Nous ne pouvons aujourd’hui refuser de voir la réalité de l’école algérienne qui a perdu toutes ses valeurs et tous ses privilèges en tant que lieu idéal d’éducation et d’apprentissage.
Désormais, rien ne s’apprend plus dans nos établissements où les compétences des enseignants talentueux et la compétitivité des élèves exemplaires ont disparu. L’élève se lève tôt le matin et reviens le soir avec très peu d’acquis et l’enseignant n’y comprend plus rien et est incapable de mettre toutes ses compétences au service de ses élèves qui ne cherchent plus que la note quelques soient les moyens (tricherie, cours particuliers…).
Enfin, voilà un système où  l’enseignant et l’élève ont disparu. Il s’agit d’un échec total et totalisant que l’on refuse à admettre, certains par intérêts, d’autres par peur de représailles. Pour ne pas avouer cet échec, les autorités se cachent derrière des expressions plus illusoires que réelles : « scolarisation massive » et « recherche de la qualité ».
A chaque fois que l’école Algérienne est remise en question, les ministres se suivent et chacun parle le même dialogue « très forte scolarisation, et travailler  sur la qualité » .Et chaque ministre  amène avec lui la présentation d’un  soi-disant nouveau plan d’action «la réorganisation du secteur de l’Education qui sera centrée sur la recherche de la qualité à
tous les niveaux ».
Un système plus politique qu’éducatif  
Mais la qualité n’est toujours pas atteinte et ne le sera jamais. Elle ne peut venir sous une réforme dirigée conçue pour aller sans qualité. Un système plus politique qu’éducatif. Parce que le système éducatif exigé ne s’inscrivait pas dans la réalité Algérienne : telle était la grande raison qui fit que l’on abandonne l’ancien système dont une grande partie de nos cadres y sont issus pour entrer dans un système encore plus loin de cette réalité. L’on se demande alors qu’est-ce que réellement la réalité Algérienne ?
Si ceux qui ont vanté, applaudi et mis en place ce système, dit d’″APPROCHE PAR LA COMPÉTENCEʺ, jamais appliqué dans le secondaire se sentent satisfaits, 11 ans après, l’enfant Algérien voit les réalités propres à l’environnement social de l’Algérie qui sont devenues aujourd’hui celles de l’ignorance, de l’échec, du désordre, de la tricherie de la drogue et de la violence. En effet, même si l’ancien système était conçu selon une culture non algérienne, il fut remplacé par un autre peu raisonnable. Ces gens n’avaient pas compris qu’en proposant un tel système, ils mettaient l’enfant Algérien dans une totale confusion où ils réduisaient l’imagination de celui-ci. Ils ne savaient pas (ou ils l’on fait bon gré) qu’ils l’éloignaient de sa réalité culturelle.
« La finalité du système éducatif est de rendre les Algériens capables de contribuer au développement économique social et culturel de leur pays. Le système éducatif prépare l’enfant à être utile à la Nation en lui procurant des connaissances le rendant capable à la fin d’un cycle d’études de comprendre des réalités propres à son environnement social. L’éducation doit-être complète. Elle vise le développement des capacités intellectuelles, physiques et morales, l’amélioration de la formation en vue d’une insertion sociale et professionnelle et le plein exercice de la citoyenneté » et que disent les faits ? Pure contradiction !
 La vérité que l’on doit admettre est que l’école Algérienne produit, ces dernières années, des ‟ ignorants éduqués ”,  des handicapés mentaux, des quasis illettrés, des agresseurs. Aucune base pour ces pauvres enfants. L’école produit tous les maux de la société ; tôt, ils sont abandonnés. Ils sont isolés et méprisés. Ils baignent dans l’innocence infantile, naturelle et dans l’ignorance fabriquée.
Ils sont à la fin de l’enseignement primaire (5 ans d’apprentissage au lieu de 6 ans) : Incapables de faire la différence entre un verbe et un nom, entre le masculin et le féminin. Aucune maîtrise sur les règles de l’orthographe, de la grammaire. Incapables de lire une phrase simple ni de l’écrire. En leur proposant de lire voilà qu’ils rougissent, rien à dire, ils attendent qu’on leur souffle les premières syllabes pendant qu’ils bégaient dans leur lecture incompréhensive. Et combien de minutes leur faudra-t-il pour redire ce même mot ? Lire un mot est, pour eux, déplacer une montagne. Lire est devenue un cauchemar que vivent désormais nos écoliers. Et l’école tend à devenir un fantôme qui incarne la peur, l’effroi. Ces enfants se mettent mal à l’aise, quand on leur parle de leur devoir à la maison, ou de la lecture d’une petite histoire pour écoliers. Ils se sentent incompétents, incapables. « Lis », pour eux, est synonyme d’humiliation.
Le sentiment de peur remplace celui de l’enthousiasme. Notre écolier a mal. Il a mal sous le regard hypocrite de ses aînés (tous ceux qui devraient prendre soin de lui). Personne pour défendre sa cause. Voilà l’image que fourniront ceux qui se trouvent proche de nos écoliers, proche d’eux pour essayer de combler leurs lacunes, proches d’eux pour ne pas les laisser pour eux-mêmes, proche d’eux pour leur construire la morale, mais aussi proche d’eux par devoir moral, par humanisme.
« Aucune chance, aucun espoir, aucune sauveur pour ces pauvres » disent ceux qui comprennent, partiellement, la situation de nos écoliers sans aller plus loin. Autant que ce qu’ils disent est une vérité incontestable, je dirais que ceux-là se moquent de cette innocence saine et supportent cette ‟ignorance criminelle et légitimée ”. Car ces êtres admirables ont droit à la défense quand leur droit à l’éducation (« garantir à tous les enfants l’accès équitable à une éducation de qualité ») est diminué pour ne pas dire supprimé. Alors, pourquoi il n’y a pas de réaction ? Pourquoi les parents Algériens acceptent-ils cette tragédie que subissent leurs enfants ?
La société fait semblant 
Pourquoi les enseignants Algériens  servent-ils l’ignorance en faisant bouche-bé ? Pourquoi la société fait semblant de ne pas voir cette école en naufrage ? pense-t-elle qu’elle a d’autres ‟systèmes immunitaires ”que l’éducation de ses enfants ? Ou est-elle convaincu qu’elle verra beaux jours malgré l’ignorance de ceux qui vont à l’école ? C’est sûr que chaque minute de notre silence nous accuse, une accusation dont témoignera l’histoire de ce pays, pour nous avoir tus devant l’assassinat de l’intellect Algérien. Cette mondialisation de l’enseignement dictée par les multi nationale et cela à travers la conférence de Dakar de 2000 de l’UNESCO et appliquée à la lettre à travers la réforme de l’éducation en ajoutant la main Algérienne par le démantèlement de l’enseignement technique ce qui nous amène aujourd’hui après avoir produit et exporté des ouvriers qualifiés, nous importons ces derniers en devises car les lycées techniques ne les forment plus.
Le but de l’ignorance de l’écolier pour mieux rendre les pays dépendant des multi nationale objectif de cette mondialisation a été atteint avec la complicité des gouvernements.
A  voir ces enfants qui, rentrés de l’école, se pressent devant leur portable  qui diffuse, désormais, les ondes de l’ignorance, de l’immoralité, de l’acculturation nous choque et nous sommes incapables d’y mettre un terme. C’est la culture Algérienne qui est réduite à ce téléphone portable ou à ce PC. On se tait tous. Comme ses parents, ses aînés, le petit garçon et la petite fille, écolier et écolière, veilleront tard la nuit devant leur micro télévision ou avec leur portable à la main. Tôt demain, ils reprendront le sentier habituel sans avoir revu les quelques lignes noircies, hier, de leurs cahiers. Encore, à l’école ils en parlent (« qui était le meilleur (la meilleure), qui sera admis pour la demi-finale, pour la finale ? Qui remportera ? »).
Une atteinte, une humiliation de plus pour l’école Algérienne.
L’école Algérienne est en train de perdre sa fin ses repères et sa valeur didactiques. Ce système est dangereux ! Il dévore tout : notre seule richesse, notre seule ressource, notre seul  espoir, notre avenir. Quant aux décideurs leurs enfants fréquentent rarement l’école Algérienne, et souvent   ils envoient leurs enfants faire leurs études à l’étranger et lorsqu’ils restent dans le pays ils sont bien pris en charge dans des classes sélectionnées avec tous les enseignants et les mieux expérimentés et cela dans l’école publique algérienne qui n’est plus l’école pour tous c’est  ce que j’appellerai « l’école publique privatisée ».
Il est également remarquable que beaucoup des lacunes que les professeurs d’Université relèvent chez leurs étudiants, remontent à l’école primaire :
Ignorance de la grammaire de phrase et de l’analyse grammaticale, orthographe fantaisiste, incapacité à écrire une seule phrase correcte, incapacité à raisonner, incapacité à mener les calculs les plus simples sans se tromper, etc.
Des enseignants qui luttent seuls  
Les professeurs de collège et de lycée signalent encore le manque de mémoire des élèves, phénomène stupéfiant chez des adolescents, et qui résulte certainement de ce qu’on n’a pas exercé leur mémoire à l’école primaire, en leur demandant d’apprendre régulièrement des textes par cœur sans compréhension. Certains sont tentés de laisser tomber un programme très déstructuré et vide de substance, pour essayer de réapprendre quelques bases solides.
Les professeurs de lettres peuvent le faire dans une certaine mesure, et cela permet à nombre d’entre eux de réparer les dégâts les plus criants. Mais au collège et plus encore au lycée, les professeurs de sciences se heurtent vite à une partie des parents d’élèves, qui refusent de croire que les bases de leur font défaut, et qui veulent à tout prix que le programme soit respecté, n’ayant souci que du passage en classe supérieure et du baccalauréat et pour cela les parents utilisent tous les moyens jusqu’à la corruption sans tenir compte de la valeur de l’éducation pour leur enfant et de la société.
Le sentiment qui  domine la plupart des témoignages des professeurs est l’impuissance devant une situation qui les dépasse. A tous les niveaux du collège, du lycée et de l’université, certains avouent  sans ambages qu’ils ne peuvent plus dispenser un enseignement digne de ce nom , tant les élèves manquent de bases, et tant ils ont peu l’habitude du travail ordonné, de la rigueur et de l’exigence. Il est remarquable que les professeurs ne déplorent pas seulement les carences des élèves dans leurs propres disciplines mais, unanimement, les carences à se plaindre à l’administration, et celle-ci à se retourner contre les professeurs.
J’ai eu connaissance du cas d’un professeur de mathématiques, suspendu pour avoir voulu apprendre l’addition des fractions à des élèves de seconde qui ne la maîtrisaient pas. Beaucoup de professeurs disent combien il leur est difficile de lutter seuls, même avec la meilleure volonté du monde et un grand esprit d’insoumission. Les classes successives et les matières sont étroitement solidaires, et il est impossible d’assurer un enseignement égal à ce qu’il devrait être, si celui des années précédentes, au moins dans les matières principales, n’a pas déjà été riche, cohérent et inscrit dans une progressivité.
C’est normalement la fonction des programmes que de permettre cette continuité et cette synergie, mais que faire quand les programmes sont pervertis? Réduire ses ambitions et colmater les brèches. Ce qui m’a le plus stupéfié dans les centaines de messages de professeurs que j’ai reçus, est que rares sont ceux qui évoquent les problèmes de violence-Pourtant bien réels et qui passent toute mesure–et que même ceux qui le font n’en parlent jamais en premier. Implicitement, et même explicitement pour certains, ils attribuent le développement de la violence à un autre phénomène plus fondamental: l’abandon par l’école de ce qui fait son sens, à savoir sa mission d’instruction, de transmission des connaissances.
C’est parce que l’école n’instruit presque plus, parce que l’enseignement prescrit par les programmes et les méthodes officielles est devenu absurde et vide, que se développent avec une grande ampleur, sur la terre laissé et en friche à des jeunes esprits, de nouveaux comportements, incroyablement agressifs vis-à-vis des professeurs et des autres élèves, et autodestructeurs.
N’ayons pas peur des mots : la réforme scolaire en Algérie est un échec !
Toute réforme est vouée à l’échec si elle ne tient pas compte des causes profondes de la débandade scolaire de nos jeunes, des garçons en particulier. Soyons francs, le drame scolaire algérien est probablement beaucoup plus grave si l’on admet que de nombreux enseignants gonflent les notes de leurs élèves afin d’acheter la paix… Qui peut les blâmer ?ou partent en retraite avant terme avouant leur échec vis-à-vis de cette réforme et de la société qui les a usé  et accusé de responsable de ce désastre même s’ils n’ont jamais était invité à l’élaboration de cette réforme imposée.
Des élèves allergiques à la lecture 
Les enfants ne maîtrisent plus la lecture, alors que l’algérien adulte moyen est devenu l’un des pires lecteurs du monde, que nos bibliothèques scolaires sont dans un état pitoyable et que les librairies ont tendances à disparaître laissant place à des commerces plus rentables
Les cerveaux des enfants ne s’imprègnent plus des grandes réalisations humaines, alors que nous nous gavons de stupidités télévisées et radiophoniques, que nous dévorons les journaux à potins qui racontent dans les moindres détails les régimes amaigrissants et les déboires amoureux de nos vedettes du show-business !
L’école s’engage dans le crétinisme intellectuel tout en espérant que nos enfants vont miraculeusement se transformer en grand savant, alors que « de nos jours, il y a de plus en plus d’enfants aliénés, de plus en plus d’enfants qui ne peuvent plus vivre, de plus en plus d’enfants s’adonnant à la drogue, de plus en plus d’enfants violents ».
La réforme scolaire confirme aussi un autre drame que nos décideurs ne prennent pas assez au sérieux. Je veux parler ici de la piètre performance des garçons.
La féminisation à outrance du système et le dénigrement subtil de la masculinité, de la virilité, favorisent le décrochage scolaire.
Et on est tout surpris ensuite de constater la montée du phénomène de la violence de rue chez nos adolescents mâles dégoûtés d’un système scolaire qui n’a pas respecté les particularités de la masculinité et qui a été incapable de leur proposer des modèles masculins respectables.
Il est temps de mettre le paquet sur la formation des maîtres, formation qui devrait être fondée sur une connaissance élargie des grandes civilisations humaines. Il est actuellement déplorable de constater que trop de nos jeunes enseignants sont des ignares en littérature, en histoire, en arts, ne vont jamais au théâtre et sont allergiques cultures nationales ou universelles.
Enfin, il faut aussi que le monde adulte prêche par l’exemple. On ne pourra enrichir, développer le cerveau et la personnalité de nos jeunes en leur proposant le triste spectacle d’une société en adoration devant les veaux d’or que sont devenus l’argent, le show-business, la consommation d’alcool et de drogue.
L’éducation en Algérie c’est une montagne d’aveuglement volontaire déguisé en bons sentiments qui traduisent la lâcheté d’affronter la réalité.
Aucune réforme scolaire ne pourra réparer les dégâts d’une société dont les valeurs familiales sont à la dérive, dont la langue se rapproche dangereusement de celle des rues et dont la culture se résume le plus souvent à un intérêt passionné pour les vedettes millionnaires et au match de football étrangers. Toute la société (enseignants, parents d’élèves, journalistes, société civile, gouvernement, syndicats…) doit se mobiliser pour trouver le remède et les solutions à ce drame de l’éducation en Algérie. Nous n’avons besoin de personne pour nous donner des leçons où nous imposer ses réformes qui tous visent une dépendance de notre pays.
Par Hakem Bachir,  professeur de Mathématiques au lycée Colonel Lotfi d’Oran
Porte –parole du Conseil des Lycées d’Algérie CLA