L’affaire du général Khaled Nezzar, l’ancien ministre de la Défense nationale et l’homme fort du régime algérien pendant la décennie noire, est toujours en cours de traitement par la justice suisse. 

Algériepart a obtenu un document exclusif qui relate les dernières évolutions de ces poursuites judiciaires enclenchées à l’encontre d’un haut responsable algérien en Suisse. Selon ce document en notre possession, l’affaire du général Nezzar connaît en ce moment un sérieux blocage en raison du changement opéré au niveau du Tribunal fédéral suisse. L’avocat de l’une des victimes qui a déposé plainte contre le général algérien, en l’occurrence l’ancien activiste du parti islamiste le FIS Abdelouahab Boukhezouha,  révèle dans cette correspondance obtenue par Algériepart que le procureur fédéral suisse Stefan WAESPI a quitté ses fonctions. Sa remplaçante s’appelle Miriam Spittler. Et c’est à cette juge de se prononcer sur le futur de cette affaire qui a tenu en haleine l’opinion publique en Algérie.

Ce document démontre ainsi que la plainte contre le général Khaled Nezzar n’a pas été classée définitivement comme il a été rapporté par de nombreux médias algériens. Pour rappel, les poursuites judiciaires contre l’ancien haut gradé de l’armée algérienne est un feuilleton qui dure maintenant depuis plus de six années.

En 2011, le général Nezzar a fait l’objet à Genève d’une plainte, soutenue par TRIAL qui est une ONG suisse qui lutte contre l’impunité des crimes internationaux, de deux anciens membres du Front islamique du salut (FIS) résidents en Suisse, Ahcène Kerkadi et Seddik Daadi : victimes de tortures en 1993 et au cours des années suivantes, leurs témoignages avaient déjà été rendus publics par Algeria-Watch, en 2003 pour le premier, en 2008 pour le second.

Lors de son interrogatoire par la justice suisse, le général Khaled Nezzar a crié son innocence. “Je ne suis pas celui qui a déclenché ce conflit. J’étais ministre de la Défense. […] Je n’ai pas connaissance de cas de torture durant cette période. C’était d’ailleurs l’affaire des services de savoir comment ils obtenaient les informations”, avait-il dit.

Il est à souligner enfin que les autorités algériennes ont exercé beaucoup de pression sur les autorités suisses pour faire capoter ces poursuites judiciaires. L’ambassadeur de Suisse en Algérie, Muriel Berset Kohen, a en effet alerté lors d’une réunion tenue le 3 mars 2016 le ministère public de la Confédération helvétique (MPC) que l’issue de l’affaire Nezzar représente “une bombe à retardement en ce qui concerne les relations bilatérales entre la Suisse et l’Algérie, un handicap que la Suisse aurait à gérer dans ses relations diplomatiques”, avait révélé une note du parquet suisse publiée par le média suisse le Temps en novembre 2017.

“L’affaire du Général Nezzar est très sensible politiquement, en tant que le Général Nezzar incarne le choix fait par l’Algérie de lutter contre les terroristes pendant les années noires”, avait conclu à ce propos la diplomate suisse.