Incapables de gérer les conflits sociaux, le gouvernement fait recours à de nouvelles formes de médiations. Un Imam, un avocat et une chaîne de télévision se sont proposés comme intermédiaires pour rapprocher le ministère de l’Education des enseignants grévistes. Des universitaires et politiques dénoncent une prime donnée à l’intégrisme.

En conflit ouvert avec le syndicat des enseignants, Cnapeste, Nouria Benghabrit ne sait plus à quel saint se vouer. La ministre de l’Education nationale a reçu, mardi matin, un imam et un avocat qui officie sur une chaîne de télévision privée pour jouer les intermédiaires. Les deux hommes, Ali Ayya, imam de la grande mosquée d’Alger et Nadjib Bitam ont proposé leurs services. C’est le signe d’une absence de l’Etat. La prime à l’ignorance.

« Le dénommé Ali 3ayya en négociateur entre Benghabrit et les grévistes: petit pas pour cet homme, grand pas pour la talibanisation du pays et le Califat algérien », réplique l’écrivain et intellectuel Kamel Daoud sur sa page Facebook. « Les courtiers de cette religion prennent le Pouvoir, à petits pas, se posent en médiateurs, en sources de légitimité, en puissance publique, en propriétaires de l’islam, en censeurs et ordonnateurs, en inquisition médiatique. On leur délègue aujourd’hui la fonction de négociateurs et on leur reconnait de facto un Pouvoir dangereux car au nom du ciel incontestable », ajoutera-t-il, indigné.

« A la Grande mosquée, manquait le Grand Mufti, annonciateur du Grand Ayatollah à venir. Voilà que des meneurs de prières se proclament meneurs d’un pays, le regard furibond, la barbe pointue, le ton condescendant et le verbe haut. Des milliers d’algériens sont morts durant les années 90, mais pas le FIS, ni ses ambitions, ni ceux qui négocient avec lui depuis presque trois décennie », assène l’écrivain.

De son coté, le sociologue Nacer Djabi a indiqué que ce spectacle est un signe de « l’absence d’institutions de médiation ».

Ce spectacle donné par le ministère de l’Education nationale s’ajoute donc aux autres ratés de ce gouvernement. Surtout que dans cette pièce de théâtre, il y a tout de même un grand absent, à savoir le Cnapeste lui-même. Cette organisation syndicale dit qu’elle poursuivra son action de grève. Jusqu’à Quand ?

Saïd Sadia