En Chine, à Suzhou, Gary Jiang est très respecté et considéré. Au sein de son entreprise, il est même presque vénéré. Son regard perçant, son visage sérieux et son ton serein inspirent à la fois la crainte et la confiance à ses interlocuteurs. Gary Jiang est l’un des patrons chinois les plus influents dans l’industrie en général et dans l’industrie automobile en particulier.
Il est le vice-manager général du fabricant chinois de bus HIGER.

Créée en 1998 et spécialisée dans la production et la commercialisation d’autobus, la compagnie Higer a réussi à faire rouler ses bus dans le monde entier à travers plus de 80 pays répartis à travers les 5 continents. En effet, les cars qui portent la marque Higer sont vus non seulement dans les rues chinoises, mais aussi en Asie centrale, en Asie du sud-est, en Europe de l’est, au Moyen-Orient et en Amérique centrale. Les exportations de Higer dépassent aujourd’hui les 300 millions de dollars.  Et Gary Jiang est l’un des premiers artisans de cette success story. Une réussite chinoise qui veut aussi s’implanter en Algérie puisque Higer participera à l’installation d’une usine de montage et d’assemblage qui sera inaugurée en juillet 2018 à Sétif. Le projet sera réalisé en partenariat avec le groupe privé algérien Mazouz.

« Nous espérons produire en Algérie jusqu’à 3000 bus et minibus. Et nous savons qu’il faudra franchir plusieurs étapes pour atteindre cet objectif et pouvoir transformer notre base de production en Algérie en une plateforme d’exportation vers l’Arabie Saoudite et l’Afrique subsaharienne », révèle à Algeriepart Gary Jiang qui a accepté de nous rencontrer dans son bureau situé au cœur de la base de Higer implantée dans le célèbre parc industriel de Suzhou, tout près de Shanghaï. C’est dans ce parc que la Chine accueille les 500 entreprises les plus innovantes dans l’industrie mondiale à l’image de Bosch, Hitachi ou d’autres multinationales très influentes dans leurs activités respectives.

Quant à Higer, elle dispose d’une base qui s’étend sur une superficie de… 950 mille M2. Au sein de cette petite ville, Gary Jiang est chargé de veiller sur son bon fonctionnement au quotidien. Le défi est immense puisqu’il faut s’assurer que les 35000 bus et minibus produits par ans répondent aux exigences des clients internationaux ou chinois sans oublier les bus de luxe que Higer produit en partenariat avec le fabricant suédois Scania. Plus de 6000 ouvriers sont mobilisés chaque jour pour réussir tous ces défis.

Et c’est un autre défi que Gary Jiang relève avec ses collaborateurs en décidant de rejoindre une nouvelle aventure industrielle en Algérie. « Nous connaissons les besoins de l’Algérie. Un pays avec lequel nous travaillons depuis 2007 », confie d’emblée le manager chinois qui promet de « transférer la technologie » pour apprendre aux algériens de s’initier à l’industrie automobile. « Notre projet avec cette future usine de Sétif est de proposer de fabriquer sur place des bus et minibus qui connaîtront, dés le départ, un important taux d’intégration », promet le patron de Higer. « Nous enverrons également nos ingénieurs pour former nos partenaires algériens qui pourront, dans un avenir proche, fabriquer eux-mêmes des bus adaptés à leurs besoins », assure Gary Jiang.

Mais ce dernier ne se contente pas de promettre monts et merveilleux aux Algériens. Il profite de notre présence en Chine pour adresser ses précieux aux dirigeants de notre pays. « Pour développer son industrie et surmonter ses difficultés économiques, l’Algérie peut compter sur l’aide des investisseurs chinois », indique Gary Jiang. « Mais il faudra lever plusieurs obstacles à commencer par le principe du 51/49 », souligne-t-il avec une totale franchise pour démontrer la sincérité de ses intentions. « Les investisseurs étrangers ont besoin de travailler dans la sérénité et la confiance. Il leur faut un environnement qui leur permet aussi de transférer leurs dividendes le plus librement possible », a-t-il dit en insistant enfin sur l’importance des facilités fiscales qui peuvent inciter les sociétés chinoises à renforcer leur intérêt pour l’Algérie.

« Nous restons confiants et nous espérons que le gouvernement algérien poursuivra son dynamisme. Que les Algériens sachent que nous serons à leurs côtés », conclut-il. Les décideurs algériens savent enfin ce qu’il leur reste à faire s’ils veulent réellement drainer des capitaux pour développer le pays.