Le parc zoologique et de loisirs  »La Concorde Civile », ouvert depuis le 05 Juillet 1982, s’étend sur une surface de 307 hectares dont 200 hectares de forêt boisée. Il et est considéré comme le poumon de la capitale Algérienne.

Ce Parc, très apprécié par les algérois, fait partie du domaine public de l’Etat (foncier) et est organisé en Etablissement Public à caractère industriel et commercial (EPIC),

Les missions du Parc, fixées par le décret 95-46, se déclinent en activités de : zoologie, de botanique, de loisirs et commerciales.

Sur le plan commercial, il s’agit, en plus de fournir toutes prestations liées à son activité, de gérer conformément à la législation en vigueur, l’ensemble des infrastructures hôtelières et touristiques, mais également la création, le développement et la promotion de toutes activités commerciales audiovisuelles, cinématographique et autre…

Ce qui devait être un espace de détente et de découvertes pour les visiteurs, dont le nombre avait dépassé le million de visiteurs l’année dernière, est pourtant dans un état de délabrement total.

État des lieux

Le parc de Ben Aknoun abrite l’hôtel Moncada qui est en piètre état et le Mouflon d’or, mais également un musée de la mémoire sous tutelle du Ministère des Moudjahidines ouvert il y trois ans.

Les 11 manèges pour adultes et les 9 autres pour enfants sont en très mauvais état alors que le grand train et le téléphérique sont en panne depuis de nombreuses années…

La gestion du Parc zoologique, dont l’effectif a atteint 556 personnes en 2016, s’est avérée catastrophique depuis de nombreuses années au vu des bilans et analyses financières que nous nous sommes procurés et qui font ressortir un résultat net négatif, soit un déficit de 63 Millions de DA en 2016.

Les dettes durant la même année ont atteint 241 Millions de DA alors que les capitaux propres sont dans le rouge à : -137 Millions de DA.

La trésorerie n’a pas dépassé  les 35 millions de DA pour des subventions de l’Etat dont montant est à 40 Millions de DA, ce qui est insuffisant pour combler le déséquilibre économique et financier du parc…

Et ceci malgré les 144 concessions octroyées et qui ont généré une recette de 55 millions de DA durant l’exercice de 2016, ce qui représente qu’à peine 13% des recettes totales de l’établissement.

Il faut également noter que la salle de bowling, le Restaurant du parc, l’école Griffu et le chalet sont 4 locaux occupés par le Ministère de la Défense Nationale.

En septembre 2017, l’effectif total du Parc était de 617 employés. Cet effectif a consommé une masse salariale équivalente à 28 Millions de DA.

Ni le chiffre d’affaire pour l’année 2016 qui s’est établi à 325 millions de DA, ni la valeur ajoutée dégagée qui affichait 263 millions de DA n’auraient, d’ailleurs, pu couvrir les 326 millions de DA des charges du personnel pour la même année.

Cette mauvaise gestion serait-elle une conséquence du niveau de formation de la ressource humaine dont moins de 6% est d’un niveau universitaire ? Certainement.

Les nouvelles techniques managériales telles le marketing pour optimiser l’activité de loisir et attractions sont ignorées, les techniques d’exposition et de présentation en zoologie et botanique continuent d’être exploitées alors qu’elles sont dépassées depuis plus d’un quart de siècle, les hôtels sont dans un mauvais état et les prestations qui y sont desservies sont médiocres par rapport aux standards internationaux…

Aucun réel plan de formation n’a pu être élaboré car la majeure partie des employés ne possède pas les capacités et aptitudes scolaires élémentaires comme l’a fait ressortir une synthèse du Ministère de l’agriculture.

Mais les raisons de cette débâcle sont également à rechercher au niveau de la tutelle et de la Direction Générale du Parc, qui a été dans l’incapacité de gérer la ressource humaine en terme de recrutement, de moyens mis à la disposition des employés ou en terme d’organisation, de contrôle fiable et de mise en place d’objectifs clairs et identifiés.

Pourtant, des solutions existent pour relancer le Parc, une étude de Faisabilité Technique du Projet a même été proposée par le bureau d’études BNEDER en ce sens.

La réhabilitation passerait, selon des experts, par la mise à niveau de l’ensemble des activités aux nouvelles normes et par l’innovation, comme la création d’un centre de congrès moderne obéissant aux standards internationaux par exemple…

Un concours bancaire, un partenariat Privé-Public éventuellement pour la gestion hôtelière et l’activité loisirs sont également des pistes à étudier parmi bien d’autres encore.

La gestion du parc aiguise les appétits.

Le premier ministre Ahmed OUYAHIA a signé, quelques mois après son arrivée, un décret exécutif N°18-41 et paru au journal officiel en date du 23 Janvier 2018.

Ce décret portait sur la dissolution de l’EPIC Parc zoologique et des loisirs La concorde civile et prévoyait le transfert de l’ensemble de ses biens, droits et obligations à la Société d’Investissement Hôtelier (SIH).

 »La SIH, Société d’Investissement Hôtelière est une société immobilière par actions, directement rattaché à présidence, elle n’a aucun compte à rendre au ministère du Tourisme ou de l’aménagement du territoire, elle négocie ses projets directement avec les hommes d’affaires et les investisseurs étrangers » nous a informé une source proche du dossier.

Pourquoi une telle précipitation dans la gestion du dossier du Parc zoologique?

Même le Wali Abdelkader Zoukh n’aurait pas, nous a-t-on dit, apprécié cette décision, lorsqu’il a appris que le parc zoologique de Ben Aknoun allait revenir désormais à la société d’investissement hôtelière (SIH), que dirige Hamid Melzi.

Karim Bennour, président de l’APW d’Alger, avait, il y a moins d’un an, demandé que le parc soit remis sous tutelle de la wilaya d’Alger avec le soutien du wali d’Alger, M. Abdelkader Zoukh.

« En tant qu’élus, on est dans l’obligation de trouver des solutions pour sauver le parc de Ben Aknoun. Je pense que nos amis de l’agriculture ont, d’autres taches, plus importantes, pour le bien de la collectivité, ils ne doivent plus gérer ce parc. C’est pourquoi, en concertation avec Mr le wali, on plaide pour le mettre sous tutelle de la wilaya d’Alger», avait entre autres déclaré M. Karim Bennour.

Les potentialités de ce Parc et sa valeur au niveau économique social et environnemental sont immenses et incalculables, pour peu qu’il soit géré de manière efficiente et à l’abri des appétits des milieux affairistes.

Les personnes que nous avons pu approcher, nous ont toutes fait part de leur profonde inquiétude de voir le Parc être détourné de sa vocation, et être transformé en partie en un espace immobilier pour des nantis.

Que faut-il faire de ce parc et à qui doit-il aller en terme de gestion ? Va-t-on vers un deuxième fiasco comme le parc Dounya? Quelles solutions prôner pour sauver le Parc?

Les forêts de Bainem, de Sidi Ferruch et le  »Bois de Boulogne » à Alger comme celle d’Azerou à Bouira sont protégées et classées au Patrimoine National.

 »A l’instar des grands parcs dans d’autres capitales du monde comme Hyde Park à Londres, ou Central Park à New York, les algériens devraient exiger que ce parc soit classé comme patrimoine national », estime une source au faite du dossier.

En effet, La loi 98-04 du 15 juin 1998, relative à la protection des biens existe et permet à un individu ou à une association de présenter un dossier afin de faire classer un bien culturel en monument historique.

Les biens immobiliers sont concernés et comprennent : les monuments historiques, les sites archéologiques et les ensembles urbains ou ruraux. Les biens culturels immobiliers, quel que soit leur statut, peuvent être soumis à l’un des régimes de protection énoncés.

Une concession du Parc à des établissement référencés dans le monde et qui obéraient à un cahier de charges aussi rigoureux que claire et adapté, représenterait une deuxième étape dans la réhabilitation de cet espace.

Alors qui va enfin se lancer pour sauver le Parc zoologique et le restituer à ses véritables propriétaires ?