L’Algérie est officiellement en crise financière. L’Etat algérien a donné des instructions pour récupérer le maximum de recettes financières afin de remédier au déficit budgétaire dont souffre cruellement tout le pays. Et malgré la complexité de la conjoncture actuelle, des exportateurs algériens sont victimes d’un incroyable blocage au ministère de l’Energie.

Faute d’autorisations d’exportation, plusieurs filiales de sociétés internationales implantées en Algérie et activant dans le secteur de l’énergie n’arrivent plus à vendre leurs produits à l’étranger. Une situation inédite et dangereuse qui fait perdre à ces sociétés de droit algérien des millions de dollars. Parmi ces exportateurs infortunés victimes de ce blocage incompréhensible, nous “retrouvons Sorfert Algérie SPA”, une joint-venture entre les égyptiens d’Orascom Construction and Industries (OCI) avec 51% des parts, et la compagnie pétrolière nationale Sonatrach qui en détient 49% des actions.

Cette société d’ammoniac et d’urée, basée dans la zone industrielle pétrochimique d’Arzew à l’est d’Oran, a été classée en 2016 comme le deuxième pourvoyeur de devises en Algérie, après le groupe Sonatrach avec une recette de 480 millions de dollars de revenus. Et en dépit de ces centaines de millions de dollars engrangées dans les caisses de l’Algérie, Sorfert Algérie ne peut pas exporter ses produits depuis le mois d’octobre 2017 ! Selon un document exclusif obtenu par notre Rédaction d’Algériepart, la dernière demande d’exportation a été déposée au niveau du bureau de la secrétaire générale (SG) du ministère de l”Energie, Fatma-Zohra Chorfi. La même demande d’exportation se trouve également au niveau du directeur du patrimoine énergétique du ministère de l’Energie.

Or, c’est au SG du ministère de signer et de valider ces autorisations qui permettent à des sociétés énergétiques d’exporter leurs produits vers l’étranger. Depuis plus de trois mois, aucune réponse n’a été fournie aux exportateurs algériens et la Sorfert est en train de perdre un marché de plus de 8 millions d’euros car le client s’impatiente de recevoir sa marchandise alors qu’il avait procédé au versement des sommes en devises au profit de la société algérienne. Ce blocage risque de causer l’annulation de ces commandes à l’étranger. Ce qui occasionnera un manque à gagner en devises pour toute l’économie algérienne.

Selon nos investigations, il n’y a pas que la Sorfert Algérie qui se retrouve dans cette situation étrange. Il y a aussi El Omania Lil Asmida (AOA-Spa), société par actions de droit Algérien. En charge de l’exploitation du complexe de production d’Ammoniac et d’Urée implantée à Mers El-hadjadj-Daira de Bethioua (Wilaya d’Oran), cette société également est bloquée au ministère de l’Energie et ses demandes d’exportation sont toujours dans les tiroirs du bureau de la S.G du ministère de l’Energie. Là aussi des millions de dollars sont en perte et plusieurs commandes sont menacées.

Il faut savoir qu’en Algérie, les producteurs des produits énergétiques ont besoin d’une autorisation d’exportation pour pouvoir conclure des contrats de commercialisation avec des clients étrangers. Cette demande d’exportation est, d’abord, étudiée au niveau du ministère de la Défense Nationale, dans le cadre d’une commission d’enquête sur les produits sensibles. Cette commission délivre son accord suite à une enquête de la gendarmerie nationale qui doit remettre un rapport détaillé sur chaque exportateur.

D’après nos investigations, il n’y a aucun problème particulier au ministère de la Défense Nationale et les autorisations sont délivrées dans des délais raisonnables et transmises, par la suite, au ministère de l’Energie. Malheureusement, au niveau de ce département ministériel, les dossiers traînent pendant des mois pénalisant ainsi les exportateurs algériens.

Nous avons appris également au cours de notre enquête que plusieurs producteurs nationaux peinent à importer des produits chimiques et des récipients de gaz, des intrants nécessaires et indispensables à leur production. Comme le démontre ce document exclusif obtenu par nos soins, un opérateur privé a transmis au ministère de l’Energie une demande d’importation de matières et produits chimiques comme l’huile végétale ou la résine polyamido-amine épychlorhydrine. Cet opérateur privé spécialisé dans la fabrication du papier attend depuis de longues semaines les autorisations du ministère de l’Energie. 12 mille employés risquent de subir un inquiétant chômage technique. Et jusqu’à aujourd’hui, aucune suite n’a été donnée à son dossier.

Plusieurs entreprises algériennes se retrouvent dans ce même cas de figure comme Condor, Iris, deux fabricants de produits électroménagers qui ont besoin de certains récipients de gaz pour leurs produits fabriqués en Algérie. Certains opérateurs ont été contraints de saisir le Premier-ministre, Ahmed Ouyahia, pour lui faire part des difficultés provoquées par ces blocages constatés au ministère de l’Energie. Des blocages qui causent un préjudice financier important à l’économie nationale. Jusqu’à quand cela va durer ?