C’est une décision étrange et incompréhensible. Comme la mayonnaise ou le chocolat, l’Algérie a suspendu l’importation des tracteurs. 4 projets industriels de montage ont été donc lancés pour répondre aux besoins d’un marché évalué à plus de 5000 tracteurs par an. 

Or, le ministère de l’Industrie refuse d’accorder un agrément ou une quelconque autorisation pour permettre à ces 4 usines de montage des tracteurs de pouvoir commencer leurs activités. Un cas sans précédent et une anomalie qui soulève de nombreuses questions. Et pourtant, au moins 4 usines de montage de tracteurs sont prêtes à relever le défi de pallier au vide provoqué par l’interdiction des importations.

A Sidi Bel-Abbès, la société privée FAMAG a conclu un partenariat avec la société indienne “Sonalika” pour assembler et monter des tracteurs en Algérie avec la possibilité d’atteindre un taux d’intégration de pièces de rechange de fabrication algérienne estimé entre 15% et 20 %. A Maghnia, la société Agro-Industrie, filiale du groupe privé Kherbouche, a bâti également une usine pour procéder au montage des tracteurs et Machines Agricoles avec son partenaire allemand Deutz Fahr. Selon nos investigations, près de 20 millions d’euros d’investissements ont été consentis pour mettre en place ce projet.

A Tizi-Ouzou, la société algérienne Eurl LD Azouaou s’est alliée avec l’indien Mahindra pour produire des tracteurs agricoles. Une usine flambant neuve et des ambitions d’exportation vers l’étranger, ce projet également a été brutalement suspendu faute d’une autorisation du ministère de l’Industrie. Enfin, à Constantine, l’Entreprise Publique Economique des Tracteurs Agricoles (Etrag) avait conclu depuis 2012 un partenariat industriel et commercial avec AGCO Massey Ferguson leader mondial dans la fabrication du machinisme Agricole pour fabriquer des tracteurs en Algérie.

Sauf que les prix de ces tracteurs sont onéreux et ne trouvent pas preneur en Algérie. De nombreux agriculteurs algériens ont jugé ces tracteurs inadaptés à leurs besoins. La société publique algérienne et son partenaire américain peinent dans ces conditions à écouler leur stock de tracteurs invendus.

Mais cela justifie-t-il pour autant le blocage des autres projets concurrents ? C’est la question qui revient sur toutes les lèvres. Pour chacune des 3 autres usines à l’arrêt, des investissements variant entre 15 et 20 millions d’euros ont été dépensés. Chaque usine emploie environ 300 employés. Aujourd’hui, toute une chaîne de production est à l’arrêt et les employés sont au chômage.

Et pourtant, l’Algérie importait pour l’équivalent de 200 millions de dollars de machines agricoles. Ces entreprises algériennes peuvent combler le marché national suivant un agenda très précis et réduiront ainsi cette facture payée en devises précieuses en ces temps de crise. Malgré toutes ces considérations, le ministère de l’Industrie reste immobile. Selon plusieurs sources concordantes, une erreur politique a été commise : le tracteur a été classé dans la même catégorie que les véhicules légers et lourds. C’est pour cette raison que les agréments et activités de montage ont été gelés. Un non-sens absolu puisque les tracteurs ne sont nullement concernés par la problématique du marché automobile algérien.