Emmanuel Macron effectue aujourd’hui une visite importante à Alger. Mais il ne s’agit pas d’une visite d’État, la plus haute forme de contact diplomatique entre deux nations.  C’est une simple visite “de travail et d’amitié” selon le vocable utilisé par l’Elysée. Une requalification diplomatique qui traduit en réalité les différends et malentendus alimentant en ce moment même les tensions entre Alger et Paris. 

En effet, le courant ne passe pas très bien actuellement entre Alger et Paris. Emmanuel Macron est attendu, d’ailleurs, pour étudier plusieurs dossiers délicats et complexes sur lesquels la France marginalise l’Algérie.

De par sa position géographique, l’Algérie est considérée partout comme un pays pivot pour la sécurité régionale. Son expérience en matière de lutte antiterroriste en fait un acteur incontournable pour la communauté internationale. Mais la France lourdement engagée au Sahel avec l’opération «Barkhane» et inquiète de la situation chaotique en Libye a marginalisé l’Algérie sur ces deux dossiers.

“Exclue du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad) porté sur les fonts baptismaux par Emmanuel Macron, reléguée au second rang dans les négociations interlibyennes, elle ne voit pas d’un bon œil la multiplication des initiatives françaises dans son arrière-cour”, comme il est bien noté dans une analyse publié dans les colonnes de l’influent quotidien français Libération.

“Il y a quelques jours, le Premier ministre Ahmed Ouyahia a noté que l’Algérie avait dépensé près de 100 millions d’euros ces huit dernières années pour former et équiper les armées du Sahel à la lutte antiterroriste: il s’agissait clairement d’une réponse aux critiques sur son supposé manque de coopération”, a expliqué à ce sujet Andrew Lebovich, du European Council on Foreign Relations. Cité également par Libération, cet expert a relevé que “les Algériens considèrent, à juste titre, que leurs avertissements sur l’intervention de l’Otan puis la dégradation sécuritaire en Libye ont été ignorés par l’Europe et les Etats-Unis et qu’il est injuste de leur demander aujourd’hui de jouer la partition que la France a écrite”.

A Alger, Emmanuel Macron aura donc des discussions très intenses sur ces deux dossiers stratégiques qui divisent les deux pays. Pour Alger, il est clair que Paris doit revoir sa feuille de route en reconnaissant à l’Algérie son statut de “puissance régionale” et en prenant en considération les solutions qu’elle propose aux problèmes régionaux. Mais Macron est-il prêt à satisfaire les exigences des autorités algériennes ? On le saura à la fin de cette “visite de travail et d’amitié”.