Très peu d’Algériens connaissent l’Établissement national de la navigation aérienne (ENNA). Et pourtant, il est parmi l’un des premiers établissements stratégiques de l’Etat algérien. C’est l’organisme qui est chargé  de l’exploitation et de la sécurité du transport aérien algérien. 

Une mission très délicate qui engage la sécurité nationale et la souveraineté de tout notre pays. L’ENNA est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) placé sous la tutelle du ministère des Transports algériens. Et en tant qu’EPIC, il doit gérer des fonds très conséquents et de nombreux marchés aux montants faramineux.

De l’exploitation technique des aérodromes jusqu’à la réglementation de la circulation aérienne en passant par la sécurité de la navigation aérienne dans l’espace aérien algérien, le travail de l’ENNA lui permet de gérer des budgets de plusieurs Milliards de Da et de plusieurs Millions d’Euros et de Dollars.

Pourtant, ces budgets sont gérés dans une opacité totale avec, de surcroît, des pratiques scandaleuses qui soulèvent de nombreuses interrogations, a-t-on appris suite à nos investigations.

Algeriepart a obtenu des documents exclusifs qui contiennent des révélations fracassantes. Ces documents sont de longs extraits du rapport confidentiel réalisé par l’Inspection Générale des Finances (IGF) qui a ausculté soigneusement la gouvernance douteuse de l’ENNA.

En mai 2011, l’IGF dresse un rapport accablant et tire la sonnette d’alarme sur des pratiques très dangereuses minant de l’intérieur cet établissement sensible de notre pays.

Les enquêteurs découvrent de nombreuses irrégularités, à titre d’exemple, des personnes entièrement étrangères à l’ENNA ont été prises en charge financièrement pour participer à des colonies de vacances et à des voyages dans le cadre de la Omra.

Des factures mirobolantes ont été découvertes comme celles de prestations médicales réalisées par des médecins privés alors que l’ENNA dispose d’un centre médico-social.

Pis encore, l’argent public alloué à cet organisme public est géré comme une cagnotte familiale. Preuve en est, des prêts accordés au personnel de l’ENNA n’ont jamais été remboursés !

Ces pratiques perdurent depuis 2006/2007. Dénoncées par les inspecteurs de l’IGF en 2011, elles sont toujours d’actualité aujourd’hui encore en 2018, a-t-on constaté suite à nos investigations.

L’enquête de l’IGF a été étouffée et aucun ministre des Transports n’a daigné réclamer des comptes et réformer en urgence la gestion scandaleuse de l’ENNA.

Une gestion qui occasionne des dégâts irréparables comme ces 50.0000.0000 Da, 5 milliards de DA, soit prés de 50 millions d’euros, déposés en 2003 à la Khalifa Bank sans prendre la moindre mesure de précaution. Une somme pharaonique qui n’a jamais été récupérée. Une véritable dilapidation de l’argent public.

Les documents exclusifs obtenus nous apprennent également que la gestion des appels d’offres et l’attribution des marchés publics par l’ENNA ne respectent aucune norme de transparence et de droiture. Le recours injustifié au gré à gré est excessif, des dépassements importants des montants des prestations et des délais des projets ont été repérés par les enquêteurs de l’IGF. Ce sont ces anomalies et irrégularités qui font le nid de la corruption en Algérie.

Mais c’est surtout la gestion des œuvres sociales des travailleurs de l’ENNA qui attise les soupçons. Il n’y a pratiquement aucun règlement précisant l’octroi des prêts aux salariés de l’entreprise et les prises en charge pour les séjours des vacances estivales. Les dérives sont nombreuses et l’argent censé servir au bien-être des 3133 travailleurs de l’ENNA fait l’objet d’une spéculation sans pareille provoquant ainsi des scandales qui font froid dans le dos.

L’ENNA s’illustre particulièrement avec brio lorsqu’elle doit perdre beaucoup d’argent.

L’IGF a découvert que cet organisme étatique ne procède pas au recouvrement de ses créances aéronautiques. D’autres créances détenues auprès des compagnies aériennes étrangères n’ont pas été recouvertes. Le manque à gagner est difficilement chiffrable, mais le préjudice financier est très lourd et relance plus que jamais cette question :

Qui donc contrôle ces organismes publics stratégiques ?

Algeriepart reviendra sur ce sujet avec de nouvelles enquêtes dans les jours à venir…