Co-fondateur de “Blockchain Algeria”, un bureau de conseil et expertise spécialisé en technologie Blockchain et en cryptomonnaies, Nassim Belouar est également le président du  centre de recherche et d’analyse économique “Think Tank  IFAW”. Il s’est fixé comme objectif de vulgariser l’économie et  les nouvelles technologies à travers son blog : www.nassimbelouar.com. Dans cet entretien, il explique aux lecteurs, et lectrices, d’Algériepart les enjeux et tendances d’une monnaie numérique qui fait rage dans le monde entier : le Bitcoin. 
Le Bitcoin, c’est quoi ?
Bitcoin est un système de paiement électronique basé sur un réseau décentralisé de pair à pair (P2P) sans aucune autorité centrale. Bitcoin fonctionne avec un logiciel et un protocole qui permet aux utilisateurs d’émettre des bitcoins et de gérer les transactions de façon collective et automatique. En tant que monnaie Bitcoin est à la fois un intermédiaire de paiement et une réserve de valeur.
Quelle est la place du Bitcoin dans le monde ?
Le Bitcoin est en train de se développer dans les pays où la monnaie est en dévaluation constante comme au Venezuela ou au Zimbabwe et dans les pays émergents où la population n’a pas accès aux services financiers, comme en Inde qui connaît un demi-million de nouveaux investisseurs en Bitcoin chaque mois. Chez les Occidentaux à l’instar de l’Europe, l’univers Blockchain et des cryptomonnaies devient un enjeu géostratégique, ces pays encouragent l’innovation autour de ces nouvelles technologies pour être acteur et pionnier de cette nouvelle révolution.
Le Bitcoin séduit-il les Algériens ?
Le Bitcoin a réussi là où les banques ont échoué, il apporte une meilleure qualité de service en matière de réductions des coûts, un gain de temps, un accès pour faire des transactions et des achats à l’échelle mondiale avec plus d’efficacité et de résilience. Dans cette conjoncture de dévaluation de la valeur du dinar, les algérien(e)s trouvent des placements tels que l’or ou le Bitcoin pour protéger leurs épargnes d’une éventuelle perte de valeur.
Contrairement au dinar qui, avec une décision politique de planche à billets il perd sa valeur, le Bitcoin est émis avec une quantité limitée grâce à un algorithme informatique que personne ne peut changer pour lutter contre l’inflation.
Qu’en pensez-vous de l’interdiction de l’usage et de possession de Bitcoin en Algérie ?
Les technologies performantes s’imposent sur les sociétés. Dans cette conjoncture de mondialisation, on sera obligé d’intégrer ces nouvelles techniques de production et ces nouveaux moyens de paiement pour rester compétitif. L’écosystème qui se développe autour du Bitcoin va révolutionner le monde et décentraliser le management des entreprises et des Etats pour redonner à tous les agents économiques un pouvoir de décision et favoriser une économie de partage. L’interdiction d’achat et usage du Bitcoin techniquement n’est pas faisable dans le sens où le Bitcoin est anonyme et l’Etat ne pourra pas savoir qui détient quoi (même les grandes nations comme la Chine n’ont pas pu l’interdire). Personnellement je pense que c’est le fait d’interdire le bitcoin qui est dangereux pour l’économie nationale car cette décision va créer un marché parallèle et favoriser le marché noir.
Quelles sont vos prévisions pour cette année en Algérie et au niveau mondial ?
Le Bitcoin sera la tendance de l’année en Algérie, surtout avec cette loi d’interdiction qui a servi de publicité gratuite pour le Bitcoin. Elle a permis de démocratiser le Bitcoin pour ceux qui ne le connaissait pas auparavant. L’achat et la vente se fera comme elle se fait actuellement (via le cash) car il y a des mineurs en Algérie et ceux qui acheter des Bitcoin depuis la Tunisie. Par contre, le prix du Bitcoin en Algérie sera plus cher que la moyenne car l’offre ne satisfera pas la demande.
Maintenant au niveau mondial, l’écosystème qui se développe autour du bitcoin et les applications qui permettront de l’utiliser dans les micro-transactions va se développer car avant on pouvait utiliser qu’un seul langage de programmation pour monter des projets sur la Blockchain, mais actuellement il existe des plateformes qui utilisent des langages de programmation connus comme javascript, pour donner une chance à tout un chacun de développer un projet autour d’une Blockchain déjà existante, ce qui va accélérer le développement de l’écosystème des entreprises intéressées par la décentralisation.
Cette année sera aussi caractérisée par la régulation. Il y aura certainement une entente internationale pour réguler le marché et lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. La France par le biais de Bruno Lemaire a proposé à la prochaine réunion du G20 de discuter autour des cryptomonnaies pour encourager l’innovation autour de cet écosystème et corriger la rationalité limitée des agents.
Cette année va aussi être décisive pour la finance traditionnelle, les institutions financières voudront récupérer ce marché qui pèse d’ores et déjà des milliards de dollars. Elles commencent déjà à essayer de s’imposer dans ce marché grâce à RIPPLE qui est deuxième au niveau de la capitalisation. On verra durant les prochains mois comment les militants de la décentralisation et de l’économie de partage dont je fais partie vont réagir face à ces changements.