Après moins de 12 heures de temps, Emmanuel Macron semble avoir remporté sa première manche lors d’une visite en Algérie. En président jeune, le Chef de l’Etat français a affronté les journalistes en homme détendu et sûr de lui.

Après un entretien de près d’une heure avec le président Abdelaziz Bouteflika, Emmanuel Macron s’est présenté presque euphorique devant les journalistes qui l’attendaient dans une grande salle de l’hôtel El-Aurassi, à Alger. Souriant malgré la gravité de l’annonce que venait de faire le président américain Donald Trump à propos de statut de Jérusalem, le président français a abordé trois grands thèmes qui marquent les relations entre les deux pays : il s’agit de la question de la circulation des personnes, donc des visas, les sujets liés à la mémoire et l’économie.

Celui qui est venu « comme un ami » de l’Algérie a d’ailleurs entamé sa plaidoirie par une annonce symbolique. Il a décidé de restituer à l’Algérie les crânes des résistants retenus depuis près de deux siècles au Musée des Sciences de l’Homme, à Paris. Le sujet, qui est une des importantes revendications des Algériens ces dernières années, est donc un gage de bonne volonté de la part du dirigeant français qui attend, en revanche, une « ristourne » de l’Algérie.

S’il rappelle qu’il s’est déjà exprimé en toute clarté sur la question (en référence à la déclaration faite en février dernier à Alger où il a qualifié la colonisation de crime contre l’humanité), il n’en demande pas mois à ses partenaires algériens de « réaliser une réconciliation des mémoires ».

Plus précis, il a demandé à l’Algérie d’autoriser le retour des anciens harkis et pieds noirs. « Je souhaite que ceux qui sont nés ici puisse venir librement quelque soit le lien qu’ils avaient avec la colonisation », a-t-il précisé.

De la « franchise », Emmanuel Macron veut donner des preuves même dans le domaine de l’économie. Le chef de l’Etat français a reconnu que des « blocages » persistent dans les investissements des opérateurs des deux pays. Mais il a déploré, en des termes diplomatiques certes, la persistance de la règle 49/51% qu’impose l’Algérie aux investisseurs étrangers. Tout en qualifiant la décision algérienne de « souveraine », Emmanuel Macron a estimé qu’une « modernisation du cadre des affaires en Algérie faciliterait les investissements étrangers et français » dans le pays.  Il a dit qu’il a transmis cette revendication aux autorités algériennes.

Une relation dépassionnée

Aux jeunes qui lui ont demandé des visas lors d’une virée dans les rues d’Alger, Emmanuel Macron a répondu sèchement : « le visa n’est pas un projet de vie ». Mais il a tenu à mettre de l’eau dans on vin : il a plaidé pour plus de souplesse dans l’attribution des visas entre les deux pays. Cela est valable, selon lui, dans les deux sens car, a-t-il encore ajouté, la « jeunesse est un atout » dans les relations entre les deux pays. C’est, d’ailleurs, pour cela qu’il a annoncé la création d’une école de multimédias en Algérie, à l’image d’une institution similaire fondée à Paris récemment. Il a également annoncé un fond commun d’investissement qui va accompagner les entreprises algériennes et françaises.

Malgré cela, le président français ne semble pas totalement satisfait de sa virée algérienne. Lui qui a entamé sa visite par un bain de foule dans la rue Larbi-Ben-M’hidi, ancienne appelée Rue d’Isly, a promis de revenir, en 2018, pour une visite d’Etat, plus longue. Ce sera l’occasion d’annoncer d’autres conquêtes et écrire, probablement, de nouvelles pages entre les deux pays.