Magnat des casinos et principal financier du Parti républicain, Sheldon Adelson a convaincu le président américain de transférer l’ambassade des Etats-Unis dans la ville Sainte.

 C’est l’empereur des casinos qui a convaincu Donald Trump de jouer le sort du Proche-Orient… sur un coup de dé. Selon le “New York Times”, le président américain aurait décidé de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël après un dîner à la Maison-Blanche avec le propriétaire du célèbre Venetian à Las Vegas, le milliardaire Sheldon Adelson. Il faut dire que ce magnat du jeu est l’homme le plus puissant des droites américaine… et israélienne.

Etrangement, comme ses parents et la grande majorité des juifs américains, Sheldon Adelson a été démocrate. Ron Kampeas, l’un des rares journalistes à l’avoir interviewé, raconte :

“Il vient d’un milieu très modeste. Son père, un Lituanien qui a fui les pogroms avant la guerre, était chauffeur de taxi à Boston, où le petit Adelson est né. Sa mère était couturière à domicile.” 

Lui-même a fait tous les métiers. Il a vendu des hypothèques, des produits dégivrants et des séjours touristiques. Il s’est essayé au journalisme boursier. C’est grâce à l’organisation de Salons professionnels qu’il a amassé ses premiers millions de dollars, avec lesquels il a acheté un casino à Las Vegas, au début des années 1990.

Puis il s’est acoquiné avec le régime chinois pour monter, à Macao, le plus grand casino du monde. Et c’est ainsi, grâce aux “princes rouges”, qu’il est devenu milliardaire. Aujourd’hui, sa fortune, la 14e mondiale, est estimée par “Forbes” à 37 milliards de dollars – de quoi faire taire ou acheter nombre d’hommes politiques.

 

“Sa passion pour la politique et pour la droite lui a été, à l’évidence, insufflée par sa seconde femme, Miriam, médecin, qui est née en 1946 dans ce qui n’était pas encore Israël, mais la Palestine sous mandat britannique.”

Femme de tête, Miriam l’encourage à monter des fondations philanthropiques en Israël et aux Etats-Unis. Il semble que ce soit aussi par son intermédiaire que Sheldon Adelson commence à côtoyer la droite du Likoud. En 1996, il finance la campagne victorieuse de Benjamin Netanyahou contre Shimon Peres. Puis il crée un journal gratuit totalement dévoué à la cause de “Bibi”, “Israel Hayom” (“Israël aujourd’hui”), désormais le premier quotidien du pays.

Son engagement dans la politique américaine est plus récent. En 2008, il dépense plusieurs dizaines de millions de dollars pour faire battre Barack Obama. Il récidive quatre ans plus tard. Au total, il dépensera plus de 100 millions de dollars pour empêcher ce président honni par les ultraconservateurs d’accomplir un second mandat. Sans succès.

Mais, depuis, le magnat des casinos, devenu leur principal donateur, fait la pluie et le beau temps chez les républicains. Et fixe leur ligne sur Israël – à droite toute ! Au début de sa campagne présidentielle, Donald Trump a cherché à être adoubé par le puissant parrain – en vain. Malgré sa promesse sur Jérusalem, Sheldon Adelston n’a soutenu sa candidature qu’après sa victoire aux primaires. Mais à partir de ce moment-là, il n’a pas lésiné. Il a donné plus que tout autre : 25 millions de dollars au comité en faveur de l’élection de Trump puis 5 autres millions pour la cérémonie de son investiture en janvier. De cet investissement, il attendait un retour.

Le magnat était donc déçu que Donald Trump ne reconnaisse pas la ville Sainte comme capitale d’Israël très vite après sa prise de fonction. Il l’a fait savoir. A-t-il, lors du dîner d’octobre, menacé de lui retirer son soutien pour le scrutin présidentiel de 2020, ce qui, étant donnée l’étroitesse de la base électorale de Donald Trump, risquait de porter un coup fatal à sa réélection ? Ou l’a-t-il convaincu que, vu le rapprochement israélo-saoudien, le moment était propice ? En tous cas, le chef de la Maison-Blanche a décidé de franchir le Rubicon, comme on lance un dé sur un tapis rouge. Sans savoir sur quel côté il va retomber.

 Source : Le Nouvel Observateur