Pendant des années, la nomenklatura algérienne était sous le charme de Genève, la célèbre ville suisse connue pour son confort, son luxe prestigieux et sa qualité de vie impressionnante.  Plusieurs hauts responsables et dirigeants algériens séjournaient régulièrement dans cette ville qui abrite les banques les plus obscures et hermétiques du monde. 

Algeriepart a retrouvé l’hôtel qui servait d’abri pour les dirigeants algériens qui étaient pour la plupart d’entre eux des généraux et hauts gradés de l’armée ou des services de renseignement, l’ex-DRS. Il s’agit d’un hôtel charmant, mais très discret. Son nom est l’hôtel Strasbourg. Il est situé à la rue Pradier, juste à quelques encablures de la très courue promenade qui longe le Lac Léman. Ce n’est pas un Palace ni un Hôtel 5 étoiles comme les autres établissements très chics de Genève. Mais l’hôtel Strasbourg a une particularité importante : il est la propriété d’un homme d’affaires algérien ayant entretenu pendant longtemps des liens étroits avec plusieurs généraux algériens.

Ce businessman s’appelle Mohamed Derouazi. Il est installé en Suisse depuis plusieurs dizaines d’années. Et dans l’hôtel de cet homme d’affaires, les généraux algériens bénéficiaient de toutes les faveurs et surtout d’une discrétion totalement préservée. Leurs déplacements étaient tenus secrets et leurs séjours étaient savamment organisés pour ne pas éveiller les soupçons des autorités suisses.

Selon nos investigations, durant les années 80, 90 et jusqu’aux débuts des années 2000, plusieurs personnalités algériennes fréquentaient régulièrement cet hôtel. La liste est longue. Mais le visiteur le plus célèbre de l’hôtel Strasbourg de Genève fut le feu général-major Smaïn Lamari, le patron de la Direction du contre-espionnage du DRS pendant de très nombreuses années.

Avant sa mort le 27 août 2007 des suites d’une maladie pour laquelle il était suivi à l’hôpital Ain Naâdja d’Alger, le général Smaïn Lamari se déplaçait très souvent à Genève où il passait plusieurs nuits dans cet hôtel. Beaucoup de rumeurs circulent à propos des motifs et fantaisies des voyages de l’ex-patron du contre-espionnage algérien à Genève. Nous n’avons pas pu confirmer la véracité de toutes les informations que nous avons pu récolter. Mais une chose est sûre : à l’hôtel Strasbourg, le général Smaïn Lamari était l’hôte de prestige et on lui refaisait aucun désir.

Le général-major Attafi, l’un des hauts responsables les plus influents du DRS, se rendait souvent lui-aussi dans cet hôtel genevois. Ce général a occupé plusieurs fonctions importantes comme lorsqu’il dirigeait la Direction de la documentation et de la sécurité extérieure (DDSE). Le général Hadj Rafik, le colonel Aziz du DRS et le général Zerhouni qui fut le directeur de l’intendance au ministère de la Défense nationale, ont marqué aussi leur présence dans cet hôtel. Des hauts responsables civils descendaient également dans le fameux hôtel Strasbourg de Genève. Parmi eux, on peut citer un certain Amar Zegrar, lex-secrétaire général de la présidence de la République entre 1997-1998.

Nous avons appris au cours de nos investigations que le propriétaire de cet hôtel, l’homme d’affaires Mohamed Derouazi était longtemps en conflit avec Abderrahmane Meziane Chérif, l’ancien ministre de l’intérieur en 1994. Entre 1992-1994, il était le consul-général d’Algérie à Francfort. Et entre 2004-2010, il était le consul-général d’Algérie à Paris. Mais cela n’empêchait pas les généraux et dirigeants algériens d’entretenir leur amitié avec le propriétaire de l’hôtel Strasbourg. Et c’est ainsi que ce dernier a pu transformer son hôtel en un véritable refuge pour la classe dirigeante algérienne à Genève en Suisse.