Le style est volontairement futuriste et les mûrs laissent transparaître un esthétisme progressiste qui transgresse toutes les normes de l’architecture traditionnelle. Telle une arène fermée par un immense toit panoramique, la gare de Wuhu  intrigue son visiteur par ses formes ondulées et ses espaces aussi vastes que des terrains de football.  Les scanners sont partout, les quais sont numérotés, les portes de l’entrée sont automatisées et des machines sont plantées sur les quatre coins de cette gare pour laisser l’impression que le voyageur est pris entièrement en charge par les nouvelles technologies. 

Ce n’est pas n’importe pas quelle gare. C’est une gare ferroviaire chinoise. Une gare qui relie une petite ville de 4 millions d’habitants, oui en Chine une telle cité est vraiment un nain face aux autres métropoles chinoises, au reste du pays à la vitesse grand V grâce au fameux LGV chinois, le train hyper-rapide conçu par des entreprises chinoises. Une sorte de TGV ultramoderne qui a battu tous les records. Et ce n’est guère un mythe : le LGV chinois peut circuler depuis le mois de juillet 2017 jusqu’à une vitesse maximale de 400 km/h. Ce qui place la Chine dans la position du leader mondial dans ce domaine reléguant ainsi à des rangs inférieurs les japonais ou les français ainsi que les allemands dont les TGV ont longtemps dominé les lignes à grande vitesse.

Le train de la modernité… 

En cette matinée hivernale où le froid glacial fait trembler les plus impassibles des hommes, votre serviteur attend impatiemment de découvrir ce joyau ferroviaire qui fait couler beaucoup d’encre dans le monde entier. Aucun retard n’est enregistré. Le LGV chinois arrive comme prévu faisant preuve d’une ponctualité irréprochable. Nous entrons enfin à l’intérieur de ce TGV made in China qui doit nous emmener jusqu’à Suzhou, la petite soeur de Shanghaï, une cité dynamique abritant pas moins de 14 millions d’habitants.

Le LGV Shanghai – Nankin, une ligne à grande vitesse (LGV) reliant Nanjing et Shanghai, parcourt chaque jour un trajet de 301 km en même pas 73 minutes. Ce train résume à lui-seul les progrès de la Chine. Le confort est soigneusement étudié, des équipements dernier cri égayent le parcours des voyageurs, la propreté des sièges est sans équivalent et des hôtesses aux petits soins avec les usagers, on se croirait dans une prestigieuse compagnie aérienne. A la fin du trajet, notre coeur s’emplit de tristesse en quittant ce TGV unique en son genre.

La Venise de la Chine

Fort heureusement, Suzhou est une ville qui nous fait oublier rapidement tous les regrets. Cette ville est un mystérieux mélange entre modernité et préservation d’un patrimoine traditionnel millénaire. A Suzhou, les gratte-ciel les plus hauts, les plus étincelants partagent l’espace de la ville avec la charmante vieille ville composée de petites ruelles baignées dans une atmosphère poétique et des innombrables canaux d’eaux sur lesquels ne cessent de naviguer de jour comme de nuit les pirogues séculaires. Tout au long des quais, des boutiques exposent l’artisanat et les vêtements bariolés reflétant un très ancien savoir-vivre dont la Chine peut se targuer avec beaucoup de fierté. On comprend, ainsi, pourquoi Suzhou est communément appelée, à juste titre, la Venise de la Chine. 

Modernité, progrès, croissance et développement économique, mais des origines cultivées, une culture ancestrale promue, défendue et un patrimoine fièrement enracinée dans la société chinoise. La Chine sait où elle va parce qu’elle n’oublie jamais d’où est-ce qu’elle vient. La leçon est saisissante et l’étranger qui visite le pays est interpellé par tous les aspects de la vie quotidienne pour comprendre cette vérité ô combien importante dans le retour de la Chine sur le ring des grandes puissances. 

Et pourtant, le chemin fut long et périlleux. La Chine a fait des sacrifices et tenté des expériences parfois terribles, radicales et meurtrières comme la Révolution Culturelle de Mao Zedong. Durant les années 60 et 70, ce mouvement politique cause la  mort de centaines de milliers de personnes au nom de la révolte contre les vieilleries de la tradition chinoise. Mais la Chine se réveille de sa descente en enfer grâce  à l’ouverture sur le monde et les réformes économiques décidées par Deng Xiaoping, l’homme qui avait présidé aux destinées de la Chine à partir de 1979 date à laquelle ce dirigeant change radicalement l’orientation l’idéologique du régime chinois en établissant les réformes économiques d’inspiration libérale. Le système des communes est progressivement démantelé et les paysans commencent à avoir plus de liberté pour gérer les terres qu’ils cultivent et vendre leurs produits sur les marchés. Dans le même temps, l’économie chinoise s’ouvre vers l’extérieur.

Pour rattraper son retard et amorcer son développement, la Chine n’a pas lésiné sur les moyens et n’a pas adopté des mesures populistes comme le 51/49 ou les restrictions rédhibitoires contre les investissements étrangers. Au contraire, Deng Xiaoping lance les fameuses Zones de développement économiques dans plusieurs régions à travers le pays. Il s’agit de zones où toutes les facilitations et avantages fiscaux sont accordés aux investisseurs à condition qu’ils s’engagent à créer de la richesse et des emplois. 

L’environnement est devenu tellement attrayant qu’une véritable course à l’innovation pour accentuer les profits a commencé dans le pays. Et le résultat est sans appel : en 20 ans, la Chine redevient une puissance économique. En se frottant aux investisseurs étrangers, les entreprises chinoises gagnent en maturité et s’arment de tout le savoir nécessaire pour affronter les défis de l’économie. Aujourd’hui, des grosses entreprises chinoises aux capitaux mixtes, privés et publics, sont devenus des machines de rentabilité. Huawei, ZTE, Chery, Higer, Ali Baba, on ne compte plus les marques chinoises qui commencent à dominer le monde. 

 

Dépasser les Etats-Unis… 

La vision de Deng Xiaoping a triomphé contre toutes les résistances idéologiques. D’ici 2030, la Chine pourrait dépasser les Etats-Unis et devenir ainsi la Première Puissance économique, assurent les prévisions de tous les cabinets d’experts. Dans les rues joyeuses de Suzhou, les jeunes chinois croient en ce rêve et travaillent durement pour atteindre cet objectif. Tout un pays mu par la même ambition. Tout un peuple uni par le même rêve. Certes, la démocratie, le respect des Droits de l’Homme et la liberté d’Expression ne sont pas encore des valeurs propagées en Chine. 

Mais les chinois demeurent philosophes et n’hésitent pas à reprendre ce fameux adage de leur leader Deng Xiaoping : “Qu’il soit noir ou blanc, peu importe la couleur du chat pourvu qu’il attrape des souris”. En 2018, tout un fossé incommensurable sépare notre Algérie de la Chine. Alors que les chats chinois conquièrent le monde, la souris algérienne cherche désespérément de quoi manger en cette période de crise financière. Il est, peut-être, temps de prendre exemple sur la Chine qui récolte les fruits de son émancipation du populisme et du dirigisme idiot. A bon entendeur, salut !