Il n’a pas encore vu le jour, mais il suscite d’ores et déjà la déception. Mieux encore, il alimente la colère de la population locale. Le futur complexe sidérurgique de Bellara situé à El-Milia dans la wilaya de Jijel est au coeur d’une véritable controverse. 

Fruit d’un partenariat entre le groupe algérien Sider (51%) et l’entreprise Qatar-Steel (49%), le complexe sidérurgique de Bellara devra produire, dans une première phase, 2 millions de tonnes d’acier par an, puis 5 millions de tonnes dans une deuxième phase. De quoi satisfaire la demande du marché national en acier pour se tourner ensuite vers l’exportation. C’est un véritable méga-projet qui a relancé les espoirs du développement de toute une région frappée par le chômage endémique de sa jeunesse.

Réalisé par une entreprise italienne avec un coût de plus de 2 milliards de dollars, le complexe comprend 10 unités de production, deux fours électriques, une station de gaz naturel, un transformateur électrique, une usine de chaux et une unité de traitement des eaux. Le site de Bellara s’étend sur une superficie totale de 523 hectares avec une surface aménageable de 469 hectares.

Cet immense site industriel sera géré par l’Algerian Qatari Steel (AQS) qui est une jointe venture créée en 2014 au capital social de 58 610.000.000 DA. Elle est détenue à 49% par Qatar Steel International, à 46% par le Groupe IMETAL et à 5% par le Fonds National d’Investissement. AQS a fait des promesses aux habitants de la région d’El-Milia à Jijel. Des conventions ont été signées entre les autorités locales et direction de ce site industriel. Des conventions dans lesquelles l’AQS s’est engagée à embaucher plus de 70 % des employés du complexe de Bellara au sein des chômeurs d’El-Milia et des localités environnantes frappées par la pauvreté.

Mais depuis 2 ans, ces promesses n’ont pas été concrétisées. Alors qu’officiellement, ce complexe industriel est toujours en chantier et n’est pas encore opérationnel à 100 %, les recrutements ne satisfont nullement les exigences formulées par les conventions signées entre l’AQS et les autorités de la wilaya de Jijel.

Les offres d’emploi transmises à l’Agence Nationale de l’Emploi (ANEM) d’El-Milia comportent de nombreux critères discriminatoires qui excluent de facto les jeunes chômeurs de la région. Ainsi, à titre d’exemple, cette offre d’emploi pour un poste d’infirmier, il est exigé aux demandeurs de la région de se prévaloir d’une expérience de… 25 ans !

 Une telle longue expérience est-elle vraiment indispensable pour travailler sur le chantier d’un complexe sidérurgique en tant que simple infirmier ? De nombreux habitants d’El-Milia expriment leur doute. Et d’autres manifestent leur colère. Ces habitants ont accepté que leur région abrite un projet industriel aussi dangereux vis-à-vis de l’environnement dans l’espoir de trouver du travail et des perspectives face à la précarité sociale dont souffre cruellement leur région.
Un espoir vite déçu puisque les critères d’embauche sont très sélectifs y compris pour des emplois ordinaires qui n’exigent pas un niveau de qualification sophistiqué. Aujourd’hui, les jeunes d’El-Milia veulent monter au créneau pour réclamer que les promesses des promoteurs de ce méga-projet soient respectées à la virgule près. Autrement dit, le complexe de Bellara pourrait susciter une colère sociale dont peut se passer aisément notre pays en ces temps de crise économique et d’instabilité politique.