Une nouvelle fois, la rue gronde en Kabylie. Mais comme en 2001, les appels à manifester ne proviennent ni des partis politiques ni des syndicats. Ce sont des comités d’étudiants, parfois de lycéens, ou tout simplement du bouche à l’oreille, qui ont fait le travail. Le mot est passé et en quelques jours, toutes les localités de Kabylie ont connu des mouvements de protestation. Et si les marches et autres manifestations se déroulaient, jusque-là, dans les chefs-lieux de wilayas, désormais,  même les petites agglomérations commencent à “bouger”.

Si tout le monde a compris que le mouvement de protestation a été provoqué en gros par cette histoire de l’APN qui a refusé d’entériner un amendement portant sur la promotion de Tamazight et sa généralisation dans l’enseignement, peu de gens connaissent les slogans des manifestants. Des réelles questions demeurent, en effet, sur les vraies motivations de ce mouvement, qui porte pourtant des revendications légitimes. Cela fait 2 ans que Tamazight est constitutionnalisée comme langue officielle. Pourquoi attendre 2 ans pour réagir ? A cela, il faut ajouter la légitime question portant sur le timing de ces manifestations qui se sont produites plus de 3 semaines après les débats parlementaires.

Mais ce qui reste pour l’heure plus énigmatique est le silence de la classe politique. Aucun des partis politiques de la région n’a pris position sur le déroulement de ces manifestations. Le RCD et le FFS se sont juste contentés de crier à la manipulation. Quant au Parti des Travailleurs, à l’origine de la proposition de l’amendement rejeté à l’APN, il se défend de vouloir provoquer des manifestations de rue. Sa secrétaire générale, Louisa Hanoune plaide la bonne foi en estimant que le PT n’a fait que revendiquer une prise en charge réelle de la langue amazighe.

Inutile de préciser que les partis du pouvoir, tout comme les autorités –en dehors d’une timide réaction du ministre de la jeunesse et des sports- n’ont soufflé mot sur une situation qui risque, pourtant, de déraper à tout moment.

Seul le mouvement indépendantiste le MAK (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie) semble avoir tiré son épingle de jeu. La nature n’a-t-elle pas horreur du vide ?