Il y a sur urgence pour l’Algérie de s’adapter à la révolution mondiale du numérique qui a un impact sur le comportement des citoyens, sur la gestion des institutions et des entreprises. C’est que les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ont des implications au niveau de la gouvernance politique, la gestion des entreprises et des administrations et un impact également sur notre nouveau mode de vie renvoyant au savoir et à l’innovation permanente.

Politiques, entrepreneurs, citoyens, nous vivons tous aujourd’hui dans une société de la communication électronique, plurielle et immédiate qui nous contraint à prendre des décisions en temps réel. La maîtrise du temps étant le défi principal du siècle, en ce XXIe, engageant la sécurité nationale et toute inadaptation à ces mutations isolerait encore plus le pays.

 

1- Le nouveau système d’information, une révolution planétaire : 

 

Les NTIC sont un ensemble de technologies utilisées pour traiter, modifier et échanger de l’information, plus spécifiquement des données numérisées. La naissance des NTIC est due notamment à la convergence de l’informatique, des télécommunications et de l’audiovisuel. Le développement d’Internet à haut débit, la démocratisation de l’ordinateur et des nouvelles technologies découlent d’une baisse des tarifs proposés par les fournisseurs d’accès et d’une demande de plus en plus présente de la clientèle.

Le boum des blogs et des messageries électroniques donne aux TIC une place de plus en plus vaste dans notre société. Cette interaction de l’électronique et de l’informatique explique que les applications des NTIC puissent répondre aux besoins aussi bien des entreprises et de l’Etat que des ménages et des individus. Désormais soumises aux mêmes lois du marché que n’importe quelle autre activité de production marchande, les NTIC constituent, en outre, un secteur où la concurrence se joue directement à l’échelle mondiale.

La globalisation des entreprises, des marchés et des circuits de la finance n’a pas seulement impliqué un remodelage des structures économiques et des flux d’échange, elle a aussi conduit à la professionnalisation de la communication et de l’information, ainsi qu’à une intégration de plus en plus poussée des phases de la conception, de la création et de la consommation des produits, parallèlement à la fusion de sphères d’activités jadis séparées, voire opposées. Plus qu’une ouverture vers le grand public, les TIC révolutionnent l’organisation interne de l’entreprise, les logiciels de gestion appelés les ERP (Entreprise Ressource Planning) gèrent différentes tâches comme les stocks ou la trésorerie, le travail collaboratif est simplifié grâce à l’utilisation de l’intranet et de la messagerie, le système «wireless» ou «sans fil» maintient un lien permanent avec des collaborateurs en déplacement tout comme la vidéo-conférence, tout cela génère un meilleur partage ainsi qu’une meilleure circulation de l’information interne.

Ainsi, le monde est devenu une grande maison de verre, un acquis contre les régimes totalitaires dans la mesure où l’information n’est plus le quatrième pouvoir mais le pouvoir lui-même. L’infrastructure de l’Internet se répand aujourd’hui autour du monde pour créer un large réseau mondial et ce grâce à l’informatique qui permet aujourd’hui de numériser les informations et de gérer de nouveaux systèmes. L’intégration des télécommunications, de l’informatique et de l’audiovisuel a donné naissance à la Société de l’information qui fait l’objet d’une attention particulière de la part des Etats et des organisations internationales.

Cet intérêt s’est trouvé accru depuis plus d’une décennie en raison des retombées socio-économiques et culturelles des nouvelles technologies de l’information de la communication (NTIC) : la ‘‘fracture numérique » transcende, en effet, les clivages géographiques et traverse de part en part toutes les sociétés humaines. C’est que les nouveaux moyens de télécommunication facilitent l’échange et la diffusion de la connaissance. Ces nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) changent donc profondément la vie au quotidien des citoyens, le fonctionnement des entreprises, de l’Etat.

Tout cela entraîne de nouvelles représentations mentales et sociales. Cela est plus patent au niveau multimédia (TV, vidéo à la demande, GPS, musique…) sur les téléphones portables. Sur le plan macroéconomique, les nouveaux processus mis en place grâce aux TIC ont des conséquences sur l’analyse de la valeur des produits et services, que l’on effectuera davantage sur le cycle de vie, lequel a tendance à se raccourcir et influe sur les gains de productivité et la croissance liée à l’introduction des TIC.

Les TIC influencent également la recherche scientifique et technique et permettent indirectement de réaliser de nouvelles découvertes qui ont à nouveau un effet macroéconomique. Enfin, les TIC ont un impact dans de nombreux autres domaines comme les loisirs, la culture, la santé, la gestion du temps, les comportements en société. L’avènement d’Internet et le développement formidable qu’il connaît depuis quelques années ont pratiquement mis en demeure l’entreprise – de quelque importance qu’elle soit – de s’adapter et d’en faire l’usage le plus judicieux et le plus productif.

La compétitivité l’obligeant à obtenir ou à donner l’information en temps réel, l’entreprise va investir la Toile et recourir à l’électronique pour faire face à la concurrence et développer ses activités. Les NTIC permettent de mettre en place depuis quelques années des modèles d’organisation du travail dont les principales caractéristiques sont la décentralisation et la flexibilité. Le phénomène de délocalisation de l’emploi tient largement de la recherche des gains de productivité et des possibilités offertes par les NTIC aux entreprises, particulièrement à celles qui sont d’une grande envergure : télé-saisie, télétraitement et télémaintenance informatique sont maintenant une réalité de tous les jours.

 

2.- L’entropie et le système d’information en Algérie

L’effritement du système d’information explique les discours contradictoires rapportés par l’agence de presse officielle algérienne par plusieurs responsables. Il s’agit non pas de s’émouvoir mais d’analyser le fonctionnement de la société pour déterminer les causes de la désinformation. Le regretté Claude Lévy-Strauss un des plus grands anthropologues définit d’ailleurs la société comme un ensemble d’individus et de groupes qui communiquent entre eux.

Les groupes organisés- ceux qui poursuivent la réalisation de but définis- ne peuvent fonctionner efficacement que si les informations internes et externes circulent convenablement, notamment aux points de concentration des informations, là ou se prennent les décisions. Le fondement de la société, la constitution de la civilisation repose sur une bonne communication de tout pouvoir. Une communication qui vise à informer à faire connaître et à faire comprendre. Une communication qui vise à constituer d’une part une interrelation entre les différentes structures de l’Etat et d’autre part entre l’administration et les différentes couches de la société.

Car une mauvaise communication des appareils d’Etat ne peut que conduire au manque de crédibilité de la communication des pouvoirs public ce qui accentue la fracture politique/citoyens et donc le divorce État/citoyens. Qu’en est-il pour l’Algérie ? Certaines politiques manipulent l’information et apprennent les dysfonctionnements de leur secteur par la presse nationale. Ils crient alors à la désinformation. Et lors que c’est la presse étrangère ou les organismes internationaux qui les désavouent, ils brandissent l’étendard de la manipulation extérieure, oubliant que le mal profond est local.

La transparence dans l’information pour lutter contre la désinformation, et au temps réel, nous sommes à l’ère d’internet, doit traduire une volonté politique de démocratisation C’est que la maîtrise de l’information suppose une organisation tant des institutions ministérielles, locales que des entreprises optimales s’adaptant aux nouvelles organisations mondiales dominées par les organisations en réseaux.

En Algérie, plusieurs ministères et institutions locales se télescopent, cela rend l’information opaque pour des raisons de stratégies individualisées. Car existe le théorème dit des 20-80% en management stratégique : 80% d’actions mal ciblées que l’on voile par de l’activisme ministériel a un impact de 20% sur la société ; 20% d’actions bien ciblées ont un impact de 80% et devant tenir compte du facteur temps combinant les paramètres et les variables pour atteindre l’optimum global.

Ce qui est des paramètres à court terme peut devenir variable à moyen terme, et ce qui est pris comme secteur stratégique aujourd’hui peut ne pas le devenir demain dans le domaine économique, l’idéal est que l’ONS ne dépende plus de l’exécutif, à l’instar de l’INSEE en France, mais qu’il soit un organe indépendant avec un département-analyse.

C’est que l’ONS part des données micro-économiques des administrations et des entreprises, et elle les consolide à l’échelle macroéconomique. Si l’information de base est biaisée, cela donne des résultats au niveau global qui ne reflète pas la réalité. Et c’est ce que l’on constate malheureusement avec l’effritement du système d’information, où les bases de sondage sont différentes d’un organisme à un autre, aboutissant à des données que contredit la réalité.

Il faut donc uniformiser les méthodes d’enquête qu’elles soient exhaustives ou par sondage. Et surtout il faut démocratiser l’information en ouvrant les médias lourds à un large débat économique contradictoire, partant du principe que personne n’a le monopole du nationalisme. Comment ne pas rappeler par exemple ces annonces de différents ministres de créations  de centaines de milliers d’emplois l’annonce par les services de ministres algériens, données reprises par le canal de l’APS.

Or, on ne créé pas des emplois par décret, c’est l’entreprise avec son fondement et le savoir-faire qui créé l’emploi productif loin des emplois de la rente. Un ministre de l’Habitat annonce la création de plus d’un million de logements en 2012 et son remplaçant le dément aussitôt annonçant que les capacités de réalisations locales ne dépassent pas 30 000 par an. Un  ministre du Tourisme annonce triomphalement  en janvier 2013 que l’Algérie est un des pays les plus touristiques au monde  et quelques jours après, courant février 2013, l’organe mondial du tourisme classe l’Algérie presque en dernier à l’échelle mondiale.

Certains  responsables ou experts récemment entre 2017/2018 sans analyser   la production mondiale, le seuil de rentabilité des capacités,  les coûts y compris celui du transport,  les nouvelles mutations technologiques  et  le contrôle des filières internationalisées par quelques firmes surtout en Afrique, tel le ciment, le montage des voitures parlent d’exportation massive de l’Algérie pouvant conduire à des erreurs qui peuvent se chiffrer en milliards de dollars, épuisant les réserves de change.

Et nous pourrions généraliser les contradictions à presque l’ensemble des départements ministériels du fait de l’absence de transparence dans la communication, faute d’un dialogue serein. Ces données officielles biaisés sont donc contredites par la réalité et la majorité ses rapports internationaux qui fait que le citoyen algérien ne croient plus ses responsables. Je rappelle qu’en tant que directeur général des études économiques et premier conseiller à la Cour des Comptes, j’avais été chargé par la Présidence de l’époque en 1983 du dossier surestaries, dossier, d’ailleurs, toujours d’actualité et rendu urgent au vu des contraintes budgétaires, des nombreux bateaux en rades qui occasionnent des sorties de devises importantes.

J’avais suggéré, en relation avec les services du ministère du commerce, des finances et de différents départements ministériels concernés, l’urgence pour lutter contre à la fois les surestaries et les surfacturations l’établissement d’un tableau de la valeur par la mise en place d’un système d’information en réseaux et en temps réel entre les ports, la douane, les banques, les services de la fiscalité et reliés aux réseaux internationaux afin de connaitre les prix en temps réel des marchandises importés produit par produit.

 

3.-L’Algérie face aux  enjeux  de la société mondiale  de l’information

Chaque jour, de nouvelles avancées technologiques rendent plus obsolètes les progrès antérieurs. D’où les enjeux – en termes d’opportunités mais aussi de risques de marginalisation de l’Algérie – que représentent les NTIC pour la croissance et le développement social. Ce retard est dû en partie aussi au problème des mentalités et des attitudes négatives qui entravent la réalisation de projets novateurs et très intéressants, que proposent des spécialistes.

La connexion Internet trop lente et l’Algérie n’a pas réussi à rattraper son retard cette année en matière de Technologies de l’information et de la communication (TIC), au contraire, elle est même en recul dans le classement mondial établi par le World Economic Forum sur le développement de ces technologies. L’Algérie gagne trois petites places dans le classement du rapport 2016 du Forum économique mondial consacré à l’innovation dans l’économie numérique, passant du 120e au 117e rang sur 139 pays.

Elle ne figure pas parmi les dix premiers pays africains en raison d’un environnement et d’un usage des TIC en deçà des standards mondiaux.  Entre 2010/2015, l’Algérie est passée de la 114ème place dans le classement mondial de 167 pays en matière de développement de l’indice des TIC selon le rapport de janvier 2016 de l’UIT.

L’indice « Networked Readiness Index » qui a permis au World Economic Forum(WEF) d’établir son classement de 144 pays, sert d’évaluer l’impact des TIC sur l’économie et la compétitivité de chaque pays.  Ce classement est élaboré en fonction de l’indice Networked Readiness Index (NRI), qui évalue la disponibilité de 144 pays à exploiter les TIC en termes notamment de croissance, de compétitivité, ainsi que de la prospérité de leurs citoyens. Pour le mesurer, l’indice NRI calcule l’aptitude d’un pays à exploiter pleinement les TIC en termes respectivement d’infrastructures des TIC, du coût d’accès et de disponibilité des compétences requises pour un usage optimal, de l’utilisation des TIC par les gouvernements et le milieu des affaires, du contexte économique et du climat pour l’innovation, du cadre politique et réglementaire, et de l’impact économique et social des TIC.

Pour chacun de ces paramètres, le rapport a également élaboré un classement pour l’ensemble des pays. Pour 2016, le rapport explique que l’Algérie continue à afficher un faible effet de levier des TIC, avec l’un des impacts les plus faibles mondialement sur le plan économique (143e place mondiale pour ce critère) et social (141e). Il souligne également qu’une mauvaise infrastructure des TIC (119e), combinée à une faible base de compétences (101e), se traduit par des niveaux très faibles d’utilisation des TIC (140e).

Le rapport précise que l’Algérie se classe respectivement à la 100e place sur la base du critère de l’usage individuel des TIC, au 144e rang dans leur usage dans le domaine des affaires, et pointe à la 139e position dans leur utilisation dans la sphère institutionnelle et gouvernementale.

En outre, il considère que « les graves déficiences dans le cadre réglementaire (141e) et les insuffisances dans l’environnement des affaires et de l’innovation (143e) entravent les capacités positives qui découlent des TIC. Pour 2017, le WEF concernant l’index de l’évolution du digital classe l’Algérie 57ème sur 60 pays avec un score de 1,67. Malgré son classement, elle est à retrouver dans la catégorie « Watch out », dans la liste des nations dont les infrastructures dans le numérique font défaut (pénétration faible de l’ADSL et de la fibre optique, absence d’e-paiement…), mais qui comptent des startups innovantes et un investissement naissant dans le domaine.

Une étude algérienne montre que seulement 15% des PME algériennes sur les 321.000 recensées utilisent les technologies de l’information et la communication (TIC) dans leurs activités selon l’Agence nationale de développement des PME (ANDPME). Pour 2017 en termes de technologies et d’innovation,  dans le classement mondial,  l’Algérie  a été classée dans les derniers (136e) malgré que  qu’elle a investi  environ  8 milliards de dollars  ces 15 dernières années à travers ses  institutions financières  et administrations qui  ont bénéficié grandement de financements publics pour moderniser leurs services.

Nous avons une dizaine de pays africains devancent l’Algérie : l’île Maurice (49e), l’Afrique du Sud (65e), les Seychelles (74e), le Maroc (78e), le Rwanda  (80e),  la Tunisie (81e), le Cap-Vert  (85e), le Kenya (86e),  l’Egypte (96e), la Namibie (99e) et le Botswana (101e), Ghana (102e), Côte d’Ivoire (106e), le Sénégal (107e), la Gambie (113e), le Lesotho (115e) et la Zambie (116e). Dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord),

 

En résumé, face à  l’entropie analysée précédemment, du fait que  l’industrie des TIC a grandement contribué à la croissance de l’économie, restant  un secteur important dans les échanges commerciaux au niveau mondial ainsi que pour le développement du commerce intra entreprises, l’Algérie a besoin d’une stratégie d’adaptation dans ce domaine. Surtout  avec l’avènement de la quatrième révolution économique qui se fondera sur le numérique, les nouvelles technologiques, les industries écologiques avec un Mix énergétique entre 2020/2030.

C’est une question de sécurité nationale. Et ce à condition, d’adopter rapidement une stratégie de passage d’une économie de rente, passant par de profondes réformes structurelles, souffrant actuellement d’une crise de gouvernance et non d’une crise financière. Sans réformes structurelles profondes, supposant un minimum de consensus politique et social et une visibilité et cohérence dans la démarche des réformes, il ne faut pas s’attendre à des miracles. Plus on diffère les réformes, plus on épuisera les réserves de change et cette crise de gouvernance risque de se transformer en crise financière, économique et politique avec le risque d’une déstabilisation régionale avec le retour au FMI horizon 2020, ce qu’aucun patriote algérien ne souhaite.

Cela renvoie à l’urgence du rétablissement de la morale de ceux qui dirigent la Cité, si l’on veut éviter à l’Algérie un suicide collectif, condition du rétablissement de la confiance passant par la réhabilitation du travail, de l’intelligence, de l’entreprise créatrice de la richesse durable, dans le cadre de la mondialisation, fondement de la richesse de toute nation car l’entropie a atteint ces dernières années un niveau inacceptable. Le rétablissement de la confiance fondement du développement est à ce prix.

Le professeur des universités, expert international Dr Abderrahmane MEBTOUL