L’Office national algérien du tourisme (ONAT) est un voyagiste, rattaché au ministère du Tourisme et de l’Artisanat. Cette entreprise publique fut longtemps un organisme prospère. Ses séjours faisaient rêver les touristes étrangers passionnés par la mystérieuses beauté notre pays. Aujourd’hui, l’ONAT n’est plus que l’ombre d’elle-même. Au cours de nos investigations, nous avons découvert des pratiques scabreuses qui portent gravement préjudice à la santé financière d’un fleuron du tourisme national. Enquête. 

L’ONAT compte officiellement 36 agences réparties à travers le pays et emploie près de 375 travailleurs. Déficitaire pendant trois années consécutives, l’ONAT affiche un bilan financier très critique. L’entreprise est tout simplement proche de la faillite. L’organisateur des voyages à la carte, de séjours et excursions dans les zones féeriques du grand sud, ne vit presque plus de ses activités initiales qui font sa vocation. Non, l’ONAT aujourd’hui gagne davantage d’argent avec la location des véhicules à travers sa flotte de bus, minibus, 4X4 et de voitures luxueuses, des Volkswagen Passat.

Ses revenus en devises provenant de ses ventes de séjour au profit des touristes étrangers qui se déplacent en Algérie ont fondu comme neige au soleil. Preuve en est, l’ONAT n’arrive même pas à gagner plus de 30 mille euros par an pour ses ventes de séjours touristiques. Une chute vertigineuse et des montants dérisoires qui ne suffisent même pas pour financer les missions à l’étranger de son DG  Mohamed Cherif SELATNIA dont les participations régulières aux frais de la  princesse dans les grandes foires internationales du tourisme ne ramènent plus aucun sou à l’ONAT. Justement, le management de Mohamed Cherif SELATNIA a été sévèrement décrié dans un rapport réalisé par l’Inspection Générale des Finances (IGF) en novembre 2013.

Un rapport accablant qui révèle des irrégularités et défaillances très inquiétantes. A titre d’exemple, l’ONAT détient des créances d’une valeur dépassant les 170 mille euros sur des opérateurs tunisiens et français. Ces créances en devises datent de 2003-2004 et jusqu’à aujourd’hui, l’ONAT n’a pas récupéré le moindre petit sou ! Et pourtant, l’ONAT dispose d’une décision de justice qui la restitue dans ses droits. L’ONAT a gagné, par exemple, son procès contre son partenaire tunisien Tunis Auréa qui doit à l’entreprise publique algérienne une facture d’un montant dépassant les 139 mille euros. A la suite de cette victoire juridique, il aurai fallu uniquement que le chargé des affaires juridiques se déplace à Tunis pour le recouvrement de cette créance. A la surprise générale, le DG de l’ONAT, l’indéboulonnable  Mohamed Cherif SELATNIA, a bloqué cette démarche suscitant ainsi de nombreuses interrogations qui demeurent sans réponses jusqu’à cette heure-ci.

Le DG de l’ONAT va reproduire encore la même attitude pour ralentir le recouvrement des créances des opérateurs français “Chemin de Sable”, montant global évalué à plus de 16 mille euros en 2005-2006, et Croisitour, montant global de plus de 14 mille euros en 2004-2005. Là aussi, l’ONAT gagne ses procès, mais le DG a fait traîner les procédures de recouvrements, pénalisant ainsi le travail de la structure juridique de l’ONAT qui va rester désarmée face à cette situation qui pourrait être qualifiée de dilapidation des deniers publics.

Le comportement étrange du DG de l’ONAT coïncide avec l’entrée de sa fille, SELATNIA Hadjer, dans le monde du… tourisme.

Le fille du DG de l’ONAT possède effectivement deux agences de voyages basées à Annaba et Baba Hassen (Alger) comme le démontre ce document en notre possession :

Le Papa est le premier responsable de l’ONAT et la fille possède deux agences de voyages ! Nous sommes bel et bien devant un flagrant conflit d’intérêt. Pourtant chaque année, les dirigeants de l’ONAT doivent certifier dans une déclaration sur l’honneur, remise au commissaire aux comptes, qu’ils n’ont aucun descendant ou ascendant dans le secteur du tourisme…

Le DG de l’ONAT est, visiblement, le premier à violer cette disposition garantissant la transparence des affaires.

Le plus inquiétant est encore à venir. En effet, sous l’égide de Mohamed Cherif SELATNIA, l’ONAT a versé dans un trafic illégal et sévèrement puni par la loi. Il s’agit de la défalcation des marchés. Il faut savoir que le code des marchés publics interdit de confier un marché d’études de suivi de projet suivant la procédure de gré à gré si le montant de ce marché dépasse les 8 millions de DA. Pire encore, au sein de l’ONAT, un règlement interne interdit d’accorder ce genre de marché en gré à gré lorsque le montant avoisine les 5 millions de DA.

Pour contourner ces obligations, le DG de l’ONAT recourt à une astuce très maligne, mais illégale : la défalcation. Il s’agit de prendre un marché d’études de suivi qui dépasse les 8 millions de Da et de le diviser en plusieurs affaires afin de le confier de gré à gré à un seul et unique opérateur privé. Et c’est exactement ce qui s’est passé en mars 2016 pour le contrat de suivi du projet de réalisation d’un village touristique de l’ONAT à Timimoun au sud du pays.

Comme le démontrent les documents en notre possession, ce marché totalisant 9 millions de Da a été “défalqué” et divisé en sous-marchés pour qu’ils soient tous accordés sans exception  à un seul bureau d’études le Foyer d’Architecture, d’Urabnisme et de la Communication, basé à la rue Didouche Mourad à Alger (F.A.UR). Cette procédure est tout simplement illégale et dévoile des pratiques de favoritisme qui nuisent aux intérêts financiers de l’ONAT.

Pourquoi ne pas avoir lancé un avis d’appel d’offres public pour sélectionner le meilleur prestataire ?

A cette question, le DG de l’ONAT n’y apportera aucune réponse.

D’ailleurs, aucun haut responsable du ministère du Tourisme ou du gouvernement ne lui réclamera des explications à propos de tout ce que l’IGF a révélé dans son rapport accusateur.

Le sort de l’ONAT ne semble intéresser personne au plus haut sommet de l’Etat. Algériepart reviendra dans la deuxième partie de son enquête sur les tenants et aboutissants de ce scandale étouffé par nos autorités.