L’odeur enivrante des chichas embaume les narines. Sur un fond chatoyant doré, les couleurs sont omniprésentes autour de nous, elles nous insufflent des états d’esprit, des sentiments et une joie de vivre indescriptible. Au milieu de ce décor oriental, un dôme de toit se transforme en un puits de lumière qui permet d’éclairer l’espace de ce restaurant portant fabuleusement bien son nom : les Mille et Une Nuits. 

Une signification confirmée par la sensualité qui se dégage de la musique arabe entonnée entre les tables bruyantes de ce restaurant arabe où la piste de danse ne cesse de trembler sous les pas de ces femmes dénudées qui se déhanchent suivant un rythme endiablé. Leurs regards lascifs et leurs mouvements charnels soigneusement étudiés enflamment la salle et les hommes, fascinés et séduits, ne les quittent pas de leurs yeux.

On se croirait dans un cabaret du Caire, d’Alexandrie, de Marrakech ou de Beyrouth. Mais non, loin s’en faut ! Nous sommes à Pékin, la capitale de la Chine. La nouvelle destination tendance de l’élite arabe.

“Il n’y a aucune islamophobie particulière”

“C’est un pays merveilleux. Les universités sont prestigieuses. Les gens sont accueillants et très tolérants. Il n’y a aucune islamophobie particulière et les perspectives d’épanouissement sont nettement plus importantes ici qu’en Europe ou aux Etats-Unis”, jure Ibrahim, un étudiant soudanais établi à Pékin depuis bientôt deux ans. Il ne maîtrise pas encore parfaitement le chinois, mais il assure que son intégration à la société chinoise se poursuit sans aucun écueil. Etudiant à l’université de Beihang, l’une des plus reconnues dans toute la Chine, Ibrahim vient souvent savourer l’ambiance festive des Mille et Une Nuits, un restaurant tenu par un gérant syrien et qui a ouvert ses portes en plein coeur de Pékin depuis bientôt 15 ans. Et le succès de ce restaurant branché est sans appel. Etudiants, hommes d’affaires, travailleurs expatriés, diplomates, etc., au fil des années, l’endroit est devenu un carrefour incontournable pour les ressortissants originaires du Monde Arabe installés à Pékin.

Et même les chinois se bousculent devant le portillon de ce restaurant pour goûter aux saveurs de la cuisine arabe. Il faut savoir que la cuisine arabe et musulmane fait partie du paysage culinaire de Pékin depuis des siècles. Cette histoire remonte à la dynastie Tang. Un envoyé des pays arabes l’apporta avec lui lorsqu’il rendit visite à l’Empereur Gaozong. Les épices qu’il offrit en cadeau à l’Empereur changèrent les goûts de celui-ci et ceux du reste de la Chine. Et depuis, les épices poussent également en Chine. Aujourd’hui, avec la phénoménale croissance économique, une véritable classe moyenne aisée est née en Chine. Des chinois qui adorent découvrir les mystères du monde arabe et goûter les brochettes d’agneau ou fréquenter les restaurants les plus élégants qui commencent à pousser comme des champignons dans les rues les plus chics de Pékin.

“Pour moi, concernant la qualité de vie, il n’y a plus aucune différence entre New-York, Paris, Londres ou Pékin. Au contraire, ici au moins, les chances de réussite sont plus importantes tant les perspectives du marché sont immenses”. Ces paroles d’Ahmed, un businessman libanais d’origine palestinienne confirment la nouvelle tendance : les élites arabes partent à la conquête de la capitale chinoise. “La vie à Pékin est relativement moins chère qu’à Shanghaï, l’autre grande métropole du pays et les plaisirs d’y vivre sont multiples”, confie Salah, un expatrié égyptien qui appelle les jeunes arabes à ne pas “supplier les occidentaux pour leur accorder des visas”. La solution à ses yeux est de regarder du côté de la Chine. “Les autorités chinoises offrent de plus en plus de facilités notamment pour s’inscrire dans les universités chinoises qui n’ont plus rien à envier à leurs rivales occidentales. Les cours en anglais sont largement disponibles et la qualité de l’enseignement est démontrée”, plaide-t-il.

Des quartiers modernes et branchés 

Loin de l’image volontairement réductrice d’une capitale noyée sous les nuages de pollution, Pékin ne cesse de se moderniser pour plaire à ses jeunes arabes qui cherchent un meilleur avenir sous des cieux plus cléments. Les quartiers les plus branchés se multiplient comme le Houhai avec ses nombreux bars de style occidental mais aussi de nombreux établissements plus typiques situés au bord de l’eau et offrant des plats plus traditionnels et assez bon marché. Le très animé Nanguluoxiang est également un véritable coin de fêtes et de plaisirs sans oublier le quartier de Wudaokou, quartier à l’ambiance plus jeune et plus décontractée.

A Liangmaqiao, la rue qui regroupe pratiquement toutes les ambassades étrangères à Pékin, on y croise depuis peu de nombreux ressortissants arabes. Et pas que des riches hommes d’affaires issues des monarchies du Golfe. Emmitouflés dans leur manteau pour se protéger du froid glacial de l’hiver pékinois, les jeunes étudiants ou touristes égyptiens, irakiens, syriens, libanais et mêmes maghrébins se fondent dans cette masse de près de 22 millions d’habitants qui peuplent la capitale chinoise.

Au Mille et une Nuits, Nadia, la danseuse descend de la piste de danse avec une sensualité élégante qui fait monter encore plus la température dans la salle. Elle cède sa place à d’autres danseuses qui lui succèdent pour continuer à enflammer cette nuit pékinoise. Il est presque minuit. Les clients affluent de partout. Tous les accents arabes se mélangent dans une ambiance excitante. Plusieurs jeunes chinois s’attablent également et participent à la fiesta. La nuit promet d’être longue. Et il y aura encore et toujours des nuits comme celles-ci car la communauté arabe est plus que jamais présente à Pékin.