Très peu d’Algériens connaissent ce dossier secret, l’un des mieux préservé par l’Etat algérien. L’Algérie possède pas moins de 51 biens immobiliers à l’étranger. Des biens qui sont situés majoritairement sur le territoire de français. Il ne s’agit pas d’appartements ou de simples maisons, mais de châteaux et de résidences historiques dont l’entretien coûte cher, très cher à l’Etat algérien.

“La gestion et l’entretien de ces biens nous coûtent souvent plus cher que leur propre valeur marchande”, confirme à ce propos un haut responsable du ministère des Affaires Etrangères ayant requis l’anonymat. Ce dernier a bien voulu réagir au dernier rapport de la Cour des Comptes, une institution étatique chargée du contrôle des finances publiques.

“Beaucoup de ces biens sont squattés et nous avons engagé des poursuites judiciaires contre les squatteurs. Ces derniers sont constitués notamment d’associations et de collectifs regroupant les anciens colons nostalgiques de l’Algérie française”, explique encore notre interlocuteur selon lequel chaque consulat d’Algérie à l’étranger gère le dossier des biens qui se trouvent sur le territoire de sa circonscription. Et au niveau du ministère des Affaires Etrangères, il y a une direction chargée de la gestion et du suivi de ces biens.

“Ces biens sont dans la majorité des cas l’héritage des anciens entreprises algériennes datant de l’époque coloniale et nationalisées après l’Indépendance. Il y a aussi des biens appartenant aux confédérations des travailleurs et à des organisations publiques sectorielles”, relate notre source laquelle avoue que l’entretien de ces biens consomment des budgets importants. D’ailleurs, une commission est mise en place régulièrement au niveau de notre diplomatie pour évaluer les coûts et les frais que nécessite la préservation de ces biens. “Rien que les frais de gardiennage d’une résidence nous coûtent très cher”, confie notre source.

Mais pourquoi l’Algérie ne vend pas une partie de ces biens pour récupérer des recettes en devises ? “Cette décision n’est pas du ressort du ministère des Affaires Etrangères”, répond tout simplement notre interlocuteur lequel ne manque pas de reconnaître que certains de ces biens perdent continuellement de leur valeur parce qu’ils sont situés dans des régions isolées de la France Profonde.

En attendant, l’Algérie doit dépenser des sommes considérables pour ces biens dont elle ne tire aucun profit. Preuve en est, le dernier rapport de la Cour des Comptes cite des cas très précis où des budgets importants sont consommés pour des biens qui demeurent inexploités.

“Le bien immobilier appartenant à la CNAS : le Château des Julhans, s’étend sur une superficie dépassant 317 ha, dont la surface habitable des bâtiments et de 6.799,75 m2. L’estimation financière de ce bien effectuée par le Bureau d’architecture Méditerranée (BAM) remonte à l’année 2007, d’une valeur de 18.143 150 €”, détaille ainsi cette institution d’après les révélations faites par nos confrères de TSA.

La “préservation de cette propriété est assurée par le Consulat général à Marseille, dont la prise en charge des frais de gardiennage est estimée à plus de 70.000 € par an, imputée au budget de l’État”, révèle encore la Cour des Comptes qui a planché également sur le cas des “biens immobiliers appartenant à l’Ancienne Amicale des Algériens en Europe dont l’estimation domaniale qui remonte, également, à 2007, a été de 3.825 399,00 euros. Les frais de gestion pour la période 1999 à 2010, s’élèvent à 113.338,97 euros”.

Il y a aussi “des biens appartenant à des entreprises, collectivités et associations algériennes, estimés à 787.257,00 euros générant des frais, pour la majorité, de l’ordre de 202.475,23 euros soit 25,72% de leur valeur totale”, a noté la même institution dans son rapport sur la gestion de ces deniers publics.

La Cour des Comptes a constaté en dernier lieu “l’état de dégradation et délabrement avancé” de certaines de ces demeures. Tout un patrimoine est donc laissé à l’abandon alors que notre pays peut en tirer des ressources financières s’il est savamment exploité.