Dans la logique des choses, les syndicats ont pour mission d’assurer la défense collective et individuelle des intérêts des salariés, au niveau national ou à l’échelle de l’entreprise. Malheureusement, en Algérie, certains syndicalistes profitent de cette position et négocient avec les patrons, sur le dos des travailleurs, des avantages pécuniaires ou en nature. 

C’est une pratique monnaie courante au sein de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), le principal et plus grand syndicat algérien présent partout dans toutes les grandes entreprises publiques et étatiques du pays, nous rapportent plusieurs sources concordantes et très bien informées. A Algériepart, nous avons mené l’enquête et nous avons obtenu des documents exclusifs compromettants qui démontrent les agissements suspects et la complaisance de plusieurs syndicalistes de l’UGTA vis-à-vis de des directions générales de leurs entreprises.

Ainsi, à Oran, au niveau de la zone industrielle d’Arzew qui abrite les installations pétrochimiques les plus importantes de tout le pays, des responsables de l’Union Locale de l’UGTA ainsi que des responsables et membres de l’Union de Wilaya de l’UGTA d’Oran ont touché des cadeaux offerts et payés par la direction générale de la Sorfert Algérie, une joint-venture entre les égyptiens d’Orascom Construction and Industries (OCI) avec 51% des parts, et la compagnie pétrolière nationale Sonatrach qui en détient 49% des actions.

Selon ces documents en notre possession, la direction générale de la Sorfert a offert des smartphones de la marque Condor et pris en charge plusieurs repas des syndicalistes de l’UGTA. Ces notes officielles ont été rédigées par la direction financière de Sorfert Algérie.

Nous avons obtenu également des correspondances internes de la direction générale de la Sorfert Algérie qui relatent les financements débloqués pour “choyer” les syndicalistes de l’UGTA.  Selon nos investigations, ces frais ne représentent qu’une partie infime des dépenses consenties par Sorfert Algérie pour “acheter” la paix avec le partenaire social attitré qui est l’UGTA.

Au delà des dîners et des cadeaux, certains syndicalistes ont bénéficié de vacances et de séjours dans un complexe touristique situé près du village des Andalouses. Ces pratiques ont choqué et suscité l’indignation des travailleurs de la Zone Industrielle d’Arzew qui ont adressé plusieurs lettres pour saisir les autorités publiques au sujet de cette “collusion d’intérêts”. Des responsables de la Sonatrach ont fini également par s’apercevoir de l’étendue de ce trafic d’influence.

Et à partir du 11 avril 2016, Yazid Benmamas, Directeur Général Adjoint de la Sorfert, et représentant des intérêts de la Sonatrach dans cette société créée en association avec le groupe égyptien Orascom, a réclamé des explications sur la gestion peu transparente des œuvres sociales de l’entreprise, une gestion qui revient à la section locale de l’UGTA. Ce haut responsable de Sonatrach pose clairement des questions au sujet des “prêts sociaux” distribués sans aucune sélection rationnelle et traçable.

Des syndicalistes de l’UGTA ont partagé les prêts pour l’achat de véhicules et de logements dans l’obscurité totale. Et le 28 mars 2016, une plainte fut même déposée par des travailleurs indignés et révoltés par ces pratiques immorales.

Force est enfin de constater que ni les plaintes ni les lettres de dénonciation ne vont ébranler le pouvoir des responsables de l’UGTA. Ces derniers sont toujours confortés dans leur position dominante grâce à ces alliances malsaines et suspectes avec la direction de leur entreprise. Algériepart poursuivra encore ses investigations et reviendra sur ce sujet avec de nouvelles révélations.