Le milliardaire Ayoub Aissiou est très peu connu des Algériens. Et pourtant, cet homme âgé d’à peine 35 ans pèse plusieurs centaines de milliards de centimes. Très bien introduit au sein du sérail, il est le plus jeune des oligarques algériens. 

Après avoir réussi dans la promotion immobilière et le commerce, il rêve aujourd’hui d’embrasser la carrière d’un industriel. Jumeirah BULDING, Aciéries de l’ouest ou Sarl Atlantis Motors Compagny, Ayoub Aissiou possède des entreprises dont le capital est évalué à chaque fois entre les 50, 100 et 200 milliards de centimes.  Cet enfant d’El-Biar fait aussi parler de lui dans l’importation des matériaux et équipements liés au domaine du BTP avec son entreprise la SARL IMB Import Export. Le jeune homme d’affaires défriche avec une facilité déconcertante tous les secteurs y compris les plus complexes comme celui du courtage maritime, la consignation de navire et de cargaison avec sa société la Eurl Méditerranean Maritime Group MMG.

Cependant, pour encore agrandir davantage sa fortune, il lorgne sur la naissante industrie automobile. Pour signer son entrée fracassante dans l’univers automobile, il s’empare d’une marque qui a fait saliver tous les milliardaires algériens : Ford.

Ayoub Aissiou fera un incroyable forcing pour imposer Ford auprès des autorités dans le but de passer devant le CNI. Mais pourquoi justement Ford ?

Ford est l’une des rares marques où le distribuer ne passe pas par un constructeur pour importer les kits CKD mais par un fournisseur intermédiaire. Ford dispose de plusieurs fournisseurs réputés pour être très peu regardant sur les procédés réglementaires de transfert de devises. Beaucoup de fournisseurs de Ford dans le monde sont même adeptes de la surfacturation.

Selon nos investigations, les principaux transferts se font toujours à travers un intermédiaire turc dénommé “ardsya Ic ve dis ticaret ve bligsayar hizmelri ltd.sti” qui pratique une majoration du prix du véhicule jusqu’à plus de 30% par rapport à son coût réel aux Etats-Unis.

Un rapport de l’IGF avait même épinglé en février 2015 le précédent distributeur de Ford en Algérie pour ces pratiques de tricheries et de transferts illicites de devises. Alors pourquoi le ministère de l’Industrie a persisté à accorder un agrément à une marque qui est déjà connue pour les pratiques peu scrupuleuses de ses fournisseurs ?

Nous avons appris également au cours de nos investigations que le nouvel acquéreur de Ford, la SARL GICM, appartenant à Ayoub Aissiou, est le dernier de tous les demandeurs à avoir signé avec un concessionnaire automobile, à savoir le 4 décembre 2017 alors que les autres postulants pour une usine de montage en Algérie ont tous signé ces documents entre 2014 et 2016.

Ayoub Aissiou est aussi le denier candidat à avoir déposé son dossier au ministère de l’industrie. Son dossier a été officiellement reçu le 23 janvier 2018. Il avait clôturé une liste de… 90 demandes déposées entre 2015 et 2017.

Comme par hasard, il se retrouve à la dernière minute parmi les mieux placés pour décrocher le précieux sésame qui lui permettra d’implanter une usine d’assemblage des véhicules Ford en Algérie.

Il faut dire que le jeune oligarque était très confiant puisqu’il révélait volontiers à son entourage qu’il avait reçu des garanties venues… d’en haut pour faire aboutir son dossier.

Mais pourquoi une telle assurance de la part d’un promoteur immobilier qui n’a jamais entretenu la moindre relation avec l’industrie automobile ou la concession automobile ?

Selon nos investigations, Ayoub Aissiou a effectivement développé de très bonnes relations avec Abdesslam Bouchouareb, l’ancien puissant patron de l’industrie algérienne. Khaled Bouchouareb, le fils de l’ancien ministre, habite étrangement dans une luxueuse résidence construite et financée par Ayoub Aissiou.

Le jeune oligarque a été même reçu à  5 reprises au ministère de l’industrie y compris par le ministre en personne, Youcef Yousfi. Ces visites se sont déroulées entre décembre 2017 et janvier 2018. La dernière visite remonte au 23 janvier dernier alors que tous les autres postulants n’ont jamais pu obtenir ce privilège ne serait-ce qu’une seule fois !

 

D’après nos investigations, Ayoub Aissiou est très proche aussi du RND, le parti du Premier-ministre. Il a financé la campagne électorale du parti d’Ahmed Ouyahia  à hauteur de 12 milliards de centimes lors de la précédente campagne pour les élections locales de novembre 2017.

 

Grâce à cette générosité, Ayoub Aissiou a pu bénéficier d’un véritable “renvoi d’ascenseur”. Et par une magie que personne de sensé et de raisonnable ne peut expliquer, un simple commerçant et propriétaire d’une supérette est devenu un “industriel” qui va représenter la marque de Henry Ford en Algérie. Un destin digne d’un film de cinéma. Un film que beaucoup risque de ne pas apprécier. Algériepart publiera bientôt de nouvelles révélations dans les prochaines parties de son enquête.