La ministre de la Poste, des Télécommunications, des Technologies et du Numérique, Houda Imane Faraoun, a fait une annonce étonnante et surréaliste. Devant les membres de l’Assemblée populaire nationale (APN), elle a promis qu’un câble sous-marin reliant Annaba aux Etats-Unis sera bientôt mis en place pour améliorer le débit internet en Algérie. 

Cette annonce est-elle vraiment sérieuse ? Oui, à en croire la jeune ministre selon laquelle le projet de ce câble entre dans le cadre d’un « accord, qui contribuera à l’amélioration du débit Internet en Algérie, sera signé avant la fin de 2017 avec des droits d’exploitation de 34 millions de dollars » a-t-elle-précisé.

Houda Imane Faraoun n’en dira pas un mot de plus sur la faisabilité de ce projet ni sur ses tenants et aboutissants. Mais l’optimisme de notre ministre soulève de nombreuses interrogations car pour réaliser un tel projet, il faut avoir négocié avec les géants de l’internet de ce monde. Et l’Algérie ne semble pas disposer des capacités de lobbying commercial pour arriver à un tel niveau. Pourquoi ? Il faut savoir, d’abord, qu’aujourd’hui, plus de 250 câbles sous-marins sillonnent les fonds du globe. Au centre de réseau tentaculaire, le Royaume-Uni est devenu progressivement la plaque tournante des télécommunications mondiales. Le pays est relié à près d’un quart des câbles sous-marins en service dans le monde, pour sa position géographique.

L’Algérie va-t-elle travailler avec les autorités britanniques pour réaliser la connexion dont parle notre ministre des TIC ? Non, on en sait rien. En revanche, pour se connecter à un câble relié aux Etats-Unis, il faut s’intéresser à l’Espagne où le « tuyau Internet » le plus puissant jamais conçu a été inauguré au mois de septembre dernier par Facebook, Microsoft et la firme de télécoms espagnol Telxius.

Surnommé Marea – marée en espagnol –, celui-ci s’étend sur près de 6 600 kilomètres – entre Virginia Beach, dans l’État de Virginie, et Bilbao, en Espagne –, à plus de 5 000 mètres de profondeur. Marea est capable de transmettre 160 térabits de données par seconde, du jamais vu jusqu’à présent. « L’équivalent de 71 millions de vidéos HD lues en streaming au même moment », compare Microsoft dans un post de blog. « Et de 16 millions de fois notre connexion à la maison. »

Huit paires de câble à fibre optique gainés de cuivre « open design » (comprendre flexibles au fur et à mesure des progrès technologiques), dont certaines parties sont enterrées pour ne pas entraver le trafic maritime, relient ainsi les deux continents et composent Marea. Officiellement, ce câble ne peut être opérationnelle qu’au début de l’année 2018.

L’Algérie a-t-elle pris attache avec l’opérateur espagnol Telxius pour exploiter ce câble posé par Facebook et Microsoft ? Aucune source officielle n’a voulu confirmer ou infirmer cette information. En réalité, personne ne connaît encore ce dossier que seule la ministre semble « gérer » ou « maîtriser ». Mais il demeure certain que l’Algérie doit disposer d’une filiale commerciale et technique en Espagne pour entamer un tel projet. Algérie-Télécom a été chargée depuis plusieurs années de mettre en place une filiale en Espagne afin de gérer, d’abord, le fameux le projet  du câble sous-marin en fibre optique (ORVAL) reliant la ville d’Oran à Valence (Espagne). Il s’agit du deuxième câble sous-marin que l’Algérie attend avec impatience depuis 2004-2005 pour pallier aux insuffisances constatées du premier câble reliant Annaba à Marseille.

Malheureusement, ce projet traîne toujours et la mise en place d’une filiale Algérie Télécom (AT) en Espagne n’a pas encore dépassé le stade de l’annonce. Ce n’est qu’aujourd’hui que la ministre de la Poste et des TIC essaie de se montrer rassurante en confiant que « toutes les entraves administratives ayant retardé la concrétisation de ce projet » ont été levées.

Sur le terrain, on ne voit rien venir. Et ORVAL n’a pas encore démarré. Comment dans ces conditions l’Algérie pourra négocier avec les géants internationaux pour bénéficier des services du câble reliant l’Espagne aux USA ? Houda Imane Faraoun ne répond évidemment pas à cette question.

Elle se contente de susciter le buzz comme depuis son arrivée à la tête de son ministère le 15 mai 2015. Elle a, déjà, fait de pareilles annonces comme l’histoire du célèbre Data Center de dimension internationale qui doit être érigé dans la zone de Lakhdaria (Bouira) où il sera relié au réseau en fibre optique terrestre et au réseau satellitaire.

Un projet annoncé au mois d’octobre dernier. Et jusqu’à aujourd’hui, rien de concret n’a été fait et aucune étude ou maquette n’ont été révélées. Ces annonces fantaisistes compromettent dangereusement la crédibilité du gouvernement algérien et risquent de susciter la risée de la presse internationale. Il faudra faire gaffe aux conséquences de ces blagues ridicules.