“Le tigre ayant capturé un renard dans la forêt, voulut en faire son repas. Le renard, rusé compère, lui dit sans sourciller :  Tu ne dois pas me manger, je suis envoyé par l’Empereur du ciel pour être Roi chez les animaux. Il t’en cuira si tu désobéis aux ordres de l’Empereur Céleste. Vu la petite taille du renard, le tigre faisait peu de cas de ses vantardises.

Le renard repris :

– Si tu doutes de mes paroles, mets-toi derrière moi, nous allons faire un tour dans la jungle. Tu verras comment les animaux seront frappés de terreur à ma vue.

Le tigre y consentit. Les voilà partis, le renard devant, le tigre derrière, suivant de près. A la vue du tigre, tous les animaux s’enfuient pris de panique. Se retournant alors vers le tigre, le renard lui dit d’un air triomphant :

– Regarde, tous me craignent ! Et le tigre d’acquiescer :

– Certes, tu jouis d’un prestige incontestable. Dès qu’ils te voient, ils se sauvent tous”. 

Dans les rues de Pékin, tout le monde connaît par coeur cette fable chinoise. Une fable qui est devenue depuis 2012 un véritable hymne dédiée à la lutte contre la corruption. Depuis cette année, les autorités chinoises, incarnées par le Tigre, ne veulent plus se laisser berner par les corrompus, le renard, qui déjouent leur vigilance pour mener leurs affaires immorales au détriment du bien public. Le Tigre a décidé de manger le renard en refusant d’écouter ses bobards. Et ce travail commence à payer. Les chinois ressentent de jour en jour les fruits de la lutte infernale menée contre la corruption. Un mal atroce qui menaçait dangereusement le développement de la Chine.

Une situation catastrophique en 2008 

En 2008, la Chine était classée 80 sur 176 pays selon l’indice de perception de la corruption de Transparency International. Le mal était si profond que les chinois, des citoyens jusque-là dociles, ont commencé à rouspéter. Pour désamorcer cette bombe à retardement, Ji Xinping, le président chinois, a lancé l’opération “Tigre et Renard”. Enquêtes, surveillance, filature, dénonciations, la détermination des autorités chinoises a vite payé : pas moins de 1,2 million de fonctionnaires impliqués dans des affaires de corruption ont été arrêtées et jugées ces 4 dernières années. Cela représente près de 20 % des fonctionnaires chinois dont le nombre est évaluée à 7 millions de personnes.

Des hautes personnalités du bureau politiques du parti communiste, le coeur du pouvoir chinois, ont été également interpellées et jugées pour corruption. Le procès en 2012 de Bo Xilai en est un parfait exemple. Cet ancien haut responsable du parti communiste dirigeait politiquement la mégapole de Chongqing, une ville de 30 millions d’habitants, l’une des plus grandes de la Chine et du monde. Accusé d’avoir obtenu 20 millions de yuan (2,44 millions d’euros) en pots-de-vin, détourné des fonds publics pour un montant de 5 millions de yuan (610.000 euros), il a été condamné le 22 septembre 2013 à la prison à vie, ses droits politiques sont supprimés et ses biens ont été saisis.

Cette sanction marquera un tournant dans l’histoire contemporaine de la Chine et les corrompus perdront plus que jamais toute confiance dans un système qui garantissait naguère leur impunité.

Un travail anti-corruption impressionnant 

Et la campagne anti-corruption ne s’est pas déroulée uniquement que dans les milieux plitiques, elle a touché également les responsables de l’Armée Populaire de Libération – devenue une véritable niche de corruption durant les années 2000. Des généraux furent jugés et démis de leurs fonctions.

Pour s’assurer de l’efficacité de sa lutte contre la corruption, le pouvoir chinois a mis en place 47 organisations pour l’inspection au niveau public et des partis, qui sont des structures chargées d’enquêter sur les cas de corruption. Ces organisations ont été d’une redoutable efficacité.  Rien qu’en 2017, plus de 159.000 personnes ont été condamnées pour violation de la discipline du parti et corruption. A Pékin, comme dans les autres grandes villes du pays, l’enthousiasme est à son maximum. Plus de 93% des Chinois sont satisfaits par le travail anticorruption du parti en 2017, a annoncé l’agence Xinhua début janvier de cette nouvelle année 2018.

Et la Chine ne compte pas s’arrêter-là puisqu’un organe central anticorruption fera prochainement son apparition en Chine pour le mois de mars 2018. Volonté politique, détermination et soutien populaire, ces trois ingrédients ont permis à la Chine de vaincre un fléau ravageur. Trois ingrédients qui manquent cruellement à l’Algérie de 2018.

Un paradoxe saisissant avec l’Algérie 

Le paradoxe est saisissant. Dans notre pays, la volonté politique de réduire l’ampleur de la corruption se résume à des slogans qui font rire. Chaque jour, une certaine presse indépendante révèle des scandales à répétition. Les réseaux sociaux ont libéré la parole et les informations les plus compromettantes circulent sans aucune crainte de représailles. Les témoignages sont légion. Les plaintes se multiplient. Mais la justice brille par son immobilisme et les puissants dirigeants cités dans les scandales Khalifa, BCIA BANK, Sonatrach 1 et 2, l’autoroute est-ouest, et d’autres encore que la Rédaction d’Algériepart a révélé avec fracas depuis le mois de mai 2017, ne sont ni inquiétés, ni jugés ni encore moins convoqués.

Officiellement, plusieurs organismes de luttes contre la corruption sont opérationnels en Algérie à l’image de l’Organe national de prévention et de lutte contre la corruption dont la marge de manoeuvre est tellement limité qu’il peine à émerger face au pouvoir illimité des corrompus. Le même constat est à dresser pour la Cour des Comptes ou l’Inspection Générale des Finances (IGF) dont les rapports détaillés finissent dans les tiroirs des juges.

Tout un monde sépare l’Algérie de cette Chine triomphante et fière de sa lutte contre la corruption. Les dirigeants algériens habitent, peut-être, sur la même planète que leurs homologues chinois. Malheureusement, ils ne partagent pas encore le même monde. Ici à Pékin, le combat contre la corruption est une preuve de patriotisme. Là bas à Alger, la Tchippa des hauts responsables est une maladie que personne ne veut traiter. Ici à Pékin, le Tigre mange le renard. Là-bas à Alger, le renard dépouille toute la “basse-cour”.