“Nous n’avons pas besoin d’un opérateur étranger et si le paiement électronique requiert d’attendre 10 ans, nous le ferons”. Ce n’est pas Djamel Ould-Abbès, le patron du FLN, qui a prononcé cette phrase. Ce n’est pas non plus un autre haut farfelu personnage politique habitué à “bombarder” les Algériens avec ses “théories du complot”. Non, il s’agit là de la plus jeune Ministre du gouvernement, à savoir Houda Imane Feraoun, la ministre des TIC et de la Poste. 

Notre jeune ministre s’inquiète, en toute légitimité, pour la sécurité nationale et la protection des données personnelles des Algériens en prévision du lancement du service du paiement en ligne en Algérie. C’est une intention très noble. Mais ce modus operandi est entièrement dépassé et ne prend pas en compte les dernières novations des TIC dans le monde.

Et pour cause, il existe bel et bien des solutions technologiques qui peuvent garantir la sécurité nationale sans que cela prenne 10 ans de retard.

Alors que le monde entier est d’ores et déjà habitué au paiement en ligne, l’Algérie se doit de se diriger vers ce nouveau mode de paiement et l’adopter comme l’ont fait de nombreux pays africains.

Le mobile money permet réellement de fédérer les différentes solutions de paiement mobile afin de permettre aux consommateurs de payer leurs biens et services, en ligne ou en physique.

Le paiement mobile, permet, surtout d’utiliser un appareil mobile, comme un lecteur de carte pour smartphone, à la place des terminaux classiques. Il est également mis en place rapidement sans formalités administratives compliquées et ne nécessite pas un compte professionnel, comme il permet également d’éviter de se déplacer avec des sommes d’argent liquide trop importantes.

A l’instar des habitants d’Afrique sub-saharienne, les Algériens sont souvent non bancarisés et ont rarement accès aux moyens de paiement tels les cartes de crédit VISA ou MASTERCARD.

En Côté d’Ivoire, il existe, par exemple, trois opérateurs, MTN Money, Flooz et Orange Money, qui permettent aux commerçants de recevoir des paiements mobiles. Avec une bonne politique de soutien aux startups encourageant l’innovation, en Côte d’Ivoire, une solution locale a été inventée, appelée Cinetpay, pour permettre aux Ivoiriens de payer leurs biens quelle que soit leur solution de paiement mobile. Ils peuvent ainsi accéder à de nombreux services comme acheter des billets de toute sorte sur m-tick, payer leurs scolarité en ligne ou de soutien scolaire, demander un extrait d’acte de naissance digital…

D’autres solutions technologiques ou plateformes locales sont en vogue et on retrouve parmi cette explosion de services similaires Vitepay au Mali ou bien Paydunya au Sénégal.

Le business model est simple : des frais de 1 à 5% sont prélevés sur les transactions des utilisateurs.

L’Algérie peut donc aisément s’inspirer de ces expériences africaines. Il suffit, d’abord, de se doter  d’un cadre législatif rigoureux comme l’a fait l’Afrique du Sud qui a légiféré en 2007, le Kenya en 2011, le Maroc tout récemment en 2016, sur le paiement mobile. Une réglementation claire permet de définir les conditions de sécurité optimale pour identifier les clients et lutter contre la fraude, le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme que craint fortement l’Etat algérien.

Les solutions existent et il suffit uniquement de faire preuve d’une véritable volonté pour orienter notre pays vers  le développement numérique.

Il n’est nullement nécessaire de perdre encore 10 ans…