Mes chers concitoyens,

L’Algérie va mal, l’hôpital Algérien est à hospitaliser, nous médecins résidents réclamons une santé digne, un hôpital digne, nous peinons à nous faire entendre, la santé Algérienne est en péril et c’est les médecins et les patients qui en payent les frais, la faute à qui ? Cessons les amalgames, avouons nos torts, admettons nos erreurs, réanimons l’hôpital Algérien, reformons la santé Algérienne car nos vies en dépendent….

Notre pays a traversé de dures épreuves : colonisations, guerres de libération, guerre civile, un million et demi de personnes se sont sacrifiés pour que nous ayons un présent et un avenir décents, pourquoi certains « Algériens » essayent de saboter notre Algérie? me demandai-je

Pendant que les députés clament sans la moindre dignité que leurs privilèges et leurs 27 millions de centimes par mois ne suffisent à mener une vie digne, le médecin résident à choisi de rendre à la patrie sa dignité, la dignité d’avoir un hôpital, la dignité de se considérer Algérien à nouveau, la dignité et le droit d’avoir accès aux soins et cela d’une façon égale, équitable et ubiquitaire dans tous les coins d’Algérie.

Pendant que certains se soignent à val de grâce, l’Algérien lambda se contente de se soigner à Val de crasse, l’égalité aux soins est un droit fondamental et c’est la raison principale de notre mouvement.

Tandis que le gouvernement à choisi, le mépris, l’arrogance, l’indifférence, la violence, le bras de fer, à l’égard de nous médecins résidents , via ma lettre et au nom de tous mes confrères je dénonce avec fermeté en me désolidarisant complètement de la politique sanitaire Algérienne actuelle, une politique purement« discriminatoire « en faillite » une politique de « bricolage » et de « provisoire qui dure », une politique vouée à l’échec qui gangrène l’Algérie depuis des décennies en l’entrainant dans un coma profond  !

Qu’est-ce un médecin résident ?

C’est un médecin titulaire d’un diplôme de docteur en médecine générale (07 ans d’études
médicales après le bac), admis au concours de spécialité (une spécialité qui dure entre 03- 05 ans) le médecin résident est donc un médecin en cours de spécialisation ,qui fera entre 10 ans et 12 ans d’études après le bac pour devenir médecin spécialiste.

Quel est le statut actuel du médecin résident ?

Le médecin résident est un fonctionnaire en formation, il est censé être toujours chaperonné et assisté par ses ainés que ça soit durant l’activité journalière comme durant la garde, il n’est juridiquement et administrativement pas « responsable » il n’est pas censé être laisser seul et doit être entouré de ses ainés.

Qu’est ce que c’est que le service civil ?

Après l’obtention du diplôme de fin d’étude de la spécialité (une durée entre 03-5 ans après les 07 ans de médecine générale) le médecin résident se voit être obligé de travailler dans les déserts médicaux comme dans les grandes villes (entre 1 ans et 04 ans tout dépend de la zone) en échange de son diplôme de médecin spécialiste qui reste pris en otage tant qu’il n’aura pas accompli son service civil.

Qu’en est-il du service militaire pour les médecins résidents ?

Pendant que la constitution garantie que les Algériens sont égaux en droits et en devoirs, tous les plus de 30 ans sont dispensés du service militaire, tous sauf les médecins, donc de plus des années de service civil les médecins hommes de plus de 30 ans sont obligés à passer le service militaire, en dépit de leur situation familiale et en dépit de leurs dossiers médicaux.

Pourquoi le médecin résident est en grève ?

  • Le médecin résident veut un meilleur système sanitaire, un système efficace basé sur l’incitation et non l’obligation, nous attendons de réelles reformes, nous voulons une santé digne, équitable, transparente, une politique qui privilégie le mérite et la rigueur.
    Nous voulons être efficaces durant nos années de services civils, nos déplacements dans les déserts médicaux sont dans la plupart des cas vaines, fictives et inefficaces.
    Ironie de l’histoire, nous nous retrouvons citoyens de deuxième degré dans notre propre Algérie, tandis qu’on assure, habitation, transport, immunité diplomatique, sécurité et plateaux techniques aux médecins cubains et chinois, nous médecins Algériens nous voyons dépourvus de toute considération et de tout moyen pour travailler.
  • Nous voulons avoir une meilleure plateforme pédagogique, un meilleur cursus académique, une meilleure formation, à titre d’exemple, à l’instar des autres pays, nos médecins anatomistes se contentent d’étudier sur des maquettes en plastique ? Quand allons- nous voir la dissection débarquée dans nos hôpitaux et dans nos universités ?
  • Nous voulons être égaux avec nos concitoyens, dispensons les médecins de plus de 30 ans du service militaire au même titre que le reste des Algériens.
  • Nous voulons une facilitation à la poste graduation, à la recherche, à la formation, aidons nos médecins chercheurs, aidons les médecins qui choisissent une carrière hospitalo-universitaire, pourquoi la politique actuelle tend à faire fuir les médecins du secteur publique vers le secteur privé?
    Pourquoi n’encourageons pas le secteur public ? Pourquoi beaucoup de directeurs d’hôpitaux et de DSP choisissent de « pourrir » la vie aux médecins du secteur public ?

La chronologie de notre grève:

-Depuis novembre 2017 nous avons menée une grève cyclique (de 01 à 02 jours par semaine), une grève symbolique qui à vu la participation de moins de 30% de médecins résidents.

-Depuis notre agression par les forces de l’ordre à l’hôpital Mustapha Pacha à Alger le 03/01/2018, nous avons décidé de boycotter le DEMS et d’entamer une grève illimitée (en maintenant le service minimum et l’activité de la garde)

-Le 12/02/2018 s’est tenu une marche et un sit-in national à Alger devant l’APN et devant la grande poste.

– Nous avons mené des actions locales (marches organisées à Oran, Blida, Constantine…, compagnes de sensibilisation, compagnes de don de sang)
-Le 11/03/2018 et après plusieurs séances de négociation vouées à l’échec avec la tutelle, nous avons arrêté le service minimum avec le maintien de l’activité de la garde.

Je dénonce :

– Je dénonce la mauvaise répartition de la cartographie sanitaire, je dénonce la surcharge des hôpitaux du nord, le médecin n’est responsable ni du manque de moyens, ni du manque de place, nos maternités, les services de néonatologie, d’oncologie reçoivent jusqu’à 04 fois leur capacité requise.
-Je dénonce les conditions de travail dans les déserts médicaux, faute d’une réelle politique sanitaire le médecin se voit obligé de travailler comme un évacuateur de sa structure vers un CHU.
-Je dénonce le « laxisme » de la tutelle face à la situation difficile et précaire que nous médecins résidents faisons face.
-Je dénonce la « dictature » de certains DSP et des directeurs d’hôpitaux exercée contre les médecins spécialistes.
-Je dénonce les mensonges, la propagande, la diffamation, la désinformation, la déformation, l’acharnement et le lynchage médiatique que nous médecins résidents subissons de la part de certains médias.
-Je dénonce la mauvaise foi, le laisser aller, l’anarchie, l’incompétence de certains gestionnaires et d’administrateurs de santé.
-Je dénonce l’insécurité dans nos hôpitaux.
-je dénonce le favoritisme en dépit de la compétence.
-Je dénonce ces« brouettes mortelles » qui font office d’ambulance.
-Je dénonce les conditions de travaille « inqualifiables, atroces, grotesques» dont lesquelles nous médecins résidents travaillons, nous nous voyons faire des gardes de 28 heure-30 heures, des gardes parfois même pas déclarées , nous n’avons pas droit aux récupérations, je dénonce l’esclavagisme, le mépris et l’abus de pouvoir de certains de nos chefs-services.
– Je dénonce l’indifférence du peuple face à l’état précaire de nos hôpitaux, nous sommes tous complices par notre silence et notre indifférence, bâtissons des hôpitaux pas des mosquées, achetons du matériel médical avec les salaires ponctionnés des médecins résidents, embellissons nos hôpitaux avec l’argent économisés de ces trottoirs refaits tous les quelques mois !

Notre Algérie est notre bien commun, l’Algérie est notre seul héritage, tous, médecin, infirmier, politicien, citoyen main dans la main, ensemble, solidaires, conscients et responsables, pouvons enfin sauver l’hôpital Algérien, en sauvant l’hôpital Algérien, nous sauvons l’Algérie!

Amina FEDJER