Algeriepart a publié jeudi dernier toute une enquête sur la gestion opaque des voûtes d’Alger, à savoir les 380 anciens magasins de l’amirauté et l’ancien arsenal de la Régence d’Alger. Des commerces qui représentent l’un des patrimoines immobiliers historiques les plus prestigieux de la capitale Alger.

Algeriepart a expliqué au cours de cette enquête les dessous des tensions qui opposent la Wilaya d’Alger aux commerçants locataires de ces voûtes. Certains commerçants exercent leurs activités au niveau des voûtes d’Alger depuis l’indépendance. Mais aujourd’hui, la wilaya d’Alger procède arbitrairement à des opérations d’expulsion prétextant des retards de paiement des loyers. Un motif qui a été balayé d’un revers de la main par la justice. Les tribunaux ont donné raison à plusieurs commerçants qui ont esté en justice l’administration dirigée par Abdelkader Zoukh, avons-nous constaté en publiant des documents exclusifs démontrant nos conclusions.

Le Wali d’Alger est donc soupçonné de brader ce patrimoine ou de préparer secrètement sa privatisation au profit de plusieurs hommes d’affaires qui le convoitent depuis des années. Des soupçons qui s’avèrent fondés puisque le Wali d’Alger, lui-même, a confié récemment qu’il avait reçu une offre technique « intéressante » pour transformer les voûtes d’Alger en un centre commercial hyper-moderne qui serait bâti tout en respectant les caractéristiques traditionnelles de ce patrimoine urbain.

Mais qui est à l’origine de cette offre technique ? Le groupe Faderco spécialisé dans la fabrication des produits d’hygiène corporelle, de papiers sanitaires et domestiques. Il s’agit d’un groupe dont les activités initiales n’ont aucune relation avec la gestion des centres commerciaux, un autre domaine totalement différent qui requiert un autre management, un autre savoir-faire et une indispensable expérience.

A la tête du groupe Faderco, nous retrouvons Amor Habes, homme d’affaires influent et l’un des membres les plus actifs du FCE d’Ali Haddad. Selon les investigations d’Algeriepart, Amor Habes et Abdelkhader Zoukh sont liés par une profonde amitié qui remonte à l’époque où l’actuel Wali d’Alger présidait aux destinées de la wilaya de Sétif entre 2010 et 2013. Et c’est à Sétif que le patron de Faderco a installé son grand complexe de production d’articles d’hygiènes.

Pour de nombreux locataires des voûtes d’Alger et quelques fins connaisseurs de ce dossier, nous sommes là face à un conflit d’intérêt potentiel. Abdelkhader Zoukh pourrait être tenté de privilégier « son ami » au détriment de l’intérêt général d’autant plus que le projet de transformer les précieux voûtes d’Alger en un grand centre commercial soulève de nombreuses interrogations. Algeriepart a appris au cours de ses investigations que le groupe Faderco d’Amor Habes a obtenu auparavant une importante parcelle immobilière à Ain Benian, la banlieue balnéaire d’Alger, pour lancer le chantier d’un premier grand centre commercial.

Cet opérateur privé a-t-il donc besoin de bénéficier d’une deuxième concession à Alger-centre pour bâtir un autre centre commercial ? Tous les commerçants des voûtes d’Alger se posent cette question. Si la motivation première de la wilaya d’Alger est de récupérer de nouvelles ressources financières, pourquoi n’a-t-elle jamais répondu aux requêtes de ces commerçants qui avaient proposé depuis plus de 3 ans de racheter leurs commerces pour les restaurer et les adapter aux normes les plus modernes ?

L’attitude étonnante d’Abdelkhader Zoukh sème un véritable malaise. Le Wali d’Alger est invité à venir s’expliquer devant l’opinion publique. Les voûtes d’Alger représentent un patrimoine majeur qui appartient à tous les Algériens. Personne ne peut décider de son avenir dans des conditions aussi troublantes.