C’est un projet stratégique qui va permettre à l’Algérie de réduire conséquemment ses importations en devises. La compagnie nationale des hydrocarbures, Sonatrach, a lancé une opération très ambitieuse. Il s’agit du processing. En des termes moins savants, il s’agit de donner du pétrole brut à un opérateur précis qui s’occupera de son raffinage pour obtenir en échange du carburant et d’autres produits pétroliers dérivés. 

Contrairement à ce qui a été colporté par de nombreux médias algériens, ce n’est pas Sonatrach qui va raffiner du pétrole à l’étranger.  Comme il a été révélé auparavant par Algériepart, c’est un opérateur suisse, VITOL, l’une des principales sociétés de trading pétrolier au monde, qui a remporté un appel d’offres lancé par Sonatrach pour un marché de processing.

Selon nos investigations, Vitol était en concurrence avec B.P, les italiens d’ENI, Total, Saras, un opérateur qui détient une raffinerie en Italie, et Litasco, l’opérateur qui gère le négoce de la «major» russe Lukoil. C’est dire ainsi que la concurrence fut rude et Sonatrach a fini par choisir les suisse de Vitol parce qu’il a présenté l’offre la mieux disante et la plus avantageuse économiquement.

Mais de quoi s’agit-il plus exactement ? Chaque mois Sonatrach va expédier 120 mille tonnes de pétrole brut vers les raffineries que gère Vitol à travers le monde. Et les services de ce géant du commerce international, qui gère 40 bureaux à travers la planète, vont facturer à Sonatrach le coût du raffinage à 6 dollars la tonne. Par mois, la compagnie algérienne devra donc payer une facture avoisinant les 720 mille dollars. Et par an, la facture global dépassera les 8,6 millions de dollars.

Mais est-ce une bonne affaire ? Oui, tout-à-fait ! Et pour cause, le coût du raffinage en Algérie est estimé à 15 dollars la tonne. Le prix proposé par Vitol est donc nettement moins élevé. Et il demeure, en plus, beaucoup moins cher de raffiner du pétrole à l’étranger que de s’offrir une nouvelle raffinerie en Algérie.

La réalisation d’une nouvelle raffinerie coûte environ entre 3 à 5 milliards de dollars. Un budget que Sonatrach a préféré investir dans le processing. Il faut dire que l’équation est très séduisante : en investissement chaque année à peine 8,6 millions de dollars, il est possible de raffiner à moindre coût plus de 120 mille tonnes de pétrole. Au bout de l’année 2018, la facture de l’importation du carburant va baisser d’au moins 30 %. Cela signifie une économie d’au moins 600 millions de dollars sur les 2 milliards de dollars d’importations de carburant payés chaque année par l’Algérie.

C’est incontestablement une bonne affaire. Gageons donc que cette solution ne soit pas compromise par des considérations politiques internes et des manœuvres de déstabilisation.