Suite à l’annonce discrète, début 2017, de la création d’une nouvelle société ”mixte’’ réduisant la participation de la Société Nationale des Tabacs et Allumettes (SNTA) par rapport au partenaire émirati, plus rien ne va, entre la Direction et les travailleurs décidés à stopper la cession de leur société par tous les moyens légaux.

Selon les travailleurs, il s’agit d’un bradage pur et simple de leur société au profit du partenaire émirati avec lequel un partenariat avait déjà été établi.

En effet en 2005, la SNTA avait signé un accord d’association avec un fonds émiratie. La nouvelle entreprise avait adopté pour nom : Société des Tabacs Algéro-Emiratie (STAEM).

L’objet de cette compagnie était de développer la production de cigarettes de marques internationales afin de faire cesser le fléau de la contrebande du tabac en Algérie.

Rappelons que la STAEM produit les marques de cigarettes étrangères Marlboro, Camel, West, Winston, Gauloises et L&M.

Son capital était à 49% détenu par la SNTA, 49% pour le fonds d’investissement émirati et 2% portés par la société Sofinance, (Société Financière d’Investissement, de Participation et de Placement) un établissement financier public agréé par la Banque d’Algérie. Bizarrement, ces 2% du capital ont été cédés aux émiratis quelques semaines plus tard. Les partenaires étrangers se retrouvent alors en situation majoritaire dans la société mixte, avec 51% des parts.

Une fois l’usine de Koléa (Tipaza) acquise, les Emiratis ont voulu aller plus loin dans leur accaparement du marché et ce après 13 années d’exploitation. En 2015, les Emiratis proposent alors de racheter toute l’entreprise, mais se ravisent très vite après avoir audité les bilans de la SNTA. La société publique détient, en effet, un patrimoine vieillissant et une surabondance de personnel.

Une entreprise qui n’est plus la propriété de l’Etat ! 

Ce qui intéressait les Emiratis, qui n’avaient jamais investis dans de nouvelles machines ou proposé un véritable transfert de savoir-faire, était le segment commercial de la SNTA, éventuellement quelques unités rentables de la SNTA, pas plus !

Et pourtant, en janvier 2017, les employés de la société nationale ont appris que leur entreprise n’était plus la propriété de l’Etat, les actes de la création d’une nouvelle société avaient été signés à Dubaï sans que l’Etat ne communique sur cette cession !

Une nouvelle entreprise avait été créée, fin 2016, portant le nom d’UTC (Union Tobacco Company), dont le seul objet est de commercialiser la production de la SNTA…

”On n’a jamais vu un tel partenariat dans le monde ou une entreprise cède son activité commerciale’’, affirme à Algériepart une source proche du dossier.

Avec un montage optimisé, les décisions du conseil d’administration inclineront du côté des Emiratis sachant que les représentants du Ministère des Finances – à leur tête Mustapha Zikara qui était administrateur- Le Ministère de l’Industrie et le Trésor Public vont céder leur place. Seul le PDG, Charaf-Eddine Amara, resterait en poste.

C’est un véritable bradage, de plus, un contrat d’alliance ne se fait pas par la création d’une société mixte, de surcroît par une société mixte, un simple contrat entre les deux parties aurait suffi’’, s’indigne une source interne.

Dans un courrier que nous avons pu nous procurer, le PDG tente de répondre aux préoccupations des travailleurs suite au processus de privatisation de la SNTA, qui n’en est pas à ses débuts mais touche vraisemblablement à sa fin.

Dans ce même courrier, que nous mettons à votre disposition, Le PDG affirme que le processus de cession de l’activité commerciale n’est pas une privatisation mais une alliance économique où la SNTA met à la disposition de cette société mixte ses ressources (patrimoine donné en location à des prix dérisoires).

Avec cette solution, on est en phase de céder toute l’activité commerciale avec tout le patrimoine sans qu’ils (les émiratis) ne participent avec des apports financiers, ainsi, ils (les émiratis) se retrouvent à la tête d’une société mixte qui va faire plus de 25 milliards de DA de chiffre d’affaire sans grand effort’’, nous révèle une autre source.

L’inquiétant  contrôle des Emiratis 

Les Emiratis auront le contrôle sur la société UTC, et la géreront à leur guise dès lors qu’ils sont majoritaires avec 51% des actions.

Le PDG avait, pourtant, affirmé que 51% de ces capitaux appartenaient à des Algériens. Est ce qu’ils sont publics ou privés ? S’agit-il de capitaux privés Algériens appartenant à des émiratis installés en Algérie ?

Ce qui est évident c’est que ces Emiratis qui ont pris 51 % de l’UTC sont les mêmes que ceux qui contrôlent la STAEM, l’entreprise qui fabrique les cigarettes étrangères à KOLEA. En effet, Rashideen International Holding Company appartenant au Cheikh Ahmed Hassan Abdul Qaher Al-Sheebani est actionnaire à la fois de la STAEM et de… l’UTC ! Ce qui confère aux Emiratis une présence nettement plus importante et puissante que l’Algérie dans le capital de l’UTC.

En janvier dernier, ils sont passés à la deuxième étape. Après la première qui a consisté à céder le commercial, il s’agit maintenant de céder les unités de production rentables à UTC…

MADAR, créé récemment pour remplacer le nom de la SNTA qui n’existe plus, est un holding qui va englober les unités qui restent de la SNTA que les Emiratis ne veulent pas récupérer à l’instar de l’unité imprimerie etc..

Les travailleurs d’El Khroub ont entamé un mouvement de grève au mois de Février 2018, pour protester contre la décision de privatisation déguisée de bradage caractérisé et veulent la stopper par tous les moyens légaux.

Algeriepart a été destinataire d’un document, que nous partageons avec nos lecteurs, qui est une requête du syndicat adressée aux pouvoirs publics.

Le Directeur Général, Amara Charaf-Eddine, a, par ailleurs, très vite réagi, en dénonçant ”les allégations prononcées par les membres de certaines sections syndicales à l’instar de la section du pôle Est-Khroub, quant au projet de partenariat dans le cadre de l’entreprise commune UTC

Il accuse ces mêmes syndicalistes de ”manœuvre qui revêt un caractère sournois qui confirme les intentions machiavéliques des instigateurs et renseigne sur la fragilité, sinon la bassesse des illusions qui les animent à l’effet d’empêcher leurs collègues de profiter et de jouir pleinement des retombées des projets auxquels ils portent atteinte’’ dans un document nous détenons une copie.

Les membres de la section syndicale ainsi que les 1000 travailleurs de l’unité d’El Khroub, déplorent l’attitude du PDG et ne comprennent pas pourquoi les responsables ont accepté de céder le service commercial aux Emiratis.

Qui est véritablement derrière ce bradage finalement ? Pour rappel, cette décision de privatisation déguisée a été prise sous l’ère du controversé ministre Abdesslam Bouchouareb.

Nos investigations se poursuivent et nous reviendrons avec plus d’informations et de détails sur le terrain acquis par la STAEM de plus de 14.000 M² à Koléa et sur les étranges facilités financières accordées à cette entreprise.