Le cours du pétrole a clôturé depuis la première fois à Londres le 24 mars 2018  à 70, 36 dollars le Brent et à 65,81 dollars le Wit. Et même si 33% des recettes de l’Algérie proviennent du gaz naturel dont  le cours prévu à la vente au mois d’avril 2018 est  de 2,587 dollars le MBTU, en baisse par rapport à avril 2017, il faut se réjouir de cette bonne nouvelle.

 

Il faut savoir, pour autant, qu’il existe dix raisons interdépendantes qui fixent les cours du pétrole. De nombreux indicateurs laissent croire qu’une évolution vers la hausse attend prochainement les prix du pétrole sur le marché mondial.

– La première raison : est que le monde  connait un froid inégalé accroissant la demande mondiale de pétrole et de gaz.

-La deuxième raison : comme vient de le souligner le rapport de janvier 2018 de la Banque mondiale, il y a une belle reprise de la croissance économique mondiale pour 2018 en dépit d’une prévision de ralentissement pour 2019 en Europe, aux USA, en Chine et en Inde. Pour le cas algérien, c’est la décision du gouvernement de relancer la dépense publique notamment dans le BTP et infrastructures publiques qui a incité la Banque Mondiale à réviser à la hausse le taux de croissance du pays. Or, cette mesure conjoncturelle dépend des recettes de Sonatrach et de la maîtrise ou pas du financement non-conventionnel.

-La troisième raison est le respect, globalement, du quota des membres de l’Opep décidé en décembre 2016 à Vienne avec des perspectives de reconduction de l’accord avec la bénédiction de l’Arabie saoudite qui représente 33% du quota de l’Opep.

-La quatrième raison est l’entente réalisée entre l’Arabie Saoudite et la Russie, ces deux pays produisent plus de 10 millions de barils de pétrole par jour.

La cinquième raison est la situation politique en Arabie Saoudite où les Bourses n’ont aucune visibilité à la suite des actions spectaculaires menées par prince héritier dans sa lutte contre la corruption. La crainte des tensions politiques internes et surtout la vente d’une partie de la grande société Saudi Aramco, la grande compagnie nationale saoudienne d’hydrocarbures risquent de relancer les spéculations.

-La sixième raison est la tension au Kurdistan, cette zone produisant environ 500 000 barils/jour sans oublier la baisse de la production vénézuélienne, les tensions en Libye et au Nigeria.

-La septième raison est le discours du président américain vis-à-vis de l’Accord avec l’Iran même s’il est atténué par la position européenne.

-La huitième raison se trouve dans les tensions actuelles entre l’Iran et l’Arabie Saoudite pouvant engendrer une mésentente au niveau de l’Opep.

-La neuvième raison est la faiblesse du Dollar par rapport à l’Euro (1,232 dollar pour 1 euro au 24/03/2018).

-La dixième raison est la baisse des stocks américains, une baisse relative de la production US avec une reprise annoncée durant le premier semestre 2018.

A court terme, les dix  raisons invoquées précédemment peuvent pousser soit à la hausse ou à la baisse le cours du pétrole, certains facteurs étant plus prépondérants que d’autres. Le ministre de l’Energie de l’Arabie Saoudite a fait savoir que le cours souhaitable ne devrait pas dépasser les 70 dollars afin d’éviter l’entrée massive du pétrole et du gaz de schiste US dont les gisements marginaux, qui sont les plus nombreux, deviennent rentables à un cours supérieur à 60 dollars, inondant ainsi le marché international.

L’Agence internationale de l’énergie (L’AIE) vient de faire savoir en ce mois de janvier 2018 que la production américaine, si le cours se maintient à plus de 60 dollars, dépasserait pour la première fois la production de l’Arabie Saoudite.

En résumé, une hausse d’un dollar en moyenne annuelle procure entre 500-600 millions de dollars supplémentaires à l’Algérie.

Avec un baril de pétrole à 60 dollars, l’Algérie peut engranger jusqu’à 6 milliards de dollars/an en référence à la loi de Finances établie à 50 dollars. Dans les scénarios les plus optimistes, l’Algérie peut empocher jusqu’à 12 milliards de dollars si le cours en moyenne annuelle se maintient à 70 dollars permettant ainsi de limiter le financement non-conventionnel.

Cependant, il faut éviter à tout prix de vivre de l’illusion de la rente éternelle et penser en urgence, pour des raisons de sécurité nationale, à un nouveau modèle de consommation énergétique (mix énergétique dont l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables dont le coût a diminué de plus de 50%).

Le statu-quo et l’immobilisme conduisent forcément à la cessation de paiement à l’horizon 2020-2022. Il y a urgence pour l’Algérie d’avoir un nouveau projet de société économique et social basé sur une nouvelle gouvernance afin d’éviter les dégâts d’un dangereux malaise social.

Ce nouveau projet de société où le Politique, l’Economique, le Culturel et le Social sont inextricablement liés. Un projet qui doit éviter toute vision linéaire et devra être caractérisé par l’action de l’État à travers son devoir à la fois d’efficacité économique et d’équité sociale. La philosophie de base qui devra soutenir ce projet est cette devise: «ni dirigisme ni libéralisme absolu». Il y a lieu d’éviter de verser gratuitement dans la sinistrose, mais également dans l’autosatisfaction.

 

Par le Professeur des universités et expert international, le Dr Abderrahmane MEBTOUL