En Algérie, même un ministre n’arrive pas à stopper les agissements des mafias les plus puissantes ou des lobbys les plus influents. Les intérêts financiers demeurent plus forts que l’intérêt général. Et Hacène Mermouri, le ministre du Tourisme, est en train de l’apprendre à ses dépens. 

Selon les investigations d’Algériepart, ce ministre, originaire de Djanet au sud du pays, est en train de vivre les moments les plus difficiles de toute sa carrière de haut cadre de l’Etat. Et pour cause, Mermouri est un ministre « esseulé » au sein du gouvernement. Un ministre livré à lui-même dans cette guerre qu’il tente de mener contre les lobbys exerçant une inquiétante mainmise sur les joyaux d’un secteur méconnu et longtemps abandonné par nos autorités.

Les « misères politiques » de Hacène Mermouri ont commencé lorsque ce dernier a décidé de procéder à un large mouvement dans le corps des directeurs et premiers responsables des hôtels et complexes touristiques appartenant à l’Etat. Le ministre tente de remplacer ainsi des cadres devenus au fil des années de véritables apparatchiks. Il établit une stratégie pour rajeunir le management du complexe touristique les Andalouses où le directeur de cet établissement occupe son poste depuis plus de 14 ans !

Une longévité intrigante d’autant plus que le bilan financer de cet établissement, l’un des bijoux du tourisme algérien, est catastrophique à en juger par les rapports successifs de la Cour des Comptes. Des rapports qui n’ont pas cessé de pointer du doigt la mauvaise gestion occasionnant des pertes financières considérables pour un célèbre complexe touristique jouissant de tous les atouts nécessaires pour dégager des bénéfices substantiels.

Hacène Mermouri a voulu également changer le manager de l’hôtel Seybouse d’Annaba qui accuse lui-aussi un important déficit. Le ministre a envisagé aussi de revoir la gestion des villages touristiques du CET et Matarès à Tipaza qui sombrent dans la décadence en dépit d’un glorieux passé. Bref, tous ces directeurs âgés de plus de 70 ans devaient partir et laisser leur place à un nouveau souffle pour entamer enfin la modernisation tant attendue dans le secteur du tourisme.

Malheureusement, Mermouri fut bloqué dans son élan réformiste et toutes ces décisions de limogeages, de remplacement ou d’affectation ont été suspendues au sommet du gouvernement. Il n’est pas question de lâcher ces directeurs et administrateurs qui disposent de leurs relais sur la scène politique. Dans ces hôtels et complexes touristiques de l’Etat, les politiques algériens possèdent des privilèges auxquels ils ne veulent pas renoncer. Et la nomination de nouveaux managers plus sérieux, plus compétents et, surtout, plus honnêtes dérangent les intérêts de ces cercles occultes.

Des cercles qui transforment ces vieux hôtels en centres d’affaires clandestins pour y abriter leur business souterrain. Et Hacène Mermoui, le fils de Djanet, s’est retrouvé au coeur de la tourmente lorsqu’il a essayé de s’attaquer à ces intérêts. Aujourd’hui, il est menacé et risque de perdre tout bonnement sa place au sein du gouvernement. Faudra-t-il se taire et laisser des cercles occultes dicter la politique du gouvernement ?