En dépit de sa richesse, sa jeunesse et sa situation géographique particulièrement stratégique, l’Algérie demeure à la traîne concernant le développement de l’Internet.  

Les données les plus récentes de Internet World Stats, qui se base notamment sur les données de l’Union internationale des télécommunications (ITU), indiquent que l’Algérie a un taux de pénétration de l’internet qui est de l’ordre 45.2% bien derrière la Tunisie et le Maroc. Ces derniers ont déjà franchit le seuil des 50% de la population utilisant internet. L’Algérie compte ainsi uniquement 18.580.000 millions d’internautes sur une population estimée à 41.063.753. Ces données démontrent tout le progrès que les TIC doivent accomplir dans notre pays. Mais si les perspectives sont prometteuses pour Internet en Algérie, malheureusement, les obstacles qui ralentissent dangereusement son évolution sont encore très nombreux. Des obstacles qui expliquent, en partie, le sous-développement de l’Algérie. Explications.

Avant la loi 2000, le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) en Algérie  était régi par des dispositions basées sur un monopole étatique, aussi bien pour les services des Postes que pour les Télécommunications. Ce dispositif a engendré certaines contraintes dont un mode de gestion des procédures assez lourd, l’absence de concurrence et des capacités d’autofinancement insuffisantes. Ce qui a entraîné un retard important dans la diffusion des services internet.

Ces insuffisances ont conduit l’Etat algérien à entreprendre une réforme du secteur tant au plan juridique qu’institutionnel en dotant ce secteur d’un cadre législatif et règlementaire
efficient qui favorise la concurrence et l’ouverture du marché, qui fournit un service
de qualité à un prix raisonnable sur l’ensemble du territoire et qui ouvre le secteur sur
l’économie mondiale.

La loi 2000-03 du 5 août 2000 prévoit la séparation des fonctions de règlementation
et de régulation de celles d’exploitation et de développement par la création d’un
établissement à caractère public à caractère industriel et commercial pour les services
de la Poste ( Algérie Poste) et d’un opérateur des télécommunications constitué en
SPA (Algérie Télécom) et l a mise en place de l’Autorité de Régulation de la Poste et
des Télécommunications (ARPT).

L’Internet a été introduit en Algérie vers la fin des années 80 par le biais des
universités. Le CERIST (centre de recherche et d’information scientifique) détenait
alors l’exclusivité pour l’accès au Web. Ce n’est qu’en 1999 que la gestion a été élargie à des opérateurs privés et (ou) étrangers parmi lesquels le fournisseur Eepad.
L’Eepad qui a lancé en 2003 le service Internet à haut débit appelé
système ADSL, prévoit d’étendre ses activités à tout le pays et s’était fixé comme
objectif d’atteindre les 100 000 abonnés pour l’année 2004. Avec l’entrée en lice de plusieurs fournisseurs, le réseau est présent dans toutes les régions du pays : les grandes villes, les centres universitaires, les entreprises et autres établissements. Mais le développement de ces fournisseurs connaîtra un coup d’arrêt brutal avec le monopole d’Algérie-Télécom imposé par les autorités sur la gestion et la commercialisation de l’ADSL. Et avec la disparition presque totale de l’Eepad du paysage économique, seule Algérie-Télécom peut vendre et commercialiser des abonnements Internet en Algérie.

Cependant, il n’y a pas que le monopole d’Algérie-Télécom qui freine la généralisation de l’Internet en Algérie. Plusieurs autres obstacles causent des soucis majeurs.

1-  À une industrie des TIC peu développée s’ajoute une absence de
diffusion de la culture technologique.

2-  L’équipement est obsolète, donc non performant. Pour ce qui est des
infrastructures, la bande passante du CERIST est en dessous des normes
internationales car la connexion est souvent défaillante. Ces difficultés
sont liées notamment à la vétusté du réseau téléphonique.

3-  Une densité téléphonique faible : de nombreuses villes fonctionnent
encore avec des lignes analogiques. Pour 100 habitants, l’Algérie ne
dispose que de 6 lignes alors que les pays développés en sont à 90.

4-  le prix de la connexion, la facture téléphonique et le prix d’un ordinateur
restent encore coûteux. Ce qui revient à dire que l’Internet n’est pas une
nécessité pour les foyers algériens. Aussi les internautes se dirigent vers les
cybercafés au sein desquels une heure de connexion est facturée à 60 dinars.

5-  Pas d’incitation à l’innovation, vu les mesures non attractives pour les
investissements

6-  Niveau de qualification faible : taux d’échec scolaire élevé et sur les 17.5
millions de personnes ayant un niveau d’instruction, plus de 13 millions (soit
74.4%) ne dépassent pas le niveau moyen selon le dernier rapport du CNES
7 Le taux de chômage et le taux d’analphabétisme sont élevés. (30% au
dessus de 10 ans sont analphabètes, selon les statistiques de l’ONS.)

Pour toutes ces raisons, l’Algérie demeure un pays déconnecté. Et ce retard technologique empêche le développement économique de notre pays. Les solutions existent bel et bien. La nouvelle loi définissant les règles générales relatives à la Poste et aux télécommunications promet d’apporter des changements. Elle devra obliger Algérie-Télécom à mettre fin à son monopole pour permettre l’avènement de la concurrence des opérateurs privés. Pour l’heure, cette loi est encore dans les tiroirs du parlement. Son vote est attendu depuis fin 2017.

Sources et références : Revue d’études sur les institutions et le développement (lareiid)