Une nouvelle fois, la Présidence de la République a pris tout le monde de court. Au moment où les rumeurs les plus affoles annonçaient des changements majeurs au sein du gouvernement, Bouteflika et ses conseillers opèrent une manœuvre étonnante : perpétuer le statu-quo en offrant à l’opinion publique une illusion de changement. 

Le changement, ce n’est pas maintenant. Tel est le message subliminal qui se dégage, de prime abord, de ce mini-remaniement ministériel décidé ce mercredi par une Présidence de la République qui a donné une claque à tous les spéculateurs politiques. Abdelaziz Bouteflika démontre encore une fois qu’il n’aime pas du tout qu’on lui dicte une conduite. Les pressions exercées par de nombreuses chapelles politiques appelant au « licenciement » d’Ahmed Ouyahia ont fini par obtenir l’effet inverse : Ouyahia est maintenu et confirmé dans ses fonctions.

A une année de l’élection présidentielle de 2019, Bouteflika garde le fidèle soldat Ouyahia pour affronter la tempête de la crise financière. Le Chef de l’Etat ne prend aucun risque et préfère conserver le même capitaine d’équipe. Et même si les problèmes ne cessent de s’accumuler, grèves dans le secteur de l’éducation, protestations des médecins résidents, polémique autour du secteur du montage des véhicules, etc., Abdelaziz Bouteflika ne veut pas miser sur un changement majeur et radical. Mais pour quelle raison ? La réponse à cette question intrigante peut sembler surprenante : il n’y a pas suffisamment de grandes compétences sur la scène politique pour former un nouveau gouvernement de choc qui sera capable de relever les défis complexes de l’heure.

C’est, d’ailleurs, pour cette raison que les nouveaux ministres sont tous des Walis et technocrates. Aucun parti politique ne trouve grâce aux yeux du Président. Les gesticulations ridicules du FLN, l’immaturité du RND, le niveau bas des autres partis de l’alliance présidentielle, tous ces éléments ont amené le Palais d’El-Mouradia à écarter la « piste partisane » pour former un nouveau gouvernement.

L’instabilité gouvernementale chronique de l’Algérie est l’autre élément qui a convaincu Bouteflika de reconduire l’actuel gouvernement dans sa composante majoritaire. Depuis l’épisode de Tebboune en été 2017, l’Algérie ne cesse de connaître des changements successifs sapant ainsi toute stabilité nécessaire à la conduite des affaires de l’Etat.

Il faut souligner, par ailleurs, que l’élection présidentielle de 2019 a pesé énormément dans la décision finale de la Présidence. Un indice peut le confirmer : le départ d’El Hadi Ould Ali. L’ex-ministre des Sports et de la Jeunesse n’a pas quitté ses fonctions suite à une simple sanction qui s’explique par la descente en enfer du sport algérien. El-Hadi Ould Ali a été appelé « à d’autres fonctions » comme le dit si bien le communiqué de la Présidence de la République.

Ces fonctions peuvent être la préparation de la campagne pour le 5e mandat d’Abdelaziz Bouteflika. El-Hadi Ould Ali a toujours été l’un des cadres importants du staff de campagne du Candidat-Président notamment en Kabylie, une région politiquement stratégique pour les échéances électorales. Selon nos sources, le coup d’envoi du 5e mandat pourrait intervenir d’ici la fin de l’année 2018. Mais les préparatifs pour rallier les soutiens, persuader les plus réticents et composer des alliances commencent dés maintenant au regard des enjeux très compliqués des élections de 2019.

Pour toutes ces raisons, Bouteflika n’a pas voulu opter pour un changement majeur et radical. Et même si la situation du pays sur le plan financier et économique l’exige, Abdelaziz Bouteflika préfère diriger à son propre rythme pour démontrer qu’il est le véritable maître à bord. Une autre réponse à ceux et celles qui doutent de sa capacité à présider le pays. La méthode de Bouteflika peut paraître vieillotte ou digne du despotisme des années 70, il s’avère tout de même qu’elle porte sa signature originale.