Au lieu d’autoriser des usines d’assemblage de véhicules neufs encore très rudimentaires, l’Algérie aurait pu concevoir et fabriquer sa propre voiture depuis 2011 ! Oui, ce n’est pas une blague ni un délire fantasmagorique, en 2011, un chercheur et cerveau algérien installé en Suisse a envoyé tout un dossier technique au gouvernement algérien pour lui soumettre un ambitieux et prometteur projet : fabriquer sur notre territoire national la première voiture algérienne. 

Ce chercheur s’appelle Malik Mallem. Il vit en Suisse depuis une vingtaine d’années. A Genève, il a créé l’Ecole de design de Genève considérée comme étant l’unique école
genevoise de fabrication de voitures. Sa spécialité est de travailler sur le design d’une voiture pour concevoir un modèle inédit, unique et original. « Une voiture, c’est d’abord son châssis. C’est son identité », confie à ce propos à Algeriepart Malik Mallem. En mars 2011, en collaboration avec ses ingénieurs, il conçoit « Sonya », un prototype de 2,30 m de long sur 1,20 m de large. L’arrière du véhicule a la même allure qu’une Porsche et l’avant
reprend les lignes d’un insecte. Le design révolutionnaire de ce prototype a séduit les organisateurs du très célèbre Salon international de l’automobile de Genève (Geneva International Motor Show). Un rendez-vous très prestigieux pour tous les constructeurs mondiaux de voitures.

La Sony a été validée et approuvée par les organisations de ce salon qui lui octroient du 8 au 18 mars 2011 tout un stand. Le public est subjugué et la presse suisse applaudit cette innovation.

Mais Malik, le patron de l’école de design de Genève, est un Algérien amoureux de son pays natal. Il prépare tout un dossier et envoie une correspondance officielle au gouvernement par le biais  de l’ancien secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé de la Communauté nationale à l’étranger, Halim Benatallah, comme l’atteste le document en notre possession.

Dans cette lettre, Malik Mallem se montre visionnaire et anticipe les dégâts de la facture très salée des importations des voitures neuves, une facture qui avait dépassé les 7 milliards de dollars en 2012. Le chercheur algérien propose toute une stratégie au gouvernement algérien pour développer la formation de spécialistes dans le domaine du prototypage automobile ainsi que la fabrication du prototype de la première voiture algérienne.

« Nous sommes convaincus que l’Algérie possède les moyens de se lancer dans la production en série de voitures légères faisant d’elle le premier marché africain ou dans certains pays du sud. C’est la raison pour laquelle nous nous tournons vers vous dans l’espoir de bénéficier de votre appui pour le lancement d’un partenariat permettant le transfert de nouvelles technologies dans ce domaine entre la Suisse et l’Algérie. Notre École aura l’honneur de collaborer avec les instances algériennes compétentes dans les domaines industriels et académiques (ministère de la formation professionnelle ou celui des industries », avait-t-il expliqué en 2011.

Malik Mallem a proposé tout bonnement aux autorités algériennes de se lancer dans la production de véhicules bon marché « pour des budgets réduits et développer des structures de partenariat entre les opérateurs algériens et suisses afin de passer rapidement de la phase de conception à la phase de production et de commercialisation de véhicules en série ».

Comment est-ce possible ? « C’était réalisable ! Nous avions demandé de l’appui et du soutien pour que nous puissions fabriquer le châssis et la carrosserie de la Sonya sur place en Algérie. Nous allions aussi concevoir le tableau de bord et tout l’intérieur du véhicule grâce à une fructueuse collaboration avec nos ingénieurs suisses. Pour le reste, c’est très facile : nouer un partenariat avec un constructeur mondial pour nous fournir le moteur et s’approvisionner en pneus et quelques autres composants afin de fabriquer définitivement notre voiture », explique Malik Mallem. Aujourd’hui, cet algérien établi à Genève est très dépité lorsqu’il regarde le bricolage avec lequel les autorités algériennes ont autorisé l’assemblage des véhicules. « La Sonya aurait pu être la première voiture algérienne avec un taux d’intégration très respectable et honorable. Son prix aurait été très bon marché », regrette ce cerveau qui n’a jamais reçu une réponse à sa proposition.

Jusqu’à aujourd’hui, aucune instance officielle ou ministère n’a fourni la moindre réponse au projet de la « Sonya ». Un dossier qui demeure encore caché, ou perdu, dans les tiroirs poussiéreux de notre vieillissante administration. Dommage !