Le programme de mise à niveau des PME algériennes est victime d’un véritable sabotage orchestré par des hauts responsables au niveau du Ministère de l’Industrie.

Depuis début 2016, une centaine de bureaux d’études privés attendent le paiement de leurs missions de diagnostic réalisées auprès de 1500 PME algériennes dans le cadre d’un programme national soutenu et accompagné par l’Agence Nationale de Développement de la PME (ANDPME) relevant du ministère de l’Industrie.

Or, jusqu’à l’heure actuelle, ces bureaux d’études n’ont toujours pas été payés pour leurs prestations de services. L’ardoise s’élèverait à 150 millions DA, a-t-on appris suite à nos investigations. Et plusieurs bureaux d’études privés ont été contraints de mettre la clé sous le paillasson à cause de cet étranglement financier.

Au ministère de l’Industrie, personne ne veut payer cette facture et les bureaux d’études algériens sont livrés à leur triste sort.

Les dégâts de l’incompétence 

Pourtant, en juin 2017, un semblant d’espoir s’était dessiné au profit de ces bureaux d’études suite à une décision de déblocage de cette situation adoptée dans le sillage d’une intervention de l’ancien Premier Ministre, Abdelmalek Sellal, avant son départ du gouvernement.

Un espoir qui sera vite déçu puisque de juin 2017 au 20/12/2017, le ministère de l’Industrie procédera uniquement à un règlement financier au compte-gouttes. A peine deux bureaux d’études ont été payés par mois pendant que tous les autres prennent leur mal en patience à attendre leur tour.
Une attente qui finira par aboutir à une immense déception puisque la gabegie régnant au Ministère de l’Industrie a donné naissance à un véritable scandale.
Et pour cause, des désaccords ont éclaté entre le contrôleur financier du Trésor Public et les responsables du ministère de l’Industrie. Le contrôleur financier du Trésor Public a réclamé le 15 janvier dernier un document officiel pour pouvoir payer au moins 47 bureaux d’études dont les dossiers sont en suspens depuis plusieurs mois. Mais au Ministère de l’Industrie, personne ne peut délivrer ce document en bonne et due forme. Le Directeur des paiements étant absent, les choses traînent. L’intérimaire finit par rédiger enfin un document.
Toutefois, le calvaire des bureaux d’études s’est poursuivi puisque la contrôleuse financière du Ministère de l’Industrie refuse d’apposer sa signature.
Elle va tout de même changer d’avis le 5 /2/2018, après plusieurs protestations dénonçant ce comportement irresponsable.
L’incompétence totale des dirigeants du Ministère de l’Industrie continue de faire des dégâts puisque le contrôleur financier du Trésor Public rejette le document du Ministère de l’Industrie qu’il qualifie d’infondé.
Une importante réunion est organisée autour de ce problème le jeudi 22 février entre les représentants du Trésor Public et le Ministère de l’Industrie. Le Directeur des paiements  du département de Youcef Yousfi promet de revenir le dimanche 25 février avec le bon document exigé par le Trésor Public.
Encore des fausses promesses 
Une promesse qui ne sera pas tenue et la situation replonge dans un blocage inédit soulevant ainsi de nombreuses interrogations sur les intentions des responsables du Ministère de l’Industrie dont la l’irresponsabilité ont compromis dangereusement la survie du programme de mise à niveau des PME Algériennes.
Un programme qui dispose de tout l’argent nécessaire à son fonctionnement. Ces finances sont bel et bien conservés dans un fonds géré par le Ministère de l’Industrie, a-t-on découvert suite à nos investigations.
Et au lieu d’honorer sa part du contrat, le Ministère de l’Industrie préfère prendre en otage des bureaux d’études qui menacent de déclarer la faillite. Par conséquent, le programme de mise à niveau est boycotté par les bureaux d’études algériens qui ne font plus confiance au Ministère de l’Industrie.
Le directeur de l’ANDPME, Rachid Moussaoui, est entièrement paralysé et ne peut plus travailler depuis que le Ministre de l’Industrie lui ait ôté tout pouvoir de signature.
Aucune action ne peut démarrer et le personnel de l’ANDPME se tourne les pouces.
Au niveau des bureaux d’études, des ingénieurs attendent leurs salaires depuis 3 ans et certains bureaux ne peuvent plus payer leurs impôts et charges sociales.
Le sabotage est réussi et les PME Algériennes sont privées d’une précieuse assistance puisque ce programme devait leur permettre de moderniser leur gestion et d’appuyer leur développement dans un contexte économique où l’Algérie a cruellement besoin de diversifier ses revenus.
Au Ministère de l’Industrie, tous les dirigeants sont alertés et informés des tenants et aboutissants de ce problème. Le Secrétaire Général du Ministère de l’Industrie et des Mines, Kheir-Eddine Medjoubi, refuse de prendre en charge ce dossier et répond par une indifférence générale aux appels des gérants des PME et des bureaux d’études.
Quant à Farouk Bahamid, l’actuel chef de cabinet du Ministère de l’Industrie, il ne semble même pas comprendre les véritables enjeux de ce dossier stratégique pour l’avenir de la production nationale en Algérie. Depuis son arrivée au ministère de l’Industrie, cet ancien directeur des équipements et des infrastructures des Douanes s’illustre par son incapacité à gérer les dossiers complexes d’un secteur qui semblent échapper à sa maîtrise…
Et ce sont les entreprises algériennes qui paient les pots cassés.