Pourquoi le djihadisme radical ne séduit plus en Algérie ? Parce que “l’Algérie a d’une certaine manière engendré et expérimenté son propre Daech”, a analysé Elyamine Settoul, Maître de conférences, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), un grand établissement d’enseignement supérieur et de recherche français. 

Dans une longue analyse publiée sur The Conversation, un média indépendant australien, sans but lucratif, basé sur du contenu provenant de la communauté universitaire, ce chercheur estime que “les niveaux de violence atteints par les Groupes islamiques armés (GIA) durant « la décennie noire » (1990-2000) sont, par de nombreux aspects, très comparables aux pratiques sanguinaires des djihadistes du Cham”.

“Viols, décapitations, opérations kamikazes ont été le lot quasi quotidien de la société algérienne des années 1990. Ce traumatisme expérimenté une génération après celui de la guerre de Libération nationale (1954-1962) a profondément marqué et déchiré les familles – qu’elles aient été sympathisantes des courants islamistes ou du côté des forces de sécurité”, décrypte-t-on dans cette longue analyse qui tente de comprendre pourquoi l’Algérie n’a pas été une “zone de recrutement particulièrement prolifique” pour Daech.

Pour traiter cette problématique, le chercheur du CNAM ose une comparaison très intéressante entre les groupes islamistes armés des années 90 en Algérie et la mouvance de Daech. “Les Groupes islamiques armés se sont empressés d’imposer une vision manichéenne du monde, ne laissant aucune alternative aux citoyens sinon celle d’être « avec » ou « contre » eux”, explique ce chercheur selon lequel “les deux entités se rejoignent également dans leur fantasme de purification du corps social. Le premier objectif des GIA à été d’éliminer physiquement les étrangers, les expatriés et les intellectuels au sens le plus large (journalistes, écrivains, universitaires..), tandis que Daech a été plus loin, condamnant et éliminant toute personne ne s’inscrivant pas dans son orthodoxie religieuse, en particulier les populations chiites”.

Partant de ce constat, le même expert appelle à s’inspirer de l’expérience de l’Algérie qui “apporte également quelques éclairages sur la déradicalisation et le débat sur la « bombe à retardement » que représenterait le retour des djihadistes français”.

Mais le chercheur préfère parler de “désengagement” au lieu de “dé-radicalisation”. Enfin, le secret de la réussite de l’Algérie serait cette “double stratégie à la fois répressive et inclusive, mixant une politique d’éradication des islamistes violents avec des dispositifs de réinsertion sociale pour ceux n’ayant pas commis de crimes de sang (assassinat, meurtre..) et de viols”.

The Conversation“L’expérience algérienne est, à cet égard, très éclairante et semble accréditer la possibilité d’un désengagement massif d’acteurs demeurant potentiellement radicaux du point de vue idéologique, mais qui renoncent à l’usage de l’action violente contre leur société”, conclut en dernier lieu l’analyse du CNAM.