Entre 2006 et 2012, l’Etablissement public de transport urbain et suburbain d’Alger (Etusa) vivait une très difficile crise financière marquée par des grèves successives et un plan de rééchelonnement des dettes destiné à sauver cette entreprise publique d’une faillite certaine. 

En juin 2008, les travailleurs de l’ETUSA ont manifesté leur colère et leur inquiétude lors d’une grève enclenchée à la suite du non-versement des salaires et des subventions de l’entreprise (au titre des exercices 2006, 2007 et 2008).  A cette époque-là, l’ETUSA n’avait bénéficié que d’une avance de 100 millions de dinars sur la subvention évaluée par le bureau d’études dépendant du ministère des Transports à plus de 586 millions de dinars. Ce même montant de 100 millions de dinars était seulement prévu pour l’année 2008 alors que l’étude de la Banque mondiale a conforté le bureau d’études du ministère en évaluant également la dotation annuelle de l’ETUSA à plus de 550 millions de dinars.

Une situation qui frôlait la catastrophe 

C’est dire que la situation financière de cette entreprise publique frôlait la catastrophe et les 2700 travailleurs avaient exprimé fortement leur détresse. Il aura donc fallu que l’Etat débloque des enveloppes budgétaires importantes pour renflouer les caisses et sauver l’ETUSA d’une morte certaine.

En 2015, l’Etusa commence à sortir petit à petit de l’ornière en disposant de 200 bus consacrés au transport public et de 120 pour le transport de personnels d’entreprise, comme elle assure l’exploitation de 300 véhicules de transport d’étudiants.

Aujourd’hui, l’ETUSA exploite plus de 72 lignes sur l’ensemble de la wilaya avec 22 lignes pour le transport de nuit sans compter l’ouverture d’une dizaine de nouvelles lignes couvrant les zones périphériques (Birtouta, Chaïbia, Baraki, Sidi Moussa….) et un maillage progressif des nouvelles zones d’habitations.

Une très mauvaise gestion et des lubies étranges 

Cependant, au moment où l’ETUSA était sous perfusion financière, ses cadres dirigeants et syndicalistes entretenaient un train de vie bourgeois qui tranche paradoxalement avec la santé financière délicate de l’ETUSA. Algériepart a obtenu des documents exclusifs qui démontrent la très mauvaise gestion de cette entreprise publique qui perdait en 2012 jusqu’à 2 millions de Da par jour en raison de ses multiples dysfonctionnements.

En dépit de tout cet argent perdu, les hauts cadres de l’ETUSA jouissaient de privilèges onéreux qui aggravaient la situation de leur entreprise. Preuve en est, entre 2008 et 2009, le secrétaire général de l’UGTA de l’ETUSA, Bouteba Abid a bénéficié des frais de mission et de la mobilisation d’un véhicule de service de l’entreprise, une Toyota Hilux, pour couvrir son déplacement totalement personnel dans la wilaya de Bordj Bou Arreridj. Accompagné de deux maçons, payés par l’ETUSA, le délégué syndical a profité de ce séjour payé aux frais de la princesse pour achever la construction de sa maison familiale ! Une attitude irresponsable soutenue par la direction générale de l’ETUSA comme le démontrent les documents en notre possession. En plus, le seigneur Bouteba avait imposé à son entreprise le recrutement de plusieurs membres de sa famille qui touchaient des salaires de complaisance.

 

Au moment où l’ETUSA était contrainte de fermer 6 cantines de ses employés, des cantines situées à Bab El-Oued, Hussein Dey et Belouizdad, force est de constater qu’entre 2011 et 2012, les cadres dirigeants de cette entreprise publique ne lésinaient pas sur les moyens pour s’offrir des repas VIP de façon inopportune et dans des occasions où l’intérêt de l’entreprise n’était nullement une préoccupation majeure. Algériepart a obtenu plusieurs factures démontrant que les frais de la restauration des cadres dirigeants de l’ETUSA avoisinaient et dépassaient facilement les 200 mille Da par jour. Pour une entreprise menacée de faillite, cette lubie soulève de nombreuses interrogations. Certains repas ont été fournis dans des grands hôtels à Alger comme celui du Mercure. Des cérémonies fastueuses dont on ne connait ni l’objectif commercial pour l’ETUSA ni l’impact positif sur les revenus de cette entreprise en difficultés financières.

Toujours en 2011, en pleine tourmente financière, la direction générale de l’ETUSA décide de financer l’acquisition d’une nouvelle voiture neuve, une Peugeot 407 alors que le parc des véhicules de l’entreprise publique comptait d’ores et déjà une dizaine de véhicules de service en très bon état. Pour s’offrir cette nouvelle voiture qui a été dédiée aux besoins du Directeur Général, l’ETUSA va débloquer une somme dépassant les 250 millions de centimes. Encore une autre lubie pour un manager dont l’entreprise croule sous les dettes et les problèmes de trésorerie.

Le gaspillage ne s’arrête pas-là puisque même les recrutements ne semblent pas obéir à des critères rationnels. Pour preuve, en 2011, une personne âgée de 54 ans a été recrutée comme… agent de sécurité ! Une personne aussi âgée peut-elle réellement assurer une telle fonction ? Et l’ETUSA, en grande difficulté financière, ne manquait nullement d’agents de sécurité.

Au cours de ses investigations, Algériepart a détecté des dizaines et des dizaines de cas de ces recrutements irrationnels. Pis encore, certaines promotions ont été accordées à des personnes dont le parcours est fortement entaché d’irrégularités relevant de plusieurs pratiques illégales et immorales. C’est le cas d’un agent qui a été accusé de détournement de pièces de rechanges à des fins personnelles. Et lorsque cet agent a été sanctionné, il a continué à toucher son salaire durant 36 mois. D’autres agents ont été blanchis et réhabilités alors que leur implication dans des trafics causent un préjudice à l’ETUSA a été démontré suite à une enquête diligentée par une commission interne.

Ces anomalies se sont accumulées pendant des années perturbant ainsi dangereusement la gestion de l’ETUSA. Celle-ci a fini par perdre beaucoup, beaucoup d’argent. Mais aujourd’hui, aucun haut responsable de cette entreprise n’a été invité à rendre des comptes. Au contraire, lorsqu’en juin 2013, Krim Yassine quitte son poste de DG de l’ETUSA, l’Etat le récompense avec un chèque dont le montant dépasse les 66 millions de centimes. Et quelques-mois plus tard, en septembre 2013, l’ancien ministre des Transports, Amar Tou le rappelle pour lui confier à nouveau les rênes d’une ETUSA malade et mourante. Une décision absurde qui reflète l’inconscience de nos dirigeants politiques et leur incapacité à trouver les solutions qui conviennent aux problèmes de nos entreprises publiques.

Le Ministre de tutelle ainsi que l’inspection, ont-t-il négligé les nombreux rapports de l’IGF depuis les années 80 et comportant des réserves importantes et mettant en lumière les dysfonctionnements de l’ETUSA ?

Le Commissaire aux comptes de l’entreprise a-t-il relevé et dénoncé la gestion de l’ETUSA dans ses rapports comme l’oblige la loi?

A suivre…