Le problème est profond en Algérie. Mais peu de personnes osent briser ce tabou. Et même les spécialités du transport aérien évitent d’aborder ce sujet délicat. Les  retards interminables des vols d’Air Algérie à l’aéroport international d’Alger s’expliquent en grande partie par les mesures de sécurité très sévères mises en place par les servies des Douanes et de la Police. Explications. 

A l’aéroport d’Alger, il n’y a pas que la compagnie nationale Air Algérie qui souffre en silence des multiples dispositifs sécuritaires imposées aux voyageurs comme aux personnels navigants. C’est une réalité vécue au quotidien par les voyageurs qui fréquentent l’aéroport international d’Alger. Ils subissent un véritable calvaire avant de pouvoir embarquer et s’envoler vers leurs destinations. Depuis début 2016, un nouveau scanner installé par les services de sécurité à la sortie de la salle d’embarquement provoque, en effet, des misères à toutes les compagnies aériennes et leurs voyageurs. Pis, les contrôles imposés au niveau de ce scanner causent des retards sur l’ensemble des vols.

Les pilotes d’Air Algérie ont exprimé leur colère à maintes reprises : “Nous avons établi des rapports auprès de notre direction générale en raison des conséquences néfastes provoquées par ce nouveau scanner qui contrôle les passagers juste au moment de leur embarquement. Nous y enregistrons à chaque fois des retards qui avoisinent les deux heures“, dénoncent des pilotes que nous avons interrogé. “C’est le troisième contrôle au scanner auquel sont soumis les voyageurs depuis leur entrée à l’aéroport ! C’est trop ! Nous avons été dans plusieurs pays, y compris les pays les plus développés, et nous n’avons jamais vu un dispositif sécuritaire décliné en trois scanners. Ces démarches retardent énormément l’embarquement des voyageurs et suscitent des retards. Les clients s’en prennent ensuite à notre compagnie”, s’indigne un commandant de bord d’Air Algérie.

Après avoir été confronté à un premier scanner à l’entrée de l’aéroport d’Alger, les voyageurs subissent un deuxième contrôle effectué par les agents des douanes pour pouvoir entrer dans la salle d’embarquement. En plus de ces deux examens de sécurité, les services de la DGSN en ont instauré un troisième pour recontrôler les passagers avant l’embarquement. “Nous n’avons jamais rencontré autant de procédures à l’étranger ! De plus, les policiers ne sont pas du tout sérieux et travaillent comme bon leur semble. Ils sont très lents et provoquent des files d’attente immenses. Ils sont souvent très peu nombreux alors qu’ils doivent contrôler les passagers de plusieurs vols simultanés. Et les retards s’enchaînent, causant un énorme préjudice à toutes les compagnies et à la réputation de toute l’Algérie”, déplore un cadre d’une autre compagnie étrangère qui opère en Algérie.

De leur côté, les passagers ne cessent de protester à chaque fois qu’ils sont confrontés à cet “obstacle” inexplicable. Des disputes éclatent souvent entre des policiers, qui prennent leur mission avec beaucoup de légèreté, et des passagers exaspérés.

Des sources policières justifient, quant à elles, ce nouveau dispositif par le fait que ces scanners sont équipés d’une technologie qui détecte les matières fiduciaires dans le but de traquer les voyageurs qui cachent discrètement des quantités importantes de devises pour les transférer illégalement à l’étranger. Cependant, l’efficacité de ce scanner contre les trafiquants de la devise reste à confirmer, du propre aveu de ces mêmes sources.

Au plus haut niveau, les responsables des services de sécurité font de ces contrôles un véritable dogme qu’il ne faut pas remettre en cause. Ils en veulent pour preuve la sécurité garantie à l’aéroport international d’Alger. En effet, l‘Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) a classé l’aéroport Houari Boumediene d’Alger parmi les plus sûrs au monde. Pour les autorités algériennes,  c’est le prix à payer pour voyager en toute sérénité et pour préserver le pays des actes malveillants. Faut-il, enfin, faire preuve de fatalisme et accepter ce diktat sécuritaire ? Un débat mériterait d’avoir lieu en Algérie.