Les sociologues algériens tirent la sonnette d’alarme. Le relogement massif des populations dans des cités-dortoirs en Algérie alimente une inquiétante flambée de la violence sociale. 

Les grands immeubles des cités construites à tour de bras un peu partout en Algérie sont des univers qui déshumanise l’Algérien et alimente en lui les pires tensions existentielles. Samia Benabbes Kaghouche, architecte urbaniste, professeur-directrice de recherche à l’Université des frères Mentouri de Constantine, établit un lien direct entre le paysage urbain de ces nouvelles cités où sont relogées les familles des bidonvilles du pays et l’explosion de la violence sociale en Algérie.

Dans une déclaration à l’APS, cette spécialiste parmle de “conurbation” (ensemble urbain constitué de plusieurs noyaux urbains qui finissent par se rejoindre). La même spécialiste met en garde contre le changement d’échelle du noyau de base dans  lequel vit un groupe social donné qui lorsqu’il est associé au chômage, la baisse du niveau de vie, l’absence d’activités sportives et culturelles et l’oisiveté, engendre des comportements agressifs.

Des comportements agressifs aggravés par “le transfert massif et brutal de populations issues de lieux d’habitat précaire, sans études  sociologiques préalables” comme c’est le cas de la nouvelle ville Ali Mendjel à  Constantine, déplore la même universitaire.

Première ville nouvelle en Algérie, le mastodonte Ali Mendjeli n’a jamais été réfléchie en tant que ville, estime Mme Benabbes, relevant que cette méga-cité a été conçue à partir d’une “succession d’unités de voisinage” qui ne sont autres qu’un groupement d’unités de base, où chaque élément est un ensemble de logements avec un minimum d’équipements et de services pour répondre au mieux aux besoins des habitants.

A ce titre, elle considère que la ville nouvelle en Algérie n’est autre qu’une “urbanisation périphérique” visant à mobiliser un foncier urbanisable pour répondre au mieux à la demande “quantitative” du logement.

Cette architecte urbaniste relève, à ce propos, qu’une telle démarche “ne peut pas donner lieu à un espace convenablement réfléchi pour être approprié par ses habitants”, et partant, cet espace ne peut pas répondre de manière adéquate aux besoins du groupe social qui y évolue en l’absence d’équipements et d’aménagements d’accompagnement.

Pour Mme Benabbes, l’absence d’espaces de sociabilité où des citoyens cohabitent, échangent et partagent des intérêts et des pratiques communes, ne favorise pas le développement de rapports relationnels entre des habitants d’une même entité d’habitat quel que soit son échelle.

De son côté, Abdelmadjid Merdaci, docteur d’Etat en sociologie et professeur à l’Université Mentouri de Constantine, soutient que l’évolution de la société algérienne renvoie à deux référents décisifs, à savoir l’accélération du processus d’urbanisation, estimé aujourd’hui à plus de 90% de la population, précise-t-il, et au rajeunissement constant de cette population.

Cet expert a évoqué dans une anakyse fournie à l’APS que les violences faites aux femmes, dans l’espace domestique ou public, affirmant que cet ensemble de signes renvoie à une société incapable de générer de l’espérance, “bunkérisée”, dit-il, par le poids des mensonges. Selon cette même source, l’urbanisation massive, sans autres repères que le bâti en béton, “dessèche le lien social”, considérant qu’à cela il convient de relever “la disqualification et la délégitimation des instances de médiation”.