En quelques jours, la ville française de Marseille est devenue un « tombeau » pour des Algériens et notamment ceux issus de la région de Khenchela. Au moins 8 émigrés, issus de cette région de l’est du pays ont été tués ces dernières semaines dans des opérations de règlement de compte entre bandes rivales qui se disputent des marchés de différents trafics de stupéfiants dans la cité phocéenne.

Certaines de ces morts sont tellement violentes que cela donne du grain à moudre aux enquêteurs français. C’est le cas d’une des jeunes, tué la semaine dernière. Il était aspergé d’essence puis brûlé, selon les médias locaux. Début janvier, un autre Algérien, issu de Khenchela, a été tué à coup de kalachnikov en pleine rue.

Les mobiles de ces crimes ne sont pas tous connus, il semblerait que le fait que ces victimes soient toutes issues de la même région s’explique par le fait que certains des réseaux qui passent à l’acte de crime sont, eux aussi, issus de la région de Khenchela.

En effet, l’un des gangs  les plus puissants de Marseille tire ses origines de la région de… Khenchela en Algérie. Il s’agit du clan des Tir. L’histoire des Tir est  un formidable roman marseillais dont les chapitres mêlent intégration réussie et dérive délinquante, destins tranquilles et trépas violents, ombre et lumière.

Il s’agit d’une saga familiale qui plonge ses racines dans les âpres montagnes des Aurès, dans l’est de l’Algérie. Son héros s’appelle Mahboubi – “bien aimé”, en arabe. Né en 1915 à Bouderhem, près de la ville de Khenchela, il est le fils d’un notable local, le “cadi”, à la fois juge de paix et notaire. Sur ces terres fières et rudes, on voue un culte passionné à la vaillante Kahina, reine berbère qui a bataillé contre les envahisseurs arabes au VIIe siècle. Mais l’Histoire ne nourrit pas son homme. Cadet d’une fratrie de 11 enfants, Mahboubi Tir est successivement serveur, garde forestier et contremaître avant de se résoudre, comme beaucoup de Chaouis, à franchir la Méditerranée en quête de travail.

A la fin des années 1950, Mahboubi et sa troisième épouse, Fatima, s’installent au coeur du bidonville de Saint-Barthélemy, à Marseille. Dans leur sillage arrivent les frères, les cousins et leur ribambelle de rejetons.

Petit à petit, la famille Tir va donner naissance à l’un des gangs mafieux les plus influents de Marseille. Un clan qui va se faire un nom en sang dés le début des années 2000 dans les quartiers nord de Marseille. Tout commence lorsque Saïd Tir prend les rênes d’un clan mafieux qui va le hisser au firmament. Il va développer un vaste réseau de trafic de cannabis et de cocaïne entre l’Algérie, le Maroc, l’Espagne et la France. Saïd ne sera jamais jugé: il est assassiné un mois avant l’ouverture du procès en 2008.

Deux de ses petits-fils, Farid (qui porte le même prénom que son oncle tué en 2012) et son frère Eddy, vont reprendre le flambeau du crime. A 25 ans, Eddy, alias Barabas, 25 ans, compte déjà 32 condamnations au compteur !  Aujourd’hui, l’immense majorité des quelque 300 membres du vaste clan Tir est, en effet, totalement inconnue des services de la police française.

Certains Tir sont bien intégrés et travaillent dans des secteurs légaux en faisant des métiers honorables à Marseille. Mais d’autres continuent d’alimenter les rangs du gang qui sème la terreur dans les quartiers nord de Marseille. Et ces crimes atroces témoignent que ces Algériens originaires de Khenchela se livrent une vendetta sans merci avec les autres clans rivaux à Marseille. Entre 2010 et 2016, cette guerre  aurait déjà provoqué 22 règlements de comptes, a révélé le patron de la police judiciaire de Marseille.

Source :  L’Express