industrielle de Bethioua près d’Oran et mise en service depuis 2013.

Or, la cession de ces deux millions de tonnes de ferraille s’est faite dans des conditions troublantes. Et pour cause, alors que sur le marché mondial, le prix d’une tonne de ferraille avoisine les 360 dollars, Blikaz brade sa ferraille et la cède à l’équivalent de 180 dollars la tonne. Les trucs de Tosyali vont donc dépenser l’équivalent de 360 millions de dollars pour l’acquisition de cette précieuse matière première alors que sur le marché mondial, ils auraient sorti un chèque de…  720 millions de dollars !

Mais c’est l’Algérie qui sort perdante de ce deal puisque tout cet argent ne va pas rentrer dans les caisses du Trésor Public. Si l’Algérie avait autorisé l’exportation de ces deux tonnes millions de ferrailles, elle aurait engrangé de précieuses recettes de devises en cette période de rareté de la ressource financière. Un véritable gâchis.