C’est une fin d’année très difficile pour plusieurs ministres de l’actuel gouvernement. Pour se protéger contre les effets dévastateurs du changement que veut imposer un prochain remaniement ministériel, prévu à partir du mois de janvier 2018, certains membres du gouvernement d’Ahmed Ouyahia multiplient les annonces spectaculaires et les sorties sur le terrain pour défendre leurs bilans. 

Il s’agit de ministres qui savent pertinemment qu’ils sont assis sur un siège éjectable. Selon nos investigations, il y a au moins 5 ministres qui figurent d’ores et déjà sur une liste de hauts responsables à remplacer. Il s’agit notamment du ministre de l’Habitat, Abdelwahid Temmar. Ce dernier n’entretient pas de bonnes relations avec le Premier-ministre, Ahmed Ouyahia. Son bilan à la tête de son ministère demeure également controversé. Des chantiers de l’AADL ralentis par les retards continuels, des entreprises et maîtres d’ouvrage qui n’ont toujours pas été payés, des programmes de logements publics mal-gérés, des directions de wilayas incohérentes et déstructurées, Abdelwahid Temmar est au coeur de la controverse depuis plusieurs semaines.

Mais ce ministre tente de se défendre et répète dans les arcanes du gouvernement qu’il a hérité d’une situation difficile et de plusieurs problèmes indépendants de sa volonté. Son portefeuille ministériel a été touché de plein fouet par la crise financière que traverse le pays. Et pour redresser la barre, Abdelwahid Temmar réclame du temps. Et pour mettre en exergue sa bonne volonté, il passe à l’action. A Oran, il avertit sévèrement les responsables de son secteur devant toutes les caméras des télévisions. Il assure qu’il suit personnellement les dossiers du logement et renforce la pression sur ses cadres afin qu’ils rendent un travail efficace. Temmar espère éviter son limogeage ou son remplacement avec son projet d’un “parc locatif” où les Algériens peuvent louer des logements sans un paiement annuelle. Une démarche qui plombe le portefeuille des Algériens.

Houda-Imane Feraoun est l’autre ministre qui essaie de “sauver sa peau”. Son bilan depuis le 15 mai 2015 est très dérisoire et les acteurs du secteur des télécommunications ne cessent de monter au créneau pour dénoncer son mode de gouvernance. A Algérie-Poste, la situation est gravissime et la distribution du courrier est paralysée par de nombreux dysfonctionnements. 

La jeune ministre se défend très maladroitement et fait des annonces surréalistes qui n’ont aucun impact concret sur le quotidien des Algériens. Aux dernières nouvelles, le gouvernement a retiré son projet phare qui visait à libéraliser un tant soit peu son secteur. Un discrédit qui risque de lui coûter sa place sauf si des mentors interviennent pour défendre son maintien auprès du Palais d’El-Mouradia.

Youcef Yousfi ne devra pas faire long feu au ministère de l’Industrie. Son immobilisme, son manque d’ambitions et le statu-quo qui perdure dans son département ministériel irritent et inquiètent. Aucune méthodologie ne se dégage de la gouvernance de ce ministre et plusieurs de ses cadres font l’objet de très vives critiques.  C’est certain, Youcef Yousfi peine à s’imposer dans ce gouvernement. L’industrie en Algérie mérite beaucoup mieux.

Mustapha Guitouni est, lui aussi, en danger. Au ministère de l’Energie, il suscite les doutes et ses relations avec Ahmed Ouyahia ne sont pas au beau-fixe, a-t-on appris suite à nos recherches. Pour gérer le délicat dossier de l’exploitation du gaz de Schiste et la révision de la loi sur les hydrocarbures, deux chantiers très compliqués à gérer pour le gouvernement, certaines voix s’élèvent à la Présidence de la République pour réclamer une personnalité plus compétente, plus charismatique. Mais Guitouni n’est pas encore définitivement mort et dispose encore de soutiens qui plaideront sa cause.

D’autres personnalités du gouvernement peuvent se retrouver sur la sellette comme le ministre des Finances, Abderrahmane Raouya, dont le nom est officiellement cité dans l’affaire de BEIn Sports en cours de traitement par le tribunal de Bir-Mourad Raïs. Rédigée par ses cadres et ses fidèles collaborateurs, la Loi de Finances 2018 souffre de plusieurs déficiences et certains articles risquent de susciter des situations très complexes l’année prochaine. L’Algérie pourrait avoir besoin d’une Loi complémentaire pour rectifier le tir et apporter de nouvelles solutions. La situation à la direction générale des impôts et dans les banques publiques demeure également très préoccupante. Et là encore, Abderrahmane Raouya n’a apporté aucun plan d’action concret pour insuffler un dynamisme dont a cruellement besoin son secteur. Ce ministre risque bel et bien de payer cash toutes ces contre-performances.