“Le sentiment de hogra (mépris) et la généralisation de la rechoua (corruption) ont été les carburants de cette radicalisation”. C’est avec ces termes que Elyamine Settoul, maître de conférences au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), a résumé la situation qui avait déclenché les violences de la décennie noire en Algérie. 

Dans une longue et profonde analyse parue dans la prestigieuse publication australienne The Conversation, ce chercheur français a décrypté les échecs de Daech en Algérie. Des échecs qui s’expliquent par la stratégie de dé-radicalisation intelligente menée par les autorités algériennes à la suite de la terrible expérience des années 90. Ceci dit, le chercheur du CNAM a mis en exergue également la très forte implication des moudjahidin afghans. “Ces combattants algériens partis combattre l’envahisseur soviétique avec le soutien logistique des Américains durant la décennie 1980 ont souvent constitué le noyau dur des GIA”, explique le même expert dans son analyse pour mettre en garde les pays européens contre le retour incontrôlé des combattants qui ont servi Daech en Syrie et l’Irak.

Mais est-ce l’Algérie a tourné définitivement la page de la décennie noire ? A-t-elle tiré tiré toutes les leçons de cet épisode terrifiant de notre histoire contemporaine ? Pas encore. Et pour cause, la société algérienne renferme encore “des zones de tension latente entre la population majoritaire et ces ex-djihadistes bénéficiaires des généreuses politiques de réinsertion (licences de commerce, crédits bancaires..). De plus, l’impasse politique dans lequel se trouve le pays menace sa stabilité, et d’aucuns prédisent que la dégradation de la conjoncture économique pourrait être l’étincelle qui mettra fin à ce fragile statu quo”, analyse enfin Elyamine Settoul,  maître de conférences au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM).

Les dirigeants algériens sont donc avertis : le statu quo pourrait raviver la flamme de la violence en Algérie.